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Pourquoi "The Batman" est très différent des précédents films du chevalier noir

Robert Pattinson dans "The Batman"

Robert Pattinson dans "The Batman" - Copyright Warner Bros

En salle ce mercredi 2 mars, ce film signé Matt Reeves réveille l'anti-héros octogénaire avec un polar sombre et angoissant dans la lignée de Seven.

Batman, 83 ans, continue de se renouveler. Malgré les années qui passent, l'anti-héros imaginé en 1939 par Bill Finger et Bob Kane parvient à surprendre et à garder sa fraîcheur grâce à un nouveau film particulièrement sombre et angoissant signé Matt Reeves (Cloverfield, La Planète des Singes: Suprématie).

Au cinéma ce mercredi 2 mars, The Batman, avec Robert Pattinson dans le rôle-titre, s'affranchit des précédents films avec Michael Keaton, Christian Bale ou Ben Affleck en revenant à l'essence du personnage pour livrer un long-métrage ambitieux et complexe, qui plonge le public dans un récit policier haletant digne de Seven.

Lorsqu'un tueur s'en prend à l'élite de Gotham par une série de machinations sadiques, des indices cryptiques mènent Batman à une enquête dans la pègre. Il y rencontre des personnages tels que Catwoman (Zoe Kravitz), le Pingouin (Colin Farrell), Carmine Falcone (John Turturro) et l'Homme-Mystère (Paul Dano).

"Je voulais que ce soit le premier film à mettre Batman en scène de manière réaliste", confirme lors d'une interview accordée à BFMTV, Matt Reeves. Le réalisateur s'est inspiré de plusieurs comics phares comme Année Zéro de Frank Miller et David Mazzucchelli et The Long Halloween de Jeff Loeb & Tim Sale. "Je voulais revenir à l’essence du comics, qui allait à l’encontre de l’optimisme de Superman. Je voulais que ce soit un polar vraiment sombre, pour montrer comment Batman est devenu le plus grand détective du monde."

"Vous ne pouvez pas vous emparer de ce genre de projet à moins d'être persuadé que vous pouvez apporter quelque chose de différent à cet univers", plussoie le producteur Dylan Clark. "Je crois que c'est ce que nous avons fait. Il n’y a pas eu de film solo de Batman depuis dix ans et le public va découvrir une version plus viscérale, plus intense du personnage grâce à Matt." Un sentiment que les comédiens ont senti dès leur première lecture du scénario.

"Il était évident dès les deux premières pages que j'étais en train de lire un scénario d'un grand réalisateur", indique Paul Dano, qui incarne un Homme-Mystère particulièrement terrifiant. "J'ai été à ma grande surprise totalement époustouflé par l’écriture de ce scénario. Je ne m'y attendais pas. La manière dont chaque scène donnait naissance à la suivante était très savoureux. C'était aussi très émouvant, et très personnel, et ce malgré l'aspect épique du récit, et le jeu sur les archétypes de cet univers."
Jeffrey Wright et Robert Pattinson dans "The Batman"
Jeffrey Wright et Robert Pattinson dans "The Batman" © Warner

Jeffrey Wright a lui aussi été soufflé par cette audacieuse relecture, qui apporte davantage de diversité à un univers créé avant la Seconde Guerre mondiale: "Si vous bloquez sur la manière dont ces personnages étaient représentés en 1939, alors que le monde a beaucoup évolué depuis, c'est que vous avez en vous un désir pervers de limiter l'art. C'est un étrange fantasme. Matt Reeves a apporté un nouveau souffle à la saga."

Un tournage "complètement fou"

Autre changement de taille: pour la première fois au cinéma, The Batman n'évoquera pas la fameuse séquence de l'assassinat des parents Wayne dans une ruelle après une projection du film Le Signe de Zorro. "Je ne voulais pas raconter une nouvelle fois ses origines", insiste Matt Reeves, qui arbore une moustache comme le commissaire Gordon. "On l’a déjà vu tant de fois que j’ai estimé que ce n’était pas nécessaire. J’ai préféré montrer un Batman débutant, qui tente de trouver qui il est."

"La relation entre Batman et Gordon en est aussi à ses balbutiements", précise Jeffrey Wright, le nouvel interprète du célèbre commissaire. "Gordon est sur le terrain. Il met ses mains dans le cambouis pour enquêter sur les agissements de l'Homme-Mystère. Gordon et Batman passent pas mal de temps ensemble et leur relation va mûrir à travers ce qu’ils vont vivre."

L'action se déroule deux ans après les premiers pas de Bruce Wayne en Batman. "Il n’a pas encore perfectionné son art", précise Dylan Clark. "Il est terrifiant. Il a un côté obsessionnel. On n’a pas encore vu ce côté chez lui. C’est pour cette raison que l'on le voit dans le trailer frapper à deux reprises un criminel. On veut montrer comment ce Batman un peu violent va évoluer pour devenir le symbole d’espoir et de justice que l'on connaît. L'évolution psychologique du personnage sera très différente de ce qu’on a vu dans les précédents films [de la franchise]."

Zoe Kravitz et Robert Pattinson dans "The Batman"
Zoe Kravitz et Robert Pattinson dans "The Batman" © Warner

Le tournage, en pleine pandémie, a confirmé ce sentiment. L'équipe s'est coupée du monde pour tourner dans d'immenses décors de la ville de Gotham reconstitués dans des studios londoniens. "C'était une expérience très immersive. On n’a vu personne de tout le tournage", confirme Robert Pattinson. "On quittait très rarement le plateau. Mon hôtel était situé à deux pas. On a passé presque un an et demi immergé dans cet univers." "C’était notre réalité pendant tout ce temps. C’était complètement fou", abonde Zoe Kravitz, qui incarne Selina Kyle, alias Catwoman.

"J’ai été un peu secoué par ce que j’ai vu"

Visuellement aussi, le film est "complètement fou", et même "très, très surprenant", insiste Robert Pattinson, dont le Bruce Wayne, torturé comme un ado dépressif, a été inspiré par Kurt Cobain, le messie du grunge: "J'ai vu le film et j’ai été un peu secoué par ce que j’ai vu. Les gens vont apprécier. Surtout les fans. Matt a vraiment reproduit le ton des comics. Dans les films, Batman est toujours très clairement défini comme le héros. Dans ce film, ce ne sera pas le cas. Il sera beaucoup plus tiraillé entre le bien et le mal. Il sera un peu étrange aussi."

Comme tout bon récit du Chevalier Noir, The Batman est une plongée dans la psyché de l'homme chauve-souris. Chaque personnage secondaire est un miroir déformant de ses erreurs et de ses tourments - et souffre autant que lui, explique Andy Serkis, qui incarne un Alfred bodybuildé: "Matt voulait que le majordome soit un mentor pour Bruce, mais qu’il lutte aussi avec sa culpabilité de garde du corps qui a échoué à protéger les parents de Bruce - et qui tente d'apaiser ses regrets de ne jamais pouvoir être le père qu’il aurait dû être pour Bruce."

Colin Farrell dans "The Bam
Colin Farrell dans "The Bam © Warner Bros.

Oswald Cobblepot, alias le Pingouin, sera aussi très différent de sa précédente incarnation par Danny de Vito chez Tim Burton. Ce personnage iconique se présentera sous la forme d'un individu particulièrement faible, dévoré par ses vices et incarné par un Colin Farrell méconnaissable. Un personnage inspiré par Fredo, le rejeton lâche de la famille Corleone dans Le Parrain, avait révélé le comédien dans les colonnes de la revue Empire en décembre dernier.

Garder le secret

Mais comme dans beaucoup de polars, la véritable star du film sera la ville (Gotham, en l'occurrence) et le sujet principal la corruption de cette mégalopole inspirée à la fois de New York et de Chicago. "Batman est une figure anti-corruption dans un monde corrompu", rappelle Matt Reeves. "L'Homme-Mystère tue des figures publiques importantes de Gotham, comme le maire. Il semble être un pilier de la ville et après sa mort, on va découvrir qu'il n'était pas du tout celui qu’il prétendait être..."

"On va comprendre qu’il y a un lien entre les meurtres et la moralité des personnalités importantes de la ville", poursuit le réalisateur. "Le film va révéler la vraie nature de Gotham. On va comprendre que Gotham est corrompue depuis sa fondation. On va remonter à la création d’Arkham [l'asile où sont enfermés les ennemis de Batman, NDLR], aux parents de Bruce Wayne. On va découvrir qu’ils ne sont pas aussi parfaits qu'on le pense. Cela va ébranler Bruce. C’est un aspect très important du récit."

Mais il ne faut pas en dire plus, pour préserver au maximum l'effet de surprise, tant ce nouvel opus, qui devrait faire date dans l'histoire des blockbusters et des récits super-héroïques, regorge de surprises. "Je veux que le public ait la même réaction en découvrant le film que j'ai eu en lisant le scénario de Matt", lance Paul Dano. "Je n’aime pas être aussi secret sur un film, mais l'histoire étant si surprenante, c’est mieux ainsi."

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV