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Lupin III, version lubrique d’Arsène Lupin et icône de la pop culture japonaise, débarque au cinéma

Lupin III, petit-fils d'Arsène Lupin, icône japonaise et héros de "Lupin III: The First"

Lupin III, petit-fils d'Arsène Lupin, icône japonaise et héros de "Lupin III: The First" - Copyright Eurozoom

Le premier film en 3D de ce héros méconnu en France sort ce mercredi en salles. L'occasion de raconter l'histoire de ce personnage qui doit sa longévité à Hayao Miyazaki.

Longtemps connu en France sous le nom d’Edgar de la Cambriole, Lupin III va-t-il enfin connaître son heure de gloire en France? Véritable institution au Japon et inspirateur de classiques comme City Hunter, Cowboy Bebop ou Détective Conan, ce héros créé en 1967 par le mangaka Monkey Punch et inspiré de l’Arsène Lupin de Maurice Leblanc, reste cruellement méconnu du public français. La sortie ce mercredi 7 octobre du nouveau film de la saga, Lupin III: The First, moins d’un an après celle au Japon, est un événement - et le signe qu'elle a désormais toutes les cartes en main pour s’implanter dans le paysage francophone.

Premier film en 3D de cette vénérable franchise, doté d’inventives scènes d’action, Lupin III: The First est une excellente porte d’entrée dans l’univers du cambrioleur japonais. "Avec la 3D, je voulais toucher un nouveau public", confirme son réalisateur Takashi Yamazaki. Il a imaginé un film dans la lignée du Château de Cagliostro de Hayao Miyazaki, l’aventure la plus connue de Lupin dans nos contrées, et sa préférée de la série: "Je lui rends hommage dans beaucoup de scènes de mon film. Parmi mes autres sources, il y avait les productions hollywoodiennes des années 1980 et l'énergie qui s’en dégageait."

La réalisation de Lupin III: The First a été marquée par la mort, le 11 avril 2019, du créateur du personnage. La disparition de Monkey Punch n’a rien changé au film, "mais l’équipe s’est investie davantage pour que le film soit le meilleur possible", précise Takashi Yamazaki. "Monkey Punch n’a vu que jusqu’au développement du storyboard. La réalisation d’un Lupin en 3D lui tenait à cœur. Il était impatient de découvrir le résultat final. Malgré son grand âge, il s’intéressait à l’évolution digitale de l’animation." Le défi principal du film a ainsi été "de reproduire en 3D ce personnage aimé en 2D - et sans que personne ne trouve cela bizarre", indique le réalisateur, avant d’ajouter: "Je crois qu’on a réussi."

Edulcoré par Miyazaki

Il faut dire que le personnage de Lupin, qui alterne genres et médiums depuis sa création, est particulièrement malléable et doit justement sa longévité à sa capacité d’adaptation. "Peu importe les genres dans lesquels il apparaît, Lupin reste Lupin. Il ne change jamais. Il a traversé les générations et il plaît autant aux enfants qu'aux adultes", indique Takashi Yamazaki. "Quand il est arrivé, l’animation était réservée aux enfants et lui, il représentait une animation un peu plus adulte. Ça a attiré les adultes, mais aussi les enfants, qui avaient l’impression d’intégrer le monde des adultes."

Lupin doit une partie de son statut d’icône à son style vestimentaire - et en particulier à sa célèbre veste - verte, rouge ou bleue selon les époques. Dans Lupin III: The First, il la porte rouge, la couleur la plus associée au personnage. Il est entouré d'une galerie de personnages truculents - le tueur à gages Daisuke Jigen, le samouraï Ishikawa Goemon, la cambrioleuse Fujiko - et pourchassés par l’inspecteur Zenigata au rythme d’une bande originale jazzy composée par Yuji Ohno, indissociable de la franchise.

Celui qui a le plus "contribué à rendre Lupin III immortel" est paradoxalement celui qui a le plus édulcoré le personnage, soit Hayao Miyazaki, révèle Guillaume Babey, spécialiste de Lupin III, dont il analyse les ressorts dans le podcast Sideburns & Cigarettes: "Miyazaki est certes l’auteur du Château de Cagliostro, deuxième film de la franchise et le premier du réalisateur, mais il a aussi aidé, en compagnie d'Isao Takahata, à changer le ton de la série 1. Il a fortement édulcoré les personnages, tentant de les rendre plus aimables. Le résultat divise mais il faut admettre que sans ce changement, Lupin III n’aurait peut-être pas eu la longévité qu’on lui connaît."

Libertaire épicurien

Loin du gentleman cambrioleur du Château de Cagliostro, Lupin est en effet un espèce de James Bond pervers et libidineux. "Le manga d’origine serait très mal reçu de nos jours pour son contenu sexuel, Lupin étant toujours à la limite de commettre un viol", rappelle Guillaume Babey. "On oublie cependant qu’il est presque toujours châtié pour ses actes déplacés, et que les personnages féminins ne manquent pas de répartie. Et la franchise gagnera en maturité, les personnages devenant plus responsables. Mais il y a toujours au cœur de la franchise ce désir de liberté totale, d’un rêve d’anarchie où l’individu n’est soumis qu’à ses propres règles. La franchise a aussi beaucoup joué avec les limites du quatrième mur, affichant une certaine conscience de sa propre fantaisie."

Pour le spécialiste, Lupin III est une œuvre cathartique, "parce qu’elle présente la violence et le crime de manière comique, montrant le ridicule derrière tout acte malveillant, très souvent au moyen d’un humour slapstick [un genre d'humour impliquant une part de violence physique volontairement exagérée, NDLR] digne de Chuck Jones, père de Bip-Bip et Vil Coyote". Aucune adaptation animée n’est parvenue à reproduire à l’écran l’esprit et la folie du manga. Série typiquement japonaise, Lupin III a hérité de l'humour irrévérencieux de la contre-culture, et s'inscrit dans la lignée de Mad Magazine, le cousin américain de Charlie Hebdo. Née en plein essor de la contre-culture, Lupin III est une œuvre contestataire, qui se moque des désillusions liées au mouvement hippie, analyse Guillaume Babey: "Monkey Punch voulait au départ donner à Lupin des cheveux longs. Plus tard, Masaaki Osumi, premier réalisateur de la série 1 (1971) imaginait une origine de Lupin III en hippie universitaire."

"Le manga d’origine met souvent en scène des jeunes gens débridés, hypersexués et révoltés face à des figures réactionnaires comme l’Inspecteur Zenigata qui incarne l’ordre. Lupin lui-même est plus un libertaire épicurien qu’un activiste", poursuit le spécialiste. " Il montre aussi combien le mouvement hippie peut facilement être dévoyé. On voit souvent les jeunes gens se réunir en bandes criminelles, Lupin devenant parfois leur professeur, et à d’autres moments leur propre adversaire. Derrière sa forme parodique, il y a peut-être un constat de l’aspect autodestructeur du mouvement flower power. Le manga d’origine s’arrêtera une première fois en 1969, année des attentats par la famille Manson. Une page de l’Histoire se tournait."

"Cherchez et vous trouverez votre Lupin"

Depuis les années 1960, Lupin a beaucoup évolué, avec "des périodes de grande productivité et de succès, entrecoupées de périodes de vaches maigres", raconte Guillaume Babey: "Le milieu des années 80 a été particulièrement difficile avec l’arrêt de la troisième série TV. On a connu une décennie de stagnation dans les années 2000 avec des TV specials relativement médiocres et une renaissance dans les années 2010" grâce à Une Femme Appellée Fujiko, série dérivée au "ton gothique et très sensuel" qui "développe un propos féministe fort et subversif":

"Cette prise de risque n’a pas été du goût de tous les fans, mais elle a été payante et nous avons eu droit à deux nouvelles séries TV et à une série de films réalisée par Takeshi Koike, et maintenant, c'est le grand retour au cinéma en CGI grâce à Takashi Yamazaki", commente le lupinologue. "Je pense que la franchise continuera d’évoluer en dents de scie, car elle doit équilibrer son identité propre avec une industrie de la japanimation en pleine mutation. Nous vivons à présent l’ère du Lupin multiple, pour tous les goûts. Et c’est là que réside sa force."

Mais comment pénétrer dans cet univers aussi foisonnant que décapant? Hormis Lupin III: The First et Le Château de Cagliostro, Guillaume Babey conseille Le Mystère de Mamo, "un film truffé de références au cinéma occidental, de De Palma à Spielberg, avec un discours sur l’immortalité et la Guerre froide en toile de fond". Côté série, il invite notamment à découvrir les séries 1 ("un classique") et 2 ("iconique") ainsi que Une Femme Appelée Fujiko: "Mon conseil est de ne pas avoir peur. Cherchez et vous trouverez votre Lupin."

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV