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Attaque d’ours, coup de poing et mutilsation: Jean-Jacques Annaud raconte sa folle carrière

Jean-Jacques Annaud

Jean-Jacques Annaud - Joël Saget / AFP

Le réalisateur, connu pour Le Nom de la Rose, L’Ours et Sept ans au Tibet, retrace sa carrière mouvementée dans une passionnante autobiographie. Florilège.

L’Amant, L’Ours, Le Nom de la Rose, La Guerre du feu… La carrière de Jean-Jacques Annaud est jalonnée de succès. A l'occasion de la diffusion sur TF1 de sa série La Vérité sur l'affaire Harry Quebert, adaptation du best-seller de Joël Dicker, il retrace sa riche filmographie dans Une vie pour le cinéma.

Cinéaste globe-trotter, qui a tourné en Argentine et au Kenya, en Allemagne et en Chine, JJA a toujours eu comme but de divertir son public. Fidèle à cette ambition, il retrace dans cette passionnante autobiographie la conception de chacun de ses films et évoque au passage de truculentes anecdotes de tournage. En voici un florilège.

L'autobiographie Jean-Jacques Annaud
L'autobiographie Jean-Jacques Annaud © Grasset

Le jour où Jean-Jacques Annaud a failli être tué par un ours

21 septembre 1987. Il tourne depuis plusieurs mois son cinquième film L’Ours. Le réalisateur noue avec sa star Bart, un ours de six ans mesurant deux mètres quatre-vingts, "une excellente relation". Un matin, Jean-Jacques Annaud se rend dans son enclos pour prendre un cliché avec l'animal. "Je franchis là une ligne que je n’ai jamais franchie, mais nous sommes tellement amis et je me sens autorisé à transgresser les règles de la territorialisation", écrit-il.

Pendant la séance photo, qui a lieu sur une petite pente, Jean-Jacques Annaud sort son viseur pour cadrer l’ours. Grave erreur: Sans doute gêné par un éclat de lumière, Brat frappe violemment le réalisateur, qui tombe à plat ventre: "Il me saute dessus, mais il est tellement lourd qu’il a glissé et qu’il a du mal à remonter pour m’attraper. Il m’a raté de peu". Se souvenant de ses lectures pour préparer son film, Jean-Jacques Annaud fait le mort. Un réflexe qui lui sauve la vie. Cet accident, "qui aurait pu mal tourner”, écrit le cinéaste en préambule de son autobiographie, a paradoxalement "conforté [sa] passion pour le cinéma."

L'Ours d'Annaud
L'Ours d'Annaud © Pathé

Le jour où Patrick Dewaere a frappé un accessoiriste

1978. Jean-Jacques Annaud tourne son deuxième film, Coup de tête. Pour le rôle du footballeur accusé à tort de viol puis encensé en héros par sa ville de province, le réalisateur engage Patrick Dewaere. Imprévisible à cause de son addiction à la drogue, il n'est plus en odeur de sainteté dans le milieu du cinéma. Jean-Jacques Annaud insiste pour l'engager et Dewaere promet de rester sobre. La dernière semaine de tournage se passe pourtant mal. Anxieux à l'idée d'enchaîner avec Série noire d'Alain Corneau, l'acteur replonge. "Et nous avons eu un gros problème: il a quasiment démoli un accessoiriste", se remémore-t-il.

La scène se déroule à Meaux. Dewaere doit dormir dans la salle d’attente de la gare et placer sous sa tête un sac pour dormir. Il accepte. L'accessoiriste s'approche de la star des Valseuses pour placer le sac, "soulève un peu la tête de Patrick qui soudain bondit comme un fauve et lui balance son poing dans la figure", explique Annaud. Dewaere se met alors à hurler et à injurier l'accessoiriste qui "a la bouche en sang et crache trois dents devant l’équipe médusée.” Dewaere refuse de présenter ses excuses. Le tournage se terminant dans une ambiance glaciale, Dewaere refuse également d'assurer la promotion de Coup de tête. Le film, sorti en février 1979, attire tout de même plus de 900.000 spectateurs.

Coup de tête
Coup de tête © Gaumont

Le jour où Michael Caine a proposé de se mutiler pour jouer dans Le Nom de la Rose

Jean-Jacques Annaud revient en détail sur la longue et difficile gestation du Nom de la Rose, son adaptation du best-seller d’Umberto Eco. Avant que le rôle de Guillaume de Baskerville ne soit attribué à Sean Connery, tous les plus grands acteurs de l’époque furent envisagés: Philippe Noiret, Warren Beatty, Jack Nicholson, Paul Newman ou encore Dustin Hoffman et Robert de Niro.

Michael Caine se montra particulièrement insistant: "J’ai tellement envie de faire ce film que vous pouvez me demander n’importe quoi, je suis prêt à me couper un doigt, la main s’il le faut", a lancé l'acteur de Hannah et ses sœurs en demandant un couteau: "Dites-moi. Choisissez. Je me mutile, là, tout de suite, devant vous." Malgré cette démonstration, Annaud lui a préféré Sean Connery. De dépit, Michael Caine a attaqué en justice la société qui a produit le film pour rupture de contrat et tromperie. Il a rapidement été débouté.

Ce n'est pas l’unique difficulté que Jean-Jacques Annaud a rencontré sur le tournage, où il a dû également affronter les caprices de F. Murray Abraham, tout juste oscarisé pour son rôle de Salieri dans Amadeus. Vivement attaqué par la presse au moment de la sortie du Nom de la Rose, Annaud a envisagé de mettre un terme à sa carrière. L’incroyable succès du film l’a encouragé à persévérer et à se lancer dans l'aventure de L’Ours, un de ses plus grands succès.

Le Nom de la Rose
Le Nom de la Rose © 20th Century Fox

Le jour où Jean-Jacques a compris qu’il ne devait pas toucher les cheveux de Brad Pitt

Milieu des années 1990. Brad Pitt est la nouvelle coqueluche du cinéma après les succès d'Entretien avec un vampire et L’Armée des douze singes. Jean-Jacques Annaud le rencontre pour Sept ans au Tibet et tombe aussitôt sous son charme: "Son honnêteté m’a surpris", dit le réalisateur, qui se souvient de ses mots: "Je suis ici pour me vendre. Je ne suis pas un très bon acteur, mais j’ai l’intention de me donner beaucoup de mal." Ce qu'il fera sur le tournage.

Louant le professionnalisme de l'acteur, le cinéaste ne connaît "qu’une limite à l’obligeance de Brad": "il a horreur qu’on lui touche les cheveux". Il ajoute: "Si l’on s‘y risque, un coup de poing peut partir très vite." Problème: lors d’une scène, le jeune dalaï-lama doit lui ébouriffer les cheveux! Brad Pitt accepte. Au moment de tourner la scène, Annaud doit montrer à son casting le geste et oublie de prévenir l'acteur, qui lui lance un regard qu'il n'a depuis jamais oublié: "il s’est retourné, et j’ai vraiment cru qu’il allait me frapper."

Une vie pour le cinéma, Jean-Jacques Annaud avec Marie-Françoise Leclère, Grasset, 528 pages, 23 euros.

Sept ans au Tibet
Sept ans au Tibet © TriStar Pictures
Jérôme Lachasse