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"Elephant Man" a 40 ans : cinq choses à savoir sur le classique de David Lynch

John Hurt dans "Elephant Man" de David Lynch

John Hurt dans "Elephant Man" de David Lynch - Brooksfilms

Le chef-d’œuvre de David Lynch, qui ressort en version restaurée pour son quarantième anniversaire, accompagne la réouverture des salles de cinéma.

Difficile d’imaginer une histoire plus britannique et pourtant, ce sont trois Américains - le producteur Jonathan Sanger, le réalisateur David Lynch et le producteur-réalisateur Mel Brooks - qui ont fait de l’histoire de John Merrick, figure de l’Angleterre victorienne dont l’extrême difformité lui valu le surnom d'Elephant Man, un succès mondial, un conte universel.

Rien ne prédestinait Elephant Man, le deuxième film de David Lynch après Eraserhead, à connaître un tel destin. À l’époque, personne n’y a cru, sauf cette poignée d’Américains un peu fêlés qui savaient que ce film historique en noir et blanc, avec un personnage principal masqué la majorité du temps, toucherait le cœur du public. À l’occasion de sa ressortie en salle et de son quarantième anniversaire, voici cinq choses à savoir sur le classique de David Lynch.

En 1979, Mel Brooks est à 53 ans un des réalisateurs de comédie les plus en vue du cinéma américain. En 1974, il a frappé fort en sortant à six mois d’écart les deux plus gros succès de l’année avec Le Shérif est en prison et Frankenstein Junior, concentré d’humour potache qui rebat les cartes de la comédie aux Etats-Unis.

Cinq ans plus tard, sa cote est toujours importante et il cherche à diversifier ses activités. Lorsqu’un de ses anciens assistants devenu producteur, Jonathan Sanger, lui parle d’un scénario signé Christopher De Vore and Eric De Bergren consacré à John Merrick, il est aussitôt emballé par le projet. Lynch manifeste également son intérêt pour le réaliser, mais aucun studio ne veut produire ce film sans potentiel commercial.

Mel Brooks, fan de Eraserhead, accepte alors de financer Elephant Man via Brooksfilms, sa société de production, mais ce roi de l’humour de mauvais goût, plus connu pour ses blagues de pets dans Le Shérif est en prison que pour ses œuvres dramatiques, refuse d’être crédité au générique pour ne pas nuire à la réputation du film. Il produira de la même manière La Mouche de David Cronenberg.

"Elephant Man" de David Lynch
"Elephant Man" de David Lynch © Brooksfilms

Dustin Hoffman en Elephant Man?

S'il avait à l’époque déjà décroché des rôles marquants dans Midnight Express (1978), pour lequel il a été nommé aux Oscars, et Alien (1979), John Hurt n’était pas une grande vedette. Dustin Hoffman, tout juste auréolé du succès de Kramer contre Kramer, désirait jouer le rôle de John Merrick.

Le producteur Jonathan Sanger s’est opposé à ce choix, arguant que les spectateurs chercheraient à débusquer l'acteur sous le maquillage. David Lynch, de son côté, voulait Jack Nance, la star d’Eraserhead, mais il a changé d’avis après avoir vu John Hurt dans L'Homme que je suis, téléfilm biographique sur l’icône gay Quentin Crisp.

Huit heures de maquillage

Afin de rentrer dans la peau de John Merrick, John Hurt devait subir huit heures de maquillage (et deux heures pour retirer les prothèses). Le processus était si contraignant que le comédien ne pouvait s’alimenter qu’avec une paille.

John Hurt dans Elephant Man de David Lynch
John Hurt dans Elephant Man de David Lynch © Brooksfilms

David Lynch a envisagé au début du projet de s’occuper du maquillage lui-même. En arrivant à Londres pour préparer le tournage, il a travaillé en secret sur un masque du personnage. Mais celui-ci était si rigide que Hurt ne pouvait pas jouer.

C'est Christopher Tucker, maquilleur britannique spécialisé dans la création de prothèses pour les films d'horreur, qui a résolu le problème. L’équipe s’est rendue à l’Hôpital royal de Londres où est conservé un moule du buste de John Merrick afin de s’en inspirer pour le film.

Le miroir déformant d’une société

Elephant Man offre au public un miroir déformant d’une société refermée sur elle-même qui a peur des autres. "Plus le film avance, plus il est clair que pour ceux qui l’entourent, I’homme-éléphant est un miroir", commentait en 1981 dans Libération le célèbre critique Serge Daney. "Ils le voient de moins en moins, lui ; mais ils se voient de plus en plus dans son regard."

Anthony Hopkins dans "Elephant Man" de David Lynch
Anthony Hopkins dans "Elephant Man" de David Lynch © Brooksfilms

Pour cette raison, le spectateur ne peut voir John Merrick que lorsqu’il a eu le temps de s’attacher à lui. Le spectateur fait alors l’expérience de sa différence - ce qui a pu contribuer au succès du film à l’époque, analyse David Lynch dans Le Monde en 1981:

"Ce qui est arrivé avec le film est similaire à ce qui est réellement arrivé à John Merrick: les gens ont commencé à le connaître et l'aspect extérieur a fini par disparaître ; ils ont découvert qu'ils aimaient ce qu'il portait en lui. En fait, cela arrive avec n'importe qui dans la vie de tous les jours, il arrive que l'on découvre quelqu'un après avoir été rebuté par son apparence. L'homme éléphant est juste une extension dramatique de cette situation."

Aucun Oscar

Nommé dix fois aux Oscars, Elephant Man n'a décroché aucune statuette. L’absence de prix récompensant les maquillages du film avait suscité la polémique et une pétition demandant la création d’une catégorie récompensant le travail des maquilleurs avait été lancée.

L'Académie des Oscars avait refusé de se plier, mais est rapidement revenue sur sa décision. Le premier Oscar des meilleurs maquillages et coiffures a été décerné en 1982 à Rick Baker pour Le Loup-garou de Londres de John Landis.

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV