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Abdelhakim Dekhar, le troisième homme de l'affaire Rey-Maupin

Florence Rey et Audry Maupin, les auteurs de la fusillade qui avait coûté la vie à cinq personnes, à Paris, en octobre 1994.

Florence Rey et Audry Maupin, les auteurs de la fusillade qui avait coûté la vie à cinq personnes, à Paris, en octobre 1994. - -

Un homme a été interpellé mercredi soir, à Bois-Colombes, dans les Hauts-de-Seine, dans l'enquête sur le tireur de Paris, recherché depuis plusieurs jours. BFMTV a révélé l'identité de cet homme: il s'agit d'Abdelhakim Dekhar, condamné dans les années 90 dans le cadre de l'affaire Rey-Maupin. Son ADN correspond à celui du tireur.

Abdelhakim Dekhar, l'homme arrêté mercredi soir dans un parking de Bois-Colombes (Hauts-de-Seine), identifié, grâce à son ADN, comme l'auteur présumé des coups de feu à Libération et à La Défense, lundi, est connu pour son implication dans l'affaire Rey-Maupin, une équipée sanglante menée le 4 octobre 1994 dans Paris par deux étudiants, Florence Rey et Audry Maupin, qui s'est soldée par la mort de cinq personnes, dont trois policiers, un chauffeur de taxi et Audry Maupin lui-même. Retour sur cette affaire, qui avait lourdement marqué l'opinion, dans les années 1990, et pour laquelle Abdelhakim Dekhar a été condamné à quatre ans de prison.

Braquage qui tourne mal

Abdelhakim Dekhar dans les années 1990.
Abdelhakim Dekhar dans les années 1990. © -

Les faits partent d'une simple rencontre. En mai 1994, Audry Maupin, étudiant en philosophie de 22 ans, fait la connaissance d'Abdelhakim Dekhar, alors surnommé Toumi et âgé de 28 ans. Les deux jeunes hommes fréquentent les milieux d'extrême-gauche. Rejoints par l'amie de Maupin, Florence Rey, étudiante en lettres de 19 ans, les protagonistes élaborent un plan pour commettre un braquage contre la pré-fourrière de Pantin, dans le but de voler leurs armes aux gardiens. Ce plan est mis en application le soir du 4 octobre 1994.

Cagoulés et équipés d'un fusil à pompe - acheté par Abdelhakim Dekhar à La Samaritaine, à Paris - Florence Rey et Audry Maupin attaquent le local de surveillance de la préfourrière à 21h25, ce jour-là. Ils parviennent à dérober leurs armes aux gardiens, neutralisés au gaz lacrymogène. Pendant ce temps, Abdelhakim Dekhar, alias Toumi, fait le guet, avant de s'enfuir en courant.

Prise d'otage et fusillade à Nation

Paniqués, ses deux complices se jettent sur le premier taxi et menacent de leur arme le chauffeur, Amadou Diallo, et son client. Ils obligent le chauffeur à les conduire à Nation, dans le 12e arrondissement de Paris, où va débuter l'escalade sanglante.

Arrivé au métro Nation, Amadou Diallo pris de panique, se précipite sur des policiers, patrouillant en voiture. Un échange de coups de feu commence entre Audry Maupin et les gardiens de la paix. D'eux d'entre eux, ainsi que le chauffeur de taxi, sont abattus quasi-instantanément. Deux passants et un autre policier sont blessés. Egalement blessé, Audry Maupin parvient toutefois à atteindre une voiture, une Renault 5, dont il prend le conducteur en otage, après s'être emparé des armes de service des deux policiers tués.

Dans le bois de Vincennes, une seconde et ultime fusillade

Commence alors une seconde course-poursuite, en direction du bois de Vincennes. La R5 est coursée par un policier à moto, visé, depuis la voiture par des coups de feu tirés au fusil à pompe par Florence Rey. Le gardien de la paix échappe de peu à la mort.

Alertées, les forces de l'ordre se dirigent en nombre vers la route de Gravelle, dans le bois de Vincennes. Un autre motard barre la route des malfaiteurs avec son véhicule, et une nouvelle fusillade éclate. Le second policier à moto est tué sur le coup. Audry Maupin reçoit quatre balles de la part d'un autre gardien de la paix, ce qui pousse Florence Rey à se rendre. Il est 21h50. Maupin meurt quelques heures après cette dernière course folle.

Cette équipée sanglante, qui a duré moins de 30 minutes, a coûté la vie à cinq personnes, dont trois policiers et un chauffeur de taxi.

20 ans de prison pour Rey, 4 pour Dekhar

Reconnue co-auteur d'un des meurtres et complice des trois autres, Florence Rey est condamnée en 1998 à 20 ans de réclusion criminelle. Celle qui a été surnommée, à l'époque des faits, la "tueuse née" ou la "tueuse de flics", est libérée le 3 mai 2009, après 15 ans d'emprisonnement, à la suite d'une réduction de peine.

Soupçonné d'être "le troisième homme" de cette affaire, Abdelhakim Dekhar a été blanchi de l'accusation d'attaque à main armée mais condamné à quatre ans de prison pour "association de malfaiteurs". Au cours du procès, il avait notamment tenté de persuader la cour qu'il était un espion algérien, chargé d'infiltrer les milieux autonomes. En vain.

Cette peine de quatre ans correspondant exactement au temps passé en détention préventive, Dekhar a été libéré immédiatement après le procès, en octobre 1998.

Adrienne Sigel