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Once Upon a Time in Hollywood, Ad Astra... Brad Pitt, au sommet de son art, révèle enfin ses failles

Brad Pitt dans Ad Astra de James Gray

Brad Pitt dans Ad Astra de James Gray - 20th Century Fox

Brad Pitt incarne dans les nouveaux films de Quentin Tarantino et James Gray des êtres solitaires en quête de sens. Des rôles à son image, lui qui a toujours été embarrassé par son statut de sex-symbol et préfère s'effacer derrière ses personnages et ses partenaires de jeu.

Qu'il soit un cascadeur has-been, condamné à rester dans les limbes de l'histoire ou un astronaute à la recherche du sens de la vie aux confins du cosmos, Brad Pitt a marqué l'année 2019 avec Once Upon a Time… in Hollywood et Ad Astra, deux fresques épiques qui cristallisent l’ensemble des craintes actuelles. Brad Pitt y incarne des individus solitaires emportés malgré eux par la marche de l’histoire, qui les dépasse et les laisse sur le carreau.

Tout le contraire de Brad Pitt, acteur-producteur de plusieurs des films les plus importants de la décennie passée, du Tree of Life de Terrence Malick à Moonlight de Barry Jenkins. Très différentes l’une de l’autre, ces deux œuvres évoquent des quêtes de sens. Le sujet taraude depuis longtemps Brad Pitt, qui a souvent interprété des personnages de gourous ou d’observateurs éclairés, de Fight Club à Twelve Years a Slave

En retrait ces dernières années, fragilisé par une séparation très médiatisée et des choix moins inspirés (Alliés, War Machine), la star a retrouvé son éclat avec Once Upon a Time… in Hollywood et Ad Astra, en salles ce mercredi 18 septembre. Dans ces deux films, signés par des réalisateurs au sommet de leur art, Quentin Tarantino et James Gray, le sex-symbol des années 1990, livre des interprétations âpres et bouleversantes.

"Intense et dévoué"

James Gray, qui connaît l’acteur depuis plus de vingt ans, y voit la récompense de son immense investissement: "Brad est intense et dévoué", confirme le réalisateur à BFMTV. "Il peut vous envoyer un SMS à 2 heures du matin pour demander si on doit enregistrer telle ou telle réplique en voix off ou si on doit l’improviser. C’est bien. Vous ne voulez pas exactement ce que vous avez écrit. Vous voulez quelque chose de meilleur que ce que vous aviez à l’esprit. Brad était très impliqué. Il a une très grande intelligence, très féroce. Il n’est jamais fatigué. Il travaille sans relâche pour être le meilleur."

Il est loin le temps où Brad Pitt, tout juste auréolé des succès d'Entretien avec un vampire et L’Armée des douze singes, confiait à Jean-Jacques Annaud venu lui parler de Sept ans au Tibet: "Je ne suis pas un très bon acteur". Aujourd'hui, le comédien, que beaucoup espéraient voir récompenser à Cannes ou à Venise, n'a plus envie d'avoir la vedette. Il ne tient même pas à être récompensé aux Oscars en 2020, lui qui a raté de peu la statuette du meilleur acteur en 2008 pour L'Étrange histoire de Benjamin Button.

"Je vais m'abstenir", a-t-il déclaré, à propos de la campagne des Oscars dans une interview accordée cette semaine à Entertainment Weekly. "Le but d'un film est qu'il parle aux gens, maintenant ou dans une décennie. Je trouve que partir à la chasse aux prix est contraire à la pureté du récit." Son personnage de Deadpool 2 (2018), prénommé Fantôme, résume bien son état d'esprit: Brad Pitt aspire à la solitude, au calme, comme son personnage d'Ad Astra. Il veut disparaître. Mais cette solitude le pèse. "J’ai besoin d’amis…", avait-il ainsi confié à Jean Dujardin en 2012 lors de la Cérémonie des Oscars, s'est souvenu Dujardin en mai dernier dans les colonnes de So Film.

Si Brad Pitt n'envisage pas de prendre sa retraite - il reste producteur -, il souhaite être de plus en plus rare à l'écran. "J'ai d'autres choses à faire à présent", a-t-il indiqué au New York Times. "Quand vous sentez que vous maîtrisez quelque chose, cela veut dire qu'il est temps d'aller vers une autre aventure", estime celui qui se passionne depuis peu pour la sculpture et l'aménagement paysager. 

Le sex-symbol qui voulait s'effacer

Loué pour ses rôles dans L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, L'Étrange Histoire de Benjamin Button (2008) ou encore The Tree of Life, Brad Pitt n’a jamais aimé jouer au play-boy et a plus souvent préféré se cacher derrière des groupes (la trilogie Ocean's Eleven), ses idoles (Spy Game, avec Robert Redford), des accents (Snatch) ou des rôles d'imbéciles et de doux dingues (True Romance, Burn After Reading, Inglourious Basterds). Il a aussi multiplié les duos et a partagé l’affiche avec Tom Cruise (Entretiens avec un vampire), Cate Blanchett (Babel), Edward Norton (Fight Club), Morgan Freeman (Seven), ou Angelina Jolie, son ex-femme (Mr and Mrs Smith, By the Sea)... C'est d'ailleurs dans l'ombre d'un iconique duo de cinéma - Thelma et Louise - qu'il est né à l’écran.

Pas forcément à l'aise avec les rôles virils, comme celui d'Achille dans Troie, il préfère les personnages tourmentés, au bord de la dépression (Seven) - quand il ne joue pas la mort en personne (Rencontre avec Joe Black). "Tout le monde pense le connaître", confirme James Gray à GQ. "Et pourtant personne ne le connaît vraiment. La vérité est bien plus... - je ne veux pas dire sombre, ce n'est pas seulement ça, - elle est surtout bien plus mystérieuse." Ad Astra est ainsi un des rares films où il semble apparaître tel qu'il est vraiment, sans artifice. Et cela au mépris du réalisme. Dans une scène clef, Brad Pitt pleure réellement. "Tu dois remplacer mes larmes [en post-production], parce qu'elles fonctionnent différemment en apesanteur", a-t-il demandé à James Gray sur le tournage. Le cinéaste a refusé net: "Désolé, je les garde", lui a-t-il répondu. "Ton jeu est trop bon." 

Le rôle de Brad Pitt dans Ad Astra, celui de l'astronaute Roy McBride, exploite comme jamais la part mystérieuse tapie au fond de lui. Envoyé au fin fond du cosmos pour retrouver son père, devenu fou, le personnage parle peu et traverse le film, perdu dans ses pensées, l'air triste. Dans le futur où se déroule Ad Astra, chaque émotion est contrôlée. Roy McBride a appris à les dissimuler. Au cours de son voyage au cœur des ténèbres, le héros mutique comprend qu'il doit accomplir ce périple pour apprendre à devenir humain. "J’ai été dur quand j’aurais dû être doux", regrette-il.

La même idée traverse Once Upon a Time… in Hollywood, où Cliff Booth, la doublure qu’il incarne, devient peu à peu, pour la première fois de sa vie et presque sans s'en rendre compte, le héros de sa propre existence. Un peu comme Brad Pitt, qui, après quelques années difficiles, dévoile ses failles à l'écran et reprend en main sa carrière pour lui apporter un point d'orgue, certes dépressif, mais grandiose.

Jérôme Lachasse