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Rahan, le cousin français de Tarzan, a 50 ans

Rahan

Rahan - Soleil 2019

Destinée aux jeunes lecteurs de Pif Gadget, la BD Rahan se démarque des œuvres pour la jeunesse par sa violence. Retour sur l’histoire de celui que l’on a baptisé le “Christ préhistorique”.

Héros préféré des jeunes qui ont grandi dans les années 1970 et 1980, Rahan, fils des âges farouches, fête en 2019 son cinquantième anniversaire. Ce cousin français de Tarzan, apparu dans les pages de Pif Gadget en 1969, a été imaginé par le scénariste Roger Lécureux, qui en a confié la création graphique au dessinateur André Chéret.

Baptisé "icône de la pop culture française" et "Christ préhistorique" par le cinéaste Christophe Gans, Rahan impressionne le jeune lectorat de Pif, habitué jusqu’à présent à la ligne claire de Tintin ou d’Astérix. Avec ces cadrages dynamiques, dans la lignée des comics de Marvel, ses valeurs humanistes et son trait réaliste qui ne s’interdit ni la violence ni l’érotisme, André Chéret "fait aimer la bande dessinée à des milliers d’enfants", affirme l’éditeur de la série Jean Wacquet au Figaro.

Héros positif

La série raconte l’histoire de Rahan, un orphelin recueilli par Craô-le-Sage. Lorsque ce père de substitution meurt, Rahan reçoit de ses mains un collier de griffes qui contient les cinq vertus humaines: le courage, la loyauté, la générosité, la ténacité et la sagesse. Commence alors pour lui un long périple où il découvre la vie et fait preuve d’un altruisme à toute épreuve. Héros positif de Pif, le magazine pour enfants du Parti Communiste, Rahan en défend les valeurs.

"Rahan est un jeune qui doute, expérimente, réfléchit, comprend et a la générosité de transmettre ce qu’il sait à son prochain. Il n’y a pas de magie, mais la construction d’une société plus heureuse. Je pense que mon père a inventé Rahan après m’avoir vu, à 11 ans, dans ma cabane dans la forêt de Sénart, en train de clouer des planches et ficeler des pierres…", résume dans L’Obs le fils de Roger Lécureux, Jean-François Lécureux.
Rahan
Rahan © Soleil 2019

Un million d’exemplaires en une semaine

Le succès de la saga préhistorique est foudroyant. D’autant que le scénariste soigne ses scénarios pour qu’ils soient accessibles au plus grand nombre: “Mon père faisait très attention au vocabulaire employé. Il appelait ses lecteurs mes gosses”, ajoute dans Le Parisien Jean-François Lécureux. Christophe Blain, dessinateur de Quai d’Orsay, résume l’impact ressenti à l’époque:

"J’ai beau chercher, pour moi, Rahan n’a aucun équivalent dans la bande dessinée pour enfants. Et aucun suiveur! Bien sûr, si on le découvre adulte, on peut passer à côté. Mais pour un enfant, c’est d’une audace folle, le scénario et la mise en scène se renouvellent constamment", explique-t-il à L’Obs. "Il met en scène des bras arrachés qui laissent des moignons purulents, une femme au visage rongé par les fourmis, ou bien Rahan faisant une chute au milieu d’une cohorte de squelettes… La violence, la bestialité des hommes sont remarquablement montrées. A 7 ou 8 ans, c’est la première fois que vous voyiez un truc comme ça!"

Avec Rahan, les ventes de Pif décollent. En 1977, le journal annonce en couverture la mort de Rahan. Le numéro se vend à plus d’un million d’exemplaires en une semaine. La renommée du personnage est alors telle qu’il bénéficie à son magazine (entre 1977 et 1984). Depuis, Rahan a connu de nombreuses adaptations en dessin animé. Publié à l’origine en noir et blanc, les quelque 3.500 planches de Rahan ont été coloriées lors de leur publication en intégrales. Une manière de le rendre plus accessible aux nouvelles générations qui n’ont pas grandi aux âges farouches.

Les éditions Soleil rééditent tout au long de l’année l’intégrale de Rahan (27 tomes, 18,95 euros).

Jérôme Lachasse