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Du "Bonheur des uns" à "Coco", Daniel Cohen, l’homme de l’ombre de la comédie française

Benoît Poelvoorde et Daniel Cohen en 2007

Benoît Poelvoorde et Daniel Cohen en 2007 - François Le Presti - AFP

Daniel Cohen réalise son quatrième film, Le Bonheur des uns. L'occasion de revenir sur la carrière atypique de cet homme de l’ombre du cinéma français.

Son nom et son visage ne vous disent rien et pourtant l’acteur et réalisateur Daniel Cohen est depuis vingt ans un pilier de la comédie française, témoin discret de ses évolutions et de ses folies. Comédien dans Tout ce qui brille, Atomik Circus ou Coco et auteur des Deux mondes, film culte jusqu’en Chine, Daniel Cohen revient ce mercredi 9 septembre avec Le Bonheur des uns, son quatrième film en tant que réalisateur.

Bérénice Béjo, Vincent Cassel, Florence Foresti et François Damiens partagent la vedette de cette comédie sur les hypocrisies dans l’amitié et dans le couple. Inspirée d’une pièce de théâtre, le film suit une femme discrète écrasée par un mari machiste et un couple d’amis envieux. Lorsqu’elle publie un roman, qui devient contre toute-attente un best-seller, son succès suscite la jalousie de son entourage.

"Cette histoire parle à chacune de ces stars comme elle peut nous parler à tous. Ils ont chacun une réussite exemplaire et tous ont connu à un moment ou à un autre des choses similaires", commente Daniel Cohen. "Avec Le Bonheur des uns, j'ai voulu faire un film que me fasse envie en tant que spectateur et pas une comédie du dimanche soir."

Comme dans ses précédents films, Les Deux mondes, comédie fantastique avec Benoît Poelvoorde, et Comme un chef, comédie culinaire avec Jean Reno et Michaël Youn, Daniel Cohen dresse dans Le Bonheur des uns une parabole sur le potentiel caché de chacun:

"J’ai l’impression que je ne raconte que ça", confirme le réalisateur. "Ce film-là, c’est un peu la suite de cette réflexion. Ce n’est plus quelqu’un qui cherche son potentiel, mais quelqu’un qui l’a déjà et on observe les réactions de son entourage. Je ne fais pas exprès. J’ai toujours l’impression d’écrire un truc nouveau, avec une idée fraîche, et à l’arrivée je découvre la filiation avec mes films précédents."

Un remake avec Steve Carell

Si l’idée préoccupe autant Daniel Cohen, c’est qu’elle correspond aussi à son parcours, et à sa place dans le cinéma français. Difficile d'imaginer que le réalisateur du Bonheur des uns est aussi à l'origine d’une des comédies les plus folles du cinéma français, Les Deux Mondes? "Je n’en reviens toujours pas d’avoir fait comme deuxième film Les Deux Mondes", acquiesce Daniel Cohen à propos de cette superproduction qui raconte les aventures d’un homme normal propulsé dans un autre monde dont il est roi:

"Pour moi, c’était naturel d’imaginer une histoire avec des mondes parallèles. C’était moins un film fantastique qu’une histoire sur le potentiel. Ça racontait une histoire intime de quelqu’un qui vivait une réalité difficile dans le monde réel et avait une vie fantastique que personne ne voyait."

Fan de l’univers Marvel à l’adolescence, Daniel Cohen s’est lancé tout naturellement dans cette aventure, inventant pour Les Deux mondes un univers inédit et une langue fictive, le Bégaménien. Son projet un peu fou a pu profiter dans les années 2000 du regain d’intérêt pour les comédies à grand spectacle: "Il y a eu une conjonction d’événements. À l’époque, c’est Mathieu Kassovitz qui avait produit ce film avec son associé et Gaumont. J'avais parlé du pitch à Benoît Poelvoorde bien avant de l’écrire. Il m’avait dit: ‘Si tu l’écris, je le ferai ton film'. Il a tenu parole."

Sorti en novembre 2007, le résultat n’a pas séduit en France. Le film a cependant connu un gros succès en Chine, avec plus d'un million d'entrées, et a tapé dans l’œil de Hollywood: "En 2011, les Américains ont failli faire un remake. Ils voulaient que je tourne avec Steve Carell. Je regrette de ne pas l’avoir fait. Mais c’était presque trop tôt pour moi, à l'époque, pour refaire un tel projet."

Avec ses décors de centres commerciaux et de banlieues pavillonnaires, Le Bonheur des uns peut paraître moins impressionnant et moins épique que Les Deux mondes. Daniel Cohen ne s’est pas senti pour autant à l’étroit: "On a filmé en scope [écran large, NDLR], avec des objectifs anamorphiques, qui rendent les acteurs très présents à l’écran. Je voulais absolument que le paysage soit leur visage. Il y a moins d’espace à filmer, mais le grand espace du film, c’est le visage de mes acteurs", s’enthousiasme le réalisateur.

"Coco de Gad Elmaleh, c’est comme Walt Disney"

En tant qu’acteur, Daniel Cohen a pu suivre l’évolution de la comédie en France. En 2004, il a participé à l’ovni Atomik Circus (2004), autre comédie fantastique culte qui n’a pas rencontré son public: "Il y a toujours des films comme ça en France, des films étonnants qui sortent d’un seul coup de nulle part. C’était un tournage lumineux avec Jean-Pierre Marielle, Vanessa Paradis… Johnny Depp était venu sur le tournage."

Daniel Cohen a aussi joué dans plusieurs succès de la comédie française, comme Tout ce qui brille et Radiostars. Des films devenus des classiques selon lui en raison de "la grande sincérité de leurs auteurs, qui s’inspirent de quelque chose de très vrai dans leur vie": "C’est très difficile, les comédies. Il y a peu de comédies qui survivent au temps qui passe. J’ai toujours du respect pour ceux qui en font, même quand c’est raté. C’est vraiment quelque chose de... dangereux n’est pas le mot… mais disons que quand on se plante, c’est très sévère."

Son rôle le plus connu reste celui de Mimo, le chauffeur de Coco dans le film éponyme de Gad Elmaleh. Encore plus que Tout ce qui brille et Radiostars, Coco fait partie de ces comédies qui vont se transmettre de génération en génération, assure encore Daniel Cohen: "Coco est vu par des gens sans arrêt. Tous les jours, on me parle de Coco. Coco, c’est comme Walt Disney. Il y a des gens qui l’ont vu cinquante fois. Vous n’avez pas idée."

L’année dernière, il a rejoint une autre bande, qui elle aussi va lui garantir son immortalité dans le paysage de la comédie française: la bande à Fifi, qui réunit notamment Philippe Lacheau et Tarek Boudali. Il sera ainsi à l’affiche le 14 octobre de 30 jours max, nouvelle réalisation de Boudali après le succès d’Epouse-moi mon pote: "Ils ont des pitchs très puissants, une réalisation avec une fraîcheur très étonnante. C’était une joie de les rencontrer."

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV