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Charlotte de retour à Gainsbourg

Charlotte Gainsbourg revient à la chanson avec un album, Rest, produit par le musicien électro SebastiAn. Un album aux accents très gainsbouriens.

Partir pour mieux revenir. Charlotte Gainsbourg, exilée à New York après la mort de sa soeur Kate Barry, revient à la chanson après six ans d'absence. L'album Rest, produit par le petit génie de l'électro SebastiAn, sort ce vendredi 17 novembre. A bien des égards, cet album est un véritable retour aux sources. Comme si Charlotte assumait enfin son héritage gainsbourien.

En français dans le texte

Longtemps la langue paternelle a été inaccessible, intimidante. Ses trois précédents albums (post Charlotte For Ever) étaient en anglais. A quelques morceaux ou refrains près. A peine osait-elle susurrer en français dans Tel que tu es, sur 5:55 en 2006. Mais les paroles étaient signées Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin, le duo de Air. Et dans Le chat du café des artistes, sur IRM en 2009, reprise réarrangée de la chanson du québécois Jean-Pierre Ferland.

Lorsque Charlotte Gainsbourg chantait en français, c'était toujours les mots des autres. Elle se savait attendue au tournant, forcément comparée à un père si brillant malaxeur de mots. "Si j'ai tardé à écrire en français, c'est évidemment parce que je ne me sentais pas à la hauteur de ce que mon père avait pu faire", livrait-elle ainsi aux Inrocks, en septembre dernier, dans une interview croisée avec SebastiAn. "C'était vraiment trop insurmontable, et le fait d'être à Paris me rappelle à lui tout le temps. Jusqu'au jour où je m'en foutais d'être moins bien, c'était pas grave, j'avais des trucs à dire quand même", analyse-t-elle pour BFMTV.

Charlotte Gainsbourg n'essaie d'ailleurs pas d'imiter son père. Son verbe est simple et dépouillé, loin des allitérations chères à Serge. "Mon père jouait avec les mots, mais se cachait souvent derrière. Je n'ai pas cherché à me camoufler", déclare-t-elle au Monde, ce jeudi.

La mort de sa soeur Kate Barry disparue en 2013, a déclenché chez elle le besoin de chanter en français. "Ces dernières années, j'étais taraudée par l'envie d'écrire dans ma langue paternelle. J'ai fait quelques tentatives. Certaines ont réussi, mais, la plupart du temps, je n'étais pas contente de moi, j'en avais honte. C'était très frustrant. J'ai plus ou moins abandonné l'idée. Puis j'ai perdu ma soeur", expliquait-t-elle dans une interview au magazine Elle, début novembre.

Personnel mais pas confidentiel

"Comme j'écrivais pour la première fois, je ne me voyais pas ne pas être personnelle, ne pas parler de choses intimes", confie-t-elle sur France Inter. Rest est sans aucun doute son album le plus douloureux et le plus personnel. Il est peuplé de l'absence de sa soeur, mais aussi de celle de son père. Cinq chansons leur sont consacrées.

Lying With You parle de façon crue de son père, étendu sur son lit de mort: "Ta jambe nue sortait du drap/Sans pudeur et de sang-froid/J'étais allongée contre toi/Laisse-moi donc imaginer que j'étais seule à t'aimer/D'un amour pur de fille chérie/ Pauvre pantin transi". Oxalis, aux couplets presque parlés, saccadés, à la manière de Serge Gainsbourg, est le récit de ses visites au cimetière Montparnasse où reposent Serge et Kate.

Charlotte Gainsbourg explore aussi dans cet album sa propre personnalité, sa timidité, son inconfort permanent, son "incommodité". C'est ce qu'elle explore avec I'm a lie, dont la mélodie évoque Serge Gainsbourg, mais aussi François de Roubaix, grand compositeur de musiques de films.

La marque du père

Si elle a voulu explorer le registre des musiques de cinéma, SebastiAn a aidé Charlotte Gainsbourg à enfin plonger dans l'héritage de son père de façon assumée. "J'avais la sensation qu'il ne fallait pas fuir cet héritage", explique SebastiAn aux Inrocks

L'ombre de Serge Gainsbourg plane indéniablement sur l'album, de manière diffuse. "Il était convaincu que je devais chanter en français, que je devais chanter plus proche du disque que j'avais fait avec mon père", expliquait Charlotte Gainsbourg à Mouloud Achour dans Clique en octobre dernier.

La voix de la fille

Ce qui frappe aussi sur cet album, c'est la voix de Charlotte Gainsbourg sur certains titres. On l'a connue très haut perchée et vacillante, puis plus lissée, moins incertaine sur ses album d'adulte. La revoilà presque telle que dans Charlotte For Ever, l'album que son père lui avait écrit en 1986. Fragile, presque insoutenable, sur Kate, où elle monte douloureusement dans les aigus.

"Il (SebastiAn) voulait que je retrouve une voix que j'avais eu avec mon père", livre-t-elle à Clique. Une voix "sans aucune maîtrise de quoi que ce soit". "Ce que m'a appris mon père, d'aller chercher les accidents, c'est ce que je voulais retrouver".

La boucle, bouclée

Serge Gainsbourg était le roi des boucles musicales. Les rappeurs (et les autres) l'ont bien compris, qui l'ont abondamment samplé, de Busta Rhymes à MC Solaar en passant par Fatboy Slim et De la Soul. 

Les boucles sont au coeur de cet album. Elle fait même partie du processus créatif. "SebastiAn me donnait une démo avec un démarrage, je l'écoutais en boucle. C'était un truc qui m'a permis d'écrire aussi", a-t-elle expliqué à Clique.

Rest, titre de l'un des single extrait de l'album, est signé Guy-Manuel de Homem-Christo, moitié de Daft Punk, autres dieux de la boucle. "J'ai régulièrement frappé à leur porte, évoque Charlotte Gainsbourg dans Le Monde. Un jour, Guy-Man m'a ouvert pour me proposer une boucle. J'ai tout de suite eu envie de tenter un texte par-dessus.

Magali Rangin