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John Landis: "Michael Jackson avait des idées tordues"

John Landis en 2010

John Landis en 2010 - Andreas Solaro / AFP

Invité d’honneur du festival européen du film fantastique de Strasbourg, le réalisateur du clip de Thriller, des Blues Brothers et d'Un Prince à New York raconte à BFMTV sa carrière et ses relations mouvementées avec Michael Jackson et Eddie Murphy.

John Landis aime raconter des histoires. Il y a quarante ans, en 1978, il en a raconté une bien bonne: Animal House. Enorme succès à sa sortie, cette comédie graveleuse menée par John Belushi, alors star de l’émission satirique Saturday Night Live, est depuis régulièrement citée comme un des meilleurs films américains.

Son influence a perduré jusqu’à aujourd’hui, inspirant notamment American Pie, Retour à la fac avec Will Ferrell et les productions de Judd Apatow. Invité d’honneur du 11e festival européen du film fantastique de Strasbourg, où il a reçu un prix pour l’ensemble de sa carrière, John Landis se montre modeste:

"Mon boulot en tant que réalisateur est de faire le film. Votre rôle en tant que journaliste et critique est de l’interpréter. Cela ne veut pas dire que vos idées sont fausses, mais que ce n’est pas à moi de les commenter. Je suis d’accord pour dire que le film a eu une grande influence, mais je ne pense pas que j’ai inventé quelque chose de génial. Il y a toujours eu des comédies géniales. Animal House était pour moi une comédie d’université. Buster Keaton en a fait avant, tout comme Harry Lloyd, les Marx Brothers, Laurel et Hardy… Personne n’est meilleur qu’eux."

Michael Jackson en IMAX

Après le succès d’Animal House, John Landis a pourtant régné une dizaine d’années sur la comédie américaine, offrant à John Belushi, Dan Aykroyd, Eddie Murphy ou encore Steve Martin leurs meilleurs rôles dans des classiques instantanés comme Les Blues Brothers, Un fauteuil pour deux, Trois Amigos! et Un prince à New York.

Élevé par les cartoons, les séries télévisées et les films de monstres, John Landis raconte dans chacun de ses films comment la fiction guide nos vies. Cette thématique apparaît aussi bien dans Trois Amigos!, où des acteurs de western doivent affronter de véritables bandits, que dans Thriller, le célèbre clip de Michael Jackson qui ressort le 21 septembre aux Etats-Unis et au Canada en IMAX 3D.

"On a fait toute la conversion en 3D et on a remixé les pistes audio. Maintenant, c’est en Surround, en Atmos, c’est incroyable. Si vous le voyez en IMAX, vous allez voir, c’est encore mieux que l’original. Et le son est terrifiant. J’en suis très heureux, mais je n’ai pas le contrôle de la distribution, malheureusement." Cette nouvelle version sortira-t-elle un jour en France? "Un jour…", répond Landis. "Les voies des ayants droit de Michael Jackson sont impénétrables."

"Des crises d’épilepsie, des orgasmes"

Si John Landis préfère laisser son œuvre parler d’elle-même, il se montre beaucoup plus volubile lorsqu’il s’agit d’évoquer le souvenir des personnalités qu’il a eu la chance de croiser au cours de sa carrière. C’est le cas de Michael Jackson, qu’il a souvent comparé en interview au Christ:

"C’était pour expliquer comment les gens réagissaient en le voyant. Après Thriller, c’était incroyable. Les gens le voyaient et avaient des crises d’épilepsie ou des orgasmes ou tombaient dans les pommes. C’était comme être avec le Messie. Vous traîniez avec Michael et soudain 12.000 personnes accouraient en criant. C’était complètement fou."

A cette époque, en 1983, Michael Jackson était "jeune, heureux, enjoué", se souvient John Landis. "Sur Thriller, c’était très clair que Michael travaillait pour moi. On s’est beaucoup amusés sur ce tournage. Regardez le making of Thriller, c’est très proche de la réalité". Lorsqu’il a retrouvé huit ans plus tard le King of Pop pour Black or White, tout avait changé:

"C’était beaucoup plus étrange", confirme-t-il. "Il avait fait des trucs bizarres à son visage. C’était triste. Michael était beau. Regardez la couverture d’Off the Wall! Il s’est mutilé! C’est évidemment de la haine de soi. C’était déprimant. Il était entouré par des gens de merde. Je n’aime pas beaucoup sa famille. Je détestais son père - qui me le rendait bien! C’était un enfant battu. Son père lui foutait des raclées. Ce n’était pas quelqu’un de bien. Sur Black or White, j’étais là pour protéger Michael. Il voulait faire des choses qui étaient juste trop bizarres. Il voulait - et il l’a fait plus tard d’ailleurs - construire cette énorme statue de lui. Je lui ai dit: 'Tu te prends pour Mussolini? C’est quoi ces conneries?' Il avait des idées tordues."

L'homme aux 1000 anecdotes

John Landis pourrait passer des heures à raconter ses anecdotes. Mémoire vivante d’Hollywood, où il a commencé à traîner dès le plus jeune âge, il a eu une vie plus mouvementée que l’épopée de Joliet et Elwood Blues pour sauver de la fermeture l’orphelinat catholique qui les a élevés. Il a ainsi été coursier à la 20h Century Fox, cascadeur en Europe dans des westerns spaghettis, a participé à la réalisation d’un film d’action avec Clint Eastwood. Il a aussi déjeuné pendant trois ans très régulièrement avec Alfred Hitchcock.

Les histoires de John Landis ne sont pas toujours truculentes. Et elles finissent souvent mal. Sur le tournage d’un de ses films, La Quatrième dimension, trois acteurs sont morts. Lorsqu’on l’interroge sur Carrie Fischer, l’interprète de la princesse Leia qu’il a dirigée dans Les Blues Brothers, la discussion prend une tournure insoupçonnée:

"Elle était très drôle et très intelligente. Je l’aimais beaucoup. Pendant le film, elle est tombée amoureuse de Dan Aykroyd. Ils étaient même fiancés! Plus tard, elle est devenue schizophrène. La dernière fois que je l’ai vue était très étrange. Elle était très déprimée et recevait un traitement par électrochocs. Cela l’aidait, mais elle perdait un peu la mémoire. La dernière fois que je l’ai vue, elle n’avait plus aucune idée de qui j’étais. C’était un ou deux ans avant sa mort."

"Eddie Murphy était jaloux de Denzel Washington"

Son histoire avec Eddie Murphy est moins tragique, mais raconte aussi bien comment l’industrie hollywoodienne peut broyer ceux qu’elle célèbre. Ensemble, ils ont réalisé Un fauteuil pour deux, Un prince à New York et Le Flic de Beverly Hills 3. Entre le premier et le dernier film, "Eddie avait complètement changé", indique John Landis.

Sur le tournage d’Un Prince à New York, le jeune homme "plein d’énergie et d’enthousiasme" d’Un fauteuil pour deux était devenu "étrange, toujours entouré par des gars, il était tout le temps énervé", se rappelle le cinéaste, avant de préciser: "mais je dois dire c’était un plaisir de travailler avec lui. On a fait beaucoup d’improvisations et on a obtenu beaucoup de choses très drôles. Il est très bien dans ce film. Il joue un vrai prince charmant - ce qui est très différent du véritable Eddie". Les deux hommes se brouillent malgré tout sur le tournage. Ils se retrouvent en 1994 sur Le Flic de Beverly Hills 3. L’ambiance avait bien changé. Et l’envie de rire avait disparu.

"A cause de la grève des scénaristes, on ne pouvait pas retravailler le scénario - et il n'était vraiment pas bon. Je me suis dit que l’on pourrait le rendre drôle, comme ça avait déjà été le cas pour le premier film qui n'avait pas un très bon script. Malheureusement, Eddie n’avait pas envie de faire ça. Quand on a commencé le tournage, il a dit qu’il voulait être une star de films d’action. Il voulait courir, tirer, donner des coups… Il était en réalité jaloux de Denzel Washington, de Sam Jackson, de Wesley Snipes et de tous ces gars qui faisaient des films d’action."

Depuis, l’acteur est principalement apparu dans La Famille Foldingue, Shrek et Norbit. Des films où il joue de multiples rôles et se donne la réplique à lui-même. Il prépare désormais son grand retour dans Dolemite, biopic du comique méconnu Rudy Ray Moore: "J’ai l’intuition que ça va être très drôle. C’est un rôle parfait pour Eddie", s’enthousiasme John Landis, ravi de voir son ancien poulain revenir sur le devant de la scène.

Lui n’est pas pressé de faire son grand retour. Depuis Le Flic de Beverly Hills 3, il n’a réalisé que quatre films, quatre fours, dont Les Stupides, un film pour enfants dont il est particulièrement fier. Il a des projets, mais ne veut pas en parler. Pour l’heure, John Landis préfère raconter ses anecdotes.

Jérôme Lachasse