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À Aubervilliers, la communauté chinoise inquiète après la mort d’un commerçant

Un rassemblement d'habitants d'origine chinoise devant la mairie d'Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis

Un rassemblement d'habitants d'origine chinoise devant la mairie d'Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis - Alain Jocard - AFP

Après la mort d'un commerçant chinois violemment agressé à Aubervilliers, la communauté asiatique est inquiète. Et dénonce un racisme dont elle se dit victime.

Après l'agression mortelle d'un commerçant à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, la communauté chinoise est inquiète. Elle se dit victime de racisme. Zhang Chaolin, 49 ans, père de deux enfants, est mort après cinq jours de coma à la suite d'une violente attaque.

Un climat qui se dégrade

À l'entrée de cette ville située au nord de Paris, un chinatown du vêtement. Quelque 1.500 grossistes d'origine chinoise travaillent dans ces commerces. Joëlle Zhou y tient une boutique depuis deux ans. Elle a senti le climat se dégrader. Avant même l'agression mortelle de la semaine dernière, cette commerçante avait déjà commencé à prendre ses précautions.

"Je fais plus attention dans les coins de rues, témoigne-t-elle pour BFMTV. Surtout aux feux rouges, je regarde toujours s'il n'y a pas une moto à côté de moi. C'est comme cela que ça se passe les vols à l'arraché. Ma tante était à côté de moi, elle avait son sac sur les genoux. A un feu rouge, une moto à côté a brisé la vitre de la fenêtre et a pris le sac."

Victimes de préjugés

Selon Rui Wang, à l'origine du comité de soutien à la famille de la victime, les asiatiques représentent une cible facile et sont surtout victimes de préjugés.

"On sait qu'il y a un certain nombre d'asiatiques commerçants. De là, on fait un raccourci très rapide: asiatique égal commerçant égal riche. Des délinquants viennent tenter leur chance, regrette-t-il pour BFMTV."

"Le commissariat ne peut pas faire face"

La communauté chinoise dénonce l'augmentation de ces agressions, notamment à Aubervilliers. Alors, tout comme la municipalité, elle demande des moyens supplémentaires pour assurer sa sécurité. La maire PCF avait dénoncé un "crime odieux" doublé "d'un ciblage raciste".

"Je le dis à chaque fois, s'il y avait suffisamment de présence policière ans certains quartiers où les habitants n'en peuvent plus, a regretté pour BFMTV l'édile, Meriem Derkaoui. Le commissariat fait un travail considérable mais il ne peut pas faire face à cela."

Les autorités alertées

Plusieurs centaines d'habitants d'origine chinoise se sont rassemblés dimanche devant la mairie d'Aubervilliers. Une pétition en ligne a également été lancée pour dénoncer ce racisme anti-asiatique. Elle a recueilli plus de 10.000 signatures. Les signataires demandent "au président de la République, au gouvernement, aux parlementaires, aux candidats à l'élection présidentielle et aux élus locaux concernés des propositions et des initiatives fortes".

Un problème qui n'est pas récent. En 2010, plusieurs milliers de personnes manifestaient à Belleville, dans le XXe arrondissement de Paris, pour protester contre les violences dont la communauté chinoise se disait déjà la cible. L'année dernière, une pétition rassemblant près de 26.000 signatures était envoyée au Premier ministre et au ministre de l'Intérieur pour alerter une nouvelle fois les autorités sur le climat d'insécurité ressenti par la communauté asiatique. 

C.H.A. avec Laetitia Soudy et Francis Simoes