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Mathilde Seigner: "C’est vrai que je fais toujours des rôles odieux"

Ni une ni deux

Ni une ni deux - Copyright Valletoux

L’actrice connue pour son franc-parler revient avec un double rôle dans la comédie Ni une ni deux, en salles ce mercredi 29 mai. Elle évoque ses rôles de personnages souvent odieux, ce qu’elle déteste jouer au cinéma et sa fascination pour la gémellité.

Depuis ses débuts, Mathilde Seigner se laisse guider par ses envies. "Je joue énormément pour m’amuser. Ce métier m’amuse beaucoup", résume-t-elle. Dans son nouveau film, Ni une ni deux, au cinéma ce mercredi 29 mai, elle a pu mettre en pratique cette ligne de conduite. Réalisée par Anne Giafferi, cette comédie située dans le milieu du cinéma raconte l’abracadabrantesque histoire de Julie, une célèbre actrice au caractère de diva devenue has-been.

Lorsqu’elle cède aux sirènes de la chirurgie esthétique pour relancer sa carrière, Julie fait une réaction allergique. Défigurée, elle fait appel à Laurette, une candide coiffeuse de province qui s’avère être son sosie et surtout sa … sœur jumelle cachée. Mathilde Seigner incarne les deux rôles et l’illusion fonctionne tellement qu’un spectateur n’y a vu que du feu lors d’une avant-première: "J’ai un monsieur à Rouen qui a pris le micro et m’a dit: ‘Vous saviez que vous aviez une sœur jumelle?’ Il ne savait pas que je faisais les deux! C’est un compliment."

Il faut dire que le spectacle est troublant pour le spectateur qui peut avoir l’impression de voir à l’écran Mathilde Seigner et sa sœur Emmanuelle Seigner, elle aussi actrice. "C’est marrant ça, mais bon, ma sœur n’est pas ma jumelle - et Emmanuelle n’est pas odieuse comme l’est Julie. Je vous vois venir!", s’exclame-t-elle avant de confesser sa fascination pour la gémellité: "J’ai vu un reportage l’autre jour sur les jumeaux monozygotes… Je n’aurais pas aimé en avoir. Ils se ressemblent parfaitement, ils n’ont rien de différent. C’est un miroir bizarre. C’est fascinant. Avoir un enfant dans le ventre, je trouvais déjà ça délirant, mais deux…"

"La Gatineau, il faut se la fader!"

Mathilde Seigner s’est retrouvée dans les deux rôles. Chez Julie, l’actrice populaire qui soudain n’a "plus la carte", elle a reconnu sa petite traversée du désert après sa déclaration choc aux César en 2012. "J’ai dit 'Je n’ai pas la carte', pas 'Je n’ai plus la carte'. Ce n’est pas pareil. Julie, visiblement, n’a plus de boulot. Moi, j’ai beaucoup de boulots, mais je n’ai pas la carte." La différence est "énorme", selon l’actrice: "C’est faire des films branchés, avoir des prix, des nominations, des films à Cannes… la carte, quoi! Ça, je ne l’ai pas du tout, parce que je fais un cinéma qui n’est pas du tout dans ces sélections-là. Et ce n’est pas très grave."

Si Mathilde Seigner collectionne depuis plusieurs années les rôles odieux, à l’instar de Julie, elle a moins l’occasion d’incarner des personnages doux. Laurette apparaît presque comme une récréation: "Oui, c’est très différent. Elle est vraiment très gentille. Elle est mimi. C’est bien de faire ça!" Elle ajoute: "Mais c’est vrai que je fais toujours des rôles odieux…" C’est le cas dans Retour chez ma mère, où son personnage tourmente celui joué par Jérôme Commandeur. "Ah oui, elle, elle est horrible", se souvient-elle. "Elle est horrible et elle devient gentille à la fin quand elle a pris sa douche."

Il y a également eu celui, en janvier dernier, de la diva dans Edmond, d’après la pièce à succès d’Alexis Michalik: "Oui, j’y suis odieuse. Dans Flic tout simplement [un téléfilm d’Yves Rénier, NDLR], je suis dure. J’essaye quand même de toujours rattraper mes personnages. Mais il est vrai que j’ai une autorité naturelle et on me demande souvent d'engueuler [les autres] dans les films". Elle réfléchit: "Dans Une hirondelle, elle a son caractère aussi…" Et dans Camping, la comédie à succès de Fabien Onteniente? “Elle est chiante comme tout! La Gatineau, il faut se la fader!"

Elle reconnaît avoir une certaine aisance à incarner ce genre de personnage: "Croyez-moi je m’entraîne dans la vie! C’est très naturel pour moi", dit-elle avant de compléter: "Je suis très gentille dans la vie, parce que je suis très Laurette sur un tournage. Je suis très sympa avec les gens." Se coiffe-t-elle elle-même pour éviter les dépassements de frais, comme son personnage? "Non, j’aimerais bien, mais il y a toujours un coiffeur qu’on m’impose et ça m’exaspère. Je me maquillerais et me coifferais bien toute seule tellement ça me gonfle d’avoir des gens."

"La chirurgie esthétique me fout les jetons"

L’actrice n’a rien d’une diva, mais a tout de même quelques principes. Elle déteste les scènes de sexe ("Ça me fait chier quand il y en a une qui arrive"), préfère tourner à la campagne plutôt qu’à Paris pour éviter les embouteillages ("Les embouteillages, c’est vraiment quelque chose de fatigant et d’inutile: on perd du temps de vie pour rien.") et dit avoir peur de la chirurgie esthétique à laquelle se soumet son personnage: "Ça ne me viendrait pas à l’idée de faire ça, quelle horreur. La chirurgie esthétique me fout les jetons parce qu’on ne sait quelle réaction ça peut provoquer. Même sur le visage."

Si Mathilde Seigner s’emporte rapidement sur les sujets qui lui tiennent à cœur, elle dit faire "un peu attention maintenant” pour éviter que ses propos ne soient déformés dans la presse: "Il y a les réseaux sociaux. Ce qu’on dit est repris. Quand Vincent Lindon attaque la maire de Paris, c’est à pisser de rire et on ne parle plus que de ça. On dit un truc sur les gilets jaunes, et ouh la la... Donc on fait un petit peu attention.” Un point de vue opposé à celui d’une autre actrice populaire au caractère bien trempé, Corinne Masiero, l’interprète de Capitaine Marleau dont la spontanéité décoince les fictions françaises. "Je suis tout à fait différente d’elle. Masiero, elle, elle n’en a rien à foutre: elle dit ce qu’elle pense."

Avec sa ligne de conduite, Mathilde Seigner n’a aucun regret - ou presque: “Je devais jouer le rôle de Yolande Moreau dans Rebelles [une comédie sortie en mars dernier, NDLR], mais il y avait dix jours de tournage [qui se chevauchaient avec Ni une ni deux]. Ce n’était pas possible. Ça m’a fait chier. J’ai adoré le film. J’aurais adoré être dedans. Je me serais très bien vu jouer la fille au fusil."

Contrairement à Julie, qui peine à s’adapter au registre comique, Mathilde Seigner explore tous les genres, du polar à la comédie, et alterne sans préjugé téléfilms, films et pièces de théâtre. "Je fais des trucs assez différents. En fait, je m’amuse un peu avec ma tête-tête. Qu’est-ce que je change de tête, moi! Et brune et blonde, et ci et ça. Vous verrez, dans Ibiza [en salles le 3 juillet, NDLR], j’ai encore une autre tête. Dans la série Le Temps est assassin [une adaptation de Michel Bussi prévue pour septembre sur TF1, NDLR], c’est encore un personnage obstiné, plus proche de moi. Moi, c’est ça, sinon je m’ennuie.”

Jérôme Lachasse