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Matt Reeves: "La Planète des Singes n'est pas un blockbuster classique, il provoque le spectateur"

Matt Reeves a réalisé "La Planète des Singes - Suprématie", en salles le 2 août 2017

Matt Reeves a réalisé "La Planète des Singes - Suprématie", en salles le 2 août 2017 - BFMTV.com

Lors de son passage à Paris pour la sortie en salles de La Planète des Singes - Suprématie ce mercredi 2 août, BFMTV.com a rencontré le réalisateur Matt Reeves. L'occasion d'évoquer avec lui le dernier volet de la saga, mais aussi le très attendu The Batman qu'il aura la lourde tâche de réaliser...

Les blockbusters ne lui font pas peur. Après s'être fait remarquer en signant le cultissime Cloverfield en 2008, Matt Reeves a confirmé qu'Hollywood pouvait compter sur ses talents de mise en scène avec la saga La Planète des Singes, d'abord sur le second volet L'affrontement en 2014, puis aujourd'hui avec le troisième opus baptisé Suprématie

Le cinéaste américain s'est confié à BFMTV.com lors de son passage à Paris pour la promotion du film. Il nous explique sa vision de la franchise à succès, son admiration pour le comédien Andy Serkis, et en profite aussi pour glisser quelques informations sur l'autre film événement qu'il s'apprête à réaliser, The Batman avec Ben Affleck.

Ce troisième volet de La Planètes des Singes confirme que les humains sont définitivement au coeur de la saga...

Clairement! Cette saga est vraiment une opportunité pour nous de faire notre autocritique. Les singes nous ressemblent vraiment beaucoup, ils sont un miroir de nous-mêmes et le film permet de regarder notre véritable nature. Nous sommes des singes! Ce n'est pas un blockbuster classique, car le véritable sujet est là: regarder la nature de l’être humain, le conflit entre nous. Et c’est ce qui a été génial à explorer.

Le personnage de César semble n'avoir jamais été aussi complexe que dans ce film. Pour quelles raisons?

L’élément-clé dans le caractère de César, c’est sa capacité à avoir de l’empathie. Il essaye toujours de trouver la bonne action à faire, mais son problème est qu'il reste un étranger dans les deux camps où il se trouve: c'est un singe, mais il est différent des autres singes, et même s'il a été élevé par des humains, ce n’est pas un humain! Cette caractéristique le rend unique dans les deux communautés. Ce qui est intéressant dans ce troisième film, c’est que César se trouve sur un terrain qui le rend vulnérable et risque de lui faire perdre son empathie. Le public va se demander comment César va basculer dans cet esprit de vengeance. Je voulais créer son sentiment de désir de revanche pour provoquer volontairement le spectateur, que celui-ci se demande s’il veut vraiment voir aussi César se venger et faire appel à sa part la plus sombre.

"César et Batman sont deux personnages très torturés"

Avez-vous volontairement donné un faux-air de western à ce troisième épisode?

Absolument. Le film est influencé par beaucoup de genres, que ce soient les westerns américains, ceux de Sergio Leone, ceux de John Ford, mais aussi les films de David Lean ou les films de guerre comme Apocalypse Now ou Le Pont de la rivière Kwai. Mon but était de faire un film comme ces grands classiques. Je voulais prendre la technologie d’aujourd’hui et l’a couplé aux films mythiques hollywoodiens. Il fallait donc trouver les connections entre ce passé et le cinéma d'aujourd’hui.

Diriger Andy Serkis, est-ce la même chose que diriger n’importe quel autre acteur?

Oui, même si ça signifie surtout que vous travaillez avec le meilleur acteur du monde! Il y a une idée reçue selon laquelle il serait le meilleur acteur de motion capture du monde, mais non, c’est le meilleur acteur du monde, tout simplement. Il n'y a rien de techniques à proprement parler dans son travail, car la technique, ce sont simplement les caméras qui filment ce qu’il produit. Son travail n’est pas différent d’un autre quand il incarne un personnage. Andy a cette capacité incroyable à repousser les limites de l’émotion qu'il veut transmettre. Je l’adore!

Vous réaliserez bientôt le film The Batman avec Ben Aflleck. Est-ce un rêve pour vous de porter à l'écran l'histoire de ce super-héros?

Complètement! Et ce qui est intéressant, c’est que je suis obsédé par ces deux franchises (La Planète des Singes et Batman, NDLR) depuis que je suis petit. C’est amusant d’être ainsi ramené à son enfance et de porter désormais un regard d’adulte sur ces deux sagas qui ont ce point commun d’être des métaphores permettant aux gens de se voir à travers. Il y a un vrai parallèle entre César et Batman, car ce sont deux personnages torturés qui cherchent perpétuellement à prendre la bonne décision, faire la chose juste dans un monde très imparfait. Ce genre de personnages m’intéresse énormément. J'aime l’idée de trouver un point de vue pour chaque film, de m’immerger cinématographiquement dans l’émotion du personnage que l’on suit et de trouver une façon de l’explorer visuellement. C’est une façon très "hitchcockienne" d’aborder une histoire. Et j’ai hâte de pouvoir explorer tout ça avec Batman.