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Miou-Miou: "sur le tournage des Valseuses, Depardieu et Dewaere attiraient la bagarre comme des fous"

Camille Chamoux, Miou-Miou et Camille Cottin dans Larguées

Camille Chamoux, Miou-Miou et Camille Cottin dans Larguées - Copyright Estrella - Pathé

A l'affiche de Larguées, Miou-Miou revient sur ses films cultes comme Les Valseuses, Rabbi Jacob ou encore Un Indien dans la ville, le mouvement #MeToo et les César.

Miou-Miou est de retour au cinéma, après plusieurs années d'absence. Elle revient à l'affiche de trois films cette année: La Monnaie de leur pièce d'Anne Le Ny, Larguées d'Eloïse Lang, Les Champs de fleurs de Jeanne Herry.

A l'occasion de la sortie au cinéma ce mercredi 17 avril de Larguées, qui a reçu lors du Festival de l'Alpe d'Huez le Prix du Public, Miou-Miou a accepté de répondre aux questions de BFMTV.com et de revenir sur sa carrière et ses films cultes comme Les Valseuses, Rabbi Jacob ou encore Un Indien dans la ville.

La Monnaie de leur pièce, Larguées, Les Champs de fleurs… 2018 est l’année de votre grand retour au cinéma. Qu'est-ce qui vous a séduit dans Larguées

Ce qui m’a plu, c’est l’histoire. J’ai trouvé qu’il y avait des dialogues formidables… Il y avait des dialogues que je n’avais jamais entendu. C’était très bien écrit.

C’est un sacré compliment venant de vous qui avez collaboré avec un auteur comme Bertrand Blier.

Justement, il y a des phrases qui m’ont fait penser à Blier. Il y a des phrases qui claquent comme un coup de fouet. On ne peut pas s’empêcher de rire tellement c’est inattendu. L’idée de tourner avec les deux Camille [Chamoux et Cottin, NDLR] me plaisait aussi.

Dans Larguées, vous interprétez à votre manière Paroles, Paroles de Dalida. C'est la première fois que vous chantez au cinéma?

Je l'ai déjà fait, je crois, dans un film d'Alain Tanner [Jonas qui aura 25 ans en l'an 2000, NDLR]. Pour chanter, il a fallu s’entraîner. J’ai écouté plusieurs fois Paroles, Paroles. Ce qui me plaisait était de ne pas faire un numéro à l’américaine où tout d’un coup je chante formidablement, et c'est la surprise. La surprise n'est plus les paroles, mais alors comment elle arrive à si bien chanter. Ça, ce n'est pas intéressant. C’était beaucoup plus émouvant de le faire en changeant les paroles.

Gérard Depardieu, Miou-Miou et Patrick Dewaere dans "Les Valseuses"
Gérard Depardieu, Miou-Miou et Patrick Dewaere dans "Les Valseuses" © Studio Canal

Dans une autre scène, vous tirez avec un fusil à pompe en disant: "Ça fait du bien".

Lors de cette scène, j’ai tout de suite retrouvé les réflexes de La Femme Flic [réalisé par Yves Boisset en 1980, NDLR]. C’était le rôle principal et ça m’avait totalement imprégné. Tout de suite, des années après, je n’ai pas fait d’erreur, je me souvenais de comment attraper ce truc [elle mime un pistolet avec ses mains, NDLR]. C’est drôle les gestes qui reviennent automatiquement…
"Quand Jeanne Moreau est venue sur le tournage des Valseuses, tout est rentré en ordre"

Quel souvenir avez-vous des Valseuses?

Un souvenir très puissant, très collectif, avec Dewaere et Depardieu. On nous demandait parfois des choses pas dures, mais un peu compliquées à faire. A force de baisser ma culotte et de remonter mon tablier, j’en avais un peu marre. On s’aimait très fort tous les trois. On était comme une portée de chiots.

Il y avait la même folie sur le tournage de Tenue de soirée ou de La Totale?

Non, parce que pendant le tournage des Valseuses, on n’était pas connu. Il y avait un truc de fou, d’audace. Il y avait une équipe âgée, traditionnelle et les jeunes. Ça se fritait, un peu. Nous, on attirait la bagarre. Moi, je me faisais refuser des établissements. On pensait que je n’avais pas 18 ans... Depardieu et Dewaere attiraient la bagarre comme des fous. Ça n’arrêtait pas... Les coups de boule… Ils partaient avec la voiture du film, celle avec les fausses plaques. Le producteur nous présentait comme des gens terribles. Quand Jeanne Moreau est venue, tout est rentré en ordre. Tout le monde a coupé ses cheveux. Et Blier m’a dit: "enfin une véritable actrice".

Miou-Miou dans La Femme Flic
Miou-Miou dans La Femme Flic © Studio Canal

Vous aviez déjà joué avant Les Valseuses, dans Rabbi Jacob notamment. Avez-vous des souvenirs de Louis de Funès?

Très peu. Il était très agréable, mais je n’avais pas tellement de scènes avec lui. Quel acteur… Oury faisait tellement de prises… Oury ne regardait pas une scène avant quinze prises. J’avais répété plusieurs fois ma seule réplique: "Mon voile, rendez-moi mon voile". Lorsque ce fut mon tour, je me suis élancé et Oury a dit cette phrase: "Maintenant, tu me le fais, mais en jouant". J’ai eu un moment de solitude total.
"Je n’aime pas les César"

Vous avez aussi joué avec Patrick Dewaere dans F… comme Fairbanks. Quels souvenirs avez-vous de lui et du film?

J’ai un souvenir très beau. On a fait des scènes que l’on ne pourrait plus faire maintenant. On devait tourner, ils installaient la caméra sur le capot et on s’installait avec Patrick à l’avant de la voiture. Il conduisait, je faisais le clap et on jouait. On faisait ça plusieurs fois puis on rentrait à la base. Avant, on pouvait faire ça. Une fois que le metteur en scène nous avait dit quoi faire et qu’on avait répété, on partait. Maintenant, ce serait impossible. Sans doute à cause des assurances.

Vous avez reçu en 1980 un César pour La Dérobade. Qu’en avez-vous fait?

Je ne l’ai pas. Je ne suis pas allé le prendre. J’ai vu naître les César. Je n’aime pas les César. Simone Signoret m’avait appelé pour me demander si j’y allais. Je lui avais dit que non. On ne me fera jamais croire qu’il y a un meilleur acteur, une meilleure actrice dans toute l’année. Ce côté vertical me peine car c’est un métier d’échange. Je ne comprends pas. Je ne suis pas allé prendre ce César parce que je m’en foutais. J’étais sûre de l’avoir. Je crois que j’ai dit à mon agent d’aller le prendre. Il l’a pris, mais comme il est mort je ne sais pas où il est. J’ai été beaucoup nommé après, mais ils se sont lassés. Et à raison: je n’irai jamais.

Thierry Lhermitte a indiqué à BFMTV que le tournage d’Un Indien dans la ville a été compliqué. C’est aussi le souvenir que vous en gardez?

On a eu un sinistre. On était au Venezuela et on s’est retrouvé en Floride après. C’est très drôle: il y a un plan où je suis au Venezuela et j'ai un petit cochon noir. Je me retourne, je suis en Floride et il est gros! Il y a un énorme faux raccord, mais on n’a pas réussi à trouver un cochon plus petit (rires). C’était dangereux le Venezuela. Il y avait des Anacondas sur la plage alors qu’on vivait dans de petites huttes. Thierry est le seul à n’avoir pas fait la suite d’un succès pareil. C’est rare (rires).
"J’ai eu des gens qui voulaient m’attaquer dans l’escalier"

Avez-vous vu le sketch des Inconnus sur le prénom de Miou-Miou?

Oui, c’est drôle. C’est marrant ce pseudonyme. Il n’attire pas la claque. Je m’appelais Sylvette Herry. Comme j’étais dans une tristesse molle à cette époque-là, c’est Coluche qui m’a dit: "t’es toute gnan-gnan, t’es toute miou-miou". Et puis, voilà. C’était réglé. Tout le monde m’appelait Miou-Miou. On n’avait pas encore fait le Café de la Gare. Cette tristesse molle, c’était un refuge. C’est très agréable. C’est une petite tristesse molle qui nous donne l’air intelligent.

Depuis l’automne dernier, de nombreuses femmes ont pris la parole pour dénoncer les abus dont elles ont souffert de la part de réalisateurs…

Moi, je ne sais pas. Je n’ai rien vu. J’ai eu des gens qui me suivaient dans la rue, qui voulaient m’attaquer dans l’escalier. J’ai 68 ans. Avant, on ne savait pas qu’on pouvait dire que ça n’allait pas. Ça faisait parti des choses comme un accident de la route, une maladie. On tâchait que ça n’arrive pas. Les femmes chuchotaient. C’est bien que les femmes prennent la parole. Je pense surtout aux femmes qui doivent aller dans leur boulot plus humble et risquent de le perdre. Il y a quelque chose d'accablant.
Jérôme Lachasse