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Fallon, Kimmel, Colbert... Les late shows US entre rire et désespoir après un an de présidence Trump

Donald Trump, alors candidat à la présidentielle américaine, sur le plateau de Jimmy Fallon le 15 septembre 2016.

Donald Trump, alors candidat à la présidentielle américaine, sur le plateau de Jimmy Fallon le 15 septembre 2016. - ANdrew Lipovsky - AFP

Aucun président avant Donald Trump n'a fourni autant matière aux humoristes des late shows américains. Ils oscillent entre sarcasme et stupéfaction.

Jamais ils n’ont eu aussi formidable matière à sketch. Un an après l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche, les humoristes des grands late shows américains, de Stephen Colbert à John Oliver, continuent de cibler ce président si particulier, et oscillent entre rire et inquiétude. Sous couvert d’humour, ils délivrent chaque soir des messages politiques.

"Les présidents sont inévitablement la cible des late shows. Mais Donald Trump est devenu quelque chose en plus. Il a inspiré une nouvelle forme de comédie dans les late shows, l'humour-indigné", analysait ainsi CNN en août dernier, après les événements de Charlottesville.

Chaque semaine, et même chaque jour, Donald Trump fournit un lot de citations, de tweets, d'énormités, qui font les riches heures de ces émissions. Chacun dans un style différent en livre une interprétation aussi atterrée que féroce.

John Oliver, fact-checking ironique

L’animateur britannique de Last Week Tonight sur HBO porte un regard acéré sur la présidence Trump. Ses chroniques ont commencé dès la campagne pour l’investiture républicaine en février 2016. L’humoriste se livre régulièrement à un fact-checking aussi hilarant que pointu. La chaîne HBO lui laisse une grande liberté de ton pour démonter les mensonges et approximations de Donald Trump, pointer son racisme et son incompétence. Il décortique, analyse, compare, sans jamais ennuyer le spectateur et en restant le plus sarcastique possible. S’il s’est beaucoup reproché d’avoir plaisanté sur la candidature de Trump, il oeuvre aujourd’hui sans relâche à le décrédibiliser.

Last Week Tonight with John Oliver, HBO

Jimmy Fallon, le Trump faux-pas

Il était au firmament. Et puis Jimmy Fallon a reçu Donald Trump sur son plateau. Si l'humoriste a reçu dans son émission aussi bien la candidate démocrate que le républicain, le passage de Donald Trump dans son émission, en septembre 2016 a eu un effet assez dévastateur sur son image.

L'animateur, d'habitude cantonné au divertissement et pas à la politique, a été taxé de complaisance, à l'égard du milliardaire, notamment à cause d'un geste: il a ébouriffé son emblématique chevelure orange. "Je ne l'ai pas fait pour l'humaniser, s'est défendu Jimmy Fallon. Je l'ai presque fait pour le minimiser. Je ne pensais pas que ce serait perçu comme un compliment", a-t-il analysé en mai dernier, dans un article du New York Times intitulé "Jimmy Fallon était au sommet du monde. Et puis Trump est arrivé".

Jimmy Kimmel, engagement et émotion

Son approche pleine de pathos est assez différente de celle de ses confrères. Jimmy Kimmel, qui a fait de la défense du système de santé et du contrôle des armes ses chevaux de bataille, n’hésite pas à montrer son émotion. Il était ainsi en larmes pour évoquer la naissance de son fils, né avec une déficience cardiaque, et défendre l’accès aux soins pour tous. Ou encore pour réagir à l’avant-dernière tuerie de masse dans le pays, à Las Vegas, sa ville d’origine.

Il n’oublie pas pour autant le sarcasme et l’humour. "Beaucoup de gens disent que Trump n’a rien accompli, mais c’est injuste. Parce que cette année il a joué au golf plus de 70 fois, et c’est un record", a-t-il lancé dans sa dernière chronique, le 7 novembre.

Trevor Noah, observateur incrédule

L’humoriste Sud-Africain qui a pris la succession de Jon Stewart aux manettes du Daily Show se révèle lui aussi un fin observateur de la politique américaine. Dans un style beaucoup plus accessible que celui de John Oliver, mais tout aussi politique, il n’hésite pas à confronter le discours de Trump à celui des dictateurs africains.

The Daily Show, Comedy Central

Le Saturday Night Live, parodie bien sentie

Le mythique Saturday Night Live peut remercier Donald Trump. Le show, qui vit cette année sa 42e saison, a vu ses audiences exploser. L'interprétation de Alec Baldwin, qui livre chaque semaine une savoureuse parodie de Donald Trump y est bien sûr pour quelque chose. Même Donald Trump regarde le show, et le déteste, comme il se plaît parfois à le commenter sur Twitter.

"J'ai regardé le Saturday Night Live se payer ma tête. Il est temps d'arrêter ce show ennuyeux et pas drôle. L'interprétation de Alec Baldin est nulle", avait-il tweeté. C'était en octobre 2016, avant son élection. Alec Baldwin, qui avait un temps songé, arrêter le show a finalement continué de plus belle.

Stephen Colbert, brillant et féroce

L'humoriste qui a succédé à David Letterman a un style très direct et offensif, pour critiquer Donald Trump. Son style oscille entre grosse farce, lorsqu'il déguise son confrère Jon Stewart en Trump - et analyse féroce du discours Trumpien. Stephen Colbert a lui aussi eu les honneurs d'un commentaire présidentiel sur Twitter, le 7 octobre dernier. Donald Trump a jugé "répétitif et pas drôle" le show et réclamé l'égalité de temps avec les démocrates. Réponse de Colbert: "Ce n'est pas comme ça que ça marche. Vous êtes le président, nous nous moquons de vous".

The Late Show with Stephen Colbert, CBS

Magali Rangin