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Parlez-vous le jeune?

Si le verlan est pour vous un sommet de la coolitude, il est possible que vous soyez un poil dépassé par le langage des "jeunes d'aujourd'hui". On vous propose une séance de rattrapage, avec le livre J'ai le seum.

L'un des gros défauts du jeune, en plus d'être fainéant, vélléitaire et acnéique, c'est de rappeler aux autres qu'ils sont vieux, dès qu'il ouvre la bouche. Oui vieux, has been, dépassés, old. Et si ceux qui ont fait "jeune" en première langue vivante se pensent prémunis contre l'obsolescence programmée, ils se trompent lourdement. Car le langage jeune se périme aussi vite qu'une story Snapchat (voir plus bas).

Donc, si vous avez plus de 25 ans, disons 30, ne vous lancez pas sans filet, avec vos mots d'ex-jeune, style "t'as vu, il est chanmé ce bouquin". C'est le plat assuré. Vous risquez de perdre définitivement le peu de crédibilité que vous aviez encore aux yeux de l'ado. Un peu comme Yves Mourousi et François Mitterrand, parlant "chébran", "câblé" ou "craignos" qui ressemblent juste à deux vieux qui essaient de faire jeune. 

"Chébran" ou "câblé"?

J'ai le seum, petit bouquin très drôle, aux éditions Ipanema, écrit par un "vieux" de 42 ans, David Kuhn, journaliste, et Violette Duplessier, 16 ans, caution jeune, recense les principales expressions des adolescents de 2016 et a pour but de faciliter la communication entre les parents et leurs ados.

Nous avons donc pioché dans ce guide quelques expressions emblématiques, qui vous permettront de décrypter un peu l'adolescent. C'est bath, non?

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J'ai le seum: l'expression donne son titre au livre. Avant on aurait dit "j'ai les boules". Avoir le seum, c'est être très énervé. "Pour le réchauffement climatique autant que pour la mise à jour de Snapchat, écrivent David Kuhn et Violette Duplessier, l'ado est dégoûté, l'ado est énervé, l'ado souffre". 

S'enjailler: s'enjailler est un faux ami qui ressemble à s'encanailler. Cela signifie s'amuser, se "mettre bien". Attention, s'enjailler peut impliquer la consommation d'alcool.

Snapchat: vous avez un compte Facebook depuis 2006, un iPhone depuis 2007. Pourtant Snapchat vous laisse totalement perplexe. Normal, vous n'êtes pas du tout dans la cible. Surtout si en 2007 vous aviez déjà les moyens de vous acheter vous-même un iPhone. L'appli au logo jaune poussin permet de partager des photos et des vidéos d'une durée maximum de 10 secondes qui s'autodétruisent aussitôt reçues. Une "story" est une petite histoire en images, disparaît au bout de 24h. Le temps que vous vous y mettiez, ils seront déjà passés à autre chose.

Mettre une disquette: l'expression est d'autant plus paradoxale que l'ado n'a pas connu la disquette, disparue à la fin des années 90. "Mettre une disquette" signifie "arnaquer".

Askip/balec: l'ado minimise l'effort autant que possible et pratique donc l'apocope comme Victor Hugo l'alexandrin. Ainsi, Askip n'est pas une marque de lessive mais la forme raccourcie de "à ce qu'il paraît". Et balec, est une version abrégée de "on s'en bat les couilles". Ne dites pas "on s'en balec" mais juste "balec".

Chiller: Vient directement de l'anglais to chill. Cela veut dire se détendre, être à la cool. OKLM, en quelque sorte (voir Parlez-vous le Serge Aurier)

J'avoue: voilà un verbe qui n'a cessé de perdre de l'intensité à travers les âges. Avant, avouer impliquait d'avoir l'Inquisition aux basques et ses sympathiques ustensiles de torture. Rien de tel que d'être écartelé ou écorché vif pour avouer. Aujourd'hui, avouer signifie reconnaître. Comme dans "J'avoue, j'ai un penchant pour le rosé". Dans la bouche du jeune, j'avoue est simplement une forme d'acquiescement. "T'as vu, il fait beau aujourd'hui. Oué, j'avoue".

Être en mode: l'ado est en mode à peu près tout, sauf vibreur. On peut donc accoler tout et n'importe quoi pour être en mode soirée, en mode Titanic (en région parisienne ces temps-ci), en mode beau gosse (BG), en mode examens, etc. etc.

Crari: ou faire crari signifie faire semblant, faire croire.

Yolo: acronyme de You only live once (on ne vit qu'une fois), l'équivalent de "carpe diem", comme le notent avec humour les auteurs de J'ai le seum.

https://twitter.com/Radegonde Magali Rangin Chef de service culture et people BFMTV