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Mads Mikkelsen nous raconte le tournage d'Arctic: "C'était l'enfer"

Mads Mikkelsen

Mads Mikkelsen - The Jokers

Dans Arctic, l’acteur danois incarne un homme qui doit traverser le Pôle Nord pour sauver une femme gravement blessée dans un accident d'hélicoptère. Un défi physique pour le comédie qui raconte à BFMTV.com l’enfer du tournage.

Qu’il torture un James Bond nu ou mange des être humains dans la série Hannibal, l’acteur danois Mads Mikkelsen collectionne à l’écran les scènes mémorables de souffrance physique. À 53 ans, il se retrouve à l’affiche de ce qui semble être son premier feel good movie.

Dans Arctic, premier long-métrage de Joe Penna, il incarne Overgård, un homme traversant seul les étendues glacées du Pôle Nord pour sauver une femme blessée dans un accident d'hélicoptère. Chose rare dans sa carrière, il n’inspire ni la peur ou l’effroi, mais du courage et de l’espoir.

"J’ai fait beaucoup de films qui parlent d’espoir. Je pense que Pusher II [qui raconte l’histoire de Tony, un petit criminel de Copenhague, NDLR] en est un bien qu’il soit accablant. Dans le monde actuel, il suffit d’avoir un peu d’espoir pour que notre horizon s’ouvre. Arctic parle d’espoir, mais surtout d’humanité. Vous pouvez vivre et être courageux si quelqu’un vous prend la main. Vous pouvez vous permettre de vous laisser aller et d’être faible si quelqu’un vous prend la main. Quoi qu’il en soit, vous ne pouvez pas vivre seul et devez être accompagné pour être un individu."

Repousser ses limites, affronter la mort

Interprétant comme à son habitude un homme sans passé et taiseux, il s’occupe de la femme blessée en lui demandant régulièrement de d'attraper sa main et de la serrer pour s’assurer qu’elle est encore en vie. Un geste anodin dans lequel repose l’humanité d’un film dur et éprouvant. Une tendresse absente des rôles qu’il joue régulièrement et qui l’a touché:

"On ne sait jamais si ce genre de détails fonctionne, mais nous voulions que les petits détails aient la plus grande importance. Il répète à la jeune femme que tout va bien, qu’elle n’est pas toute seule. Bien sûr, il le dit pour lui aussi. Il est désespéré. Même si elle est blessée, le plus beau jour de sa vie est son arrivée. C’est une forme de miracle. Parce qu’elle lui tient la main, elle lui insuffle suffisamment de courage pour repousser ses limites, pour affronter la mort, pour s’en sortir. La beauté du film repose sur ce geste"

Elle repose aussi sur Mads Mikkelsen, omniprésent à l’écran, même lorsqu’il doit, dans un plan éloigné, traverser un lac gelé. Bien que sa présence ne soit pas requise pour le tournage de cette scène, et qu’il aurait pu être doublé par un assistant, il s’est emparé d’un talkie-walkie et a marché jusqu’au lieu du tournage pour se trouver seul face à la nature. "Je n’avais rien d’autre à faire. Il n’y avait pas de bar", rit-il. En réalité, l’acteur ne veut pas être doublé et raconte avoir été émerveillé par la découverte, sur le tournage en Islande, de la nature silencieuse:

"J’ai adoré être loin de la caméra. C’était fantastique d’être complètement perdu dans la nature. Je l’ai beaucoup fait seul quand on ne tournait pas. C’était un sentiment extraordinaire: si je restais là où j’étais, personne ne pouvait me trouver. Je resterais là pour toujours. Je ne suis pas important. Je manquerais à ma famille, mais pas au reste du monde. C’était très beau. Être aussi éloigné du monde vous libère et vous permet de comprendre que vous n’êtes pas important."
Mads Mikkelsen
Mads Mikkelsen © Copyright The Jokers

"C’était l’enfer"

Tourner dans une région aussi reculée a été un vrai casse-tête pour les équipes qui ont dû composer avec la neige, rendant la continuité entre les plans difficile voire impossible. "C’était l’enfer: l’enfer pour l’équipe, l’enfer pour la continuité et l’enfer pour moi", se souvient Mads Mikkelsen.

"Les premiers jours, on a essayé de tourner ce qui était prévu. Le soleil se levait, puis se transformait en tempête de neige. Le temps que nous nous préparions pour la scène de tempête de neige, le soleil était déjà revenu. Nous avons finalement compris que nous devions composer avec les éléments. C’était brutal. Je devenais de plus en plus faible au fil des jours - les heures étaient longues et je ne mangeais pas assez - et le film devenait de plus en plus difficile, ce que je devais faire était de plus en plus difficile. C’était une aventure complètement folle et très belle à bien des égards, car les obstacles météorologiques nous ont finalement offert de beaux cadeaux à l’écran."

Mads Mikkelsen excelle dans ses rôles très physiques. Il y a dix ans, il a joué sous la direction de son ami Nicolas Winding Refn (Drive) dans Le Guerrier silencieux, un film âpre et métaphysique sur l’arrivée des Vikings aux Amériques. Encore le rôle d’un taiseux qui plonge seul dans un monde inconnu:

"One-Eye [son personnage dans Le guerrier silencieux] n’est pas un être humain, il est bien plus que ça. Il est une légende vivante, une histoire, les gens parlent de lui. Overgård est une vraie personne. J’ai toujours été endurant, mais ce n’est pas le défi physique qui m’a séduit [dans Arctic], c’est la poésie qui se dégage de la relation entre les deux personnages. Ce qui m’intéressait était la différence entre survivre et être en vie. Les défis m’intéressent, mais ce n’est pas suffisant pour faire un film."
Les problèmes oculaires de Mads Mikkelsen
Les problèmes oculaires de Mads Mikkelsen © Netflix - UGC Distribution - Le Pacte - EuropaCorp Distribution - Disney

Souffrance oculaire

Amateur de poésie, Mads Mikkelsen est pourtant souvent malmené dans ses films. Dans Arctic, sa jambe, notamment, le fait atrocement souffrir. D’ordinaire, les réalisateurs préfèrent lui abîmer l’œil gauche. "J’adorerais que ce soit l’œil droit, mais c’est mon œil fort et si je ne peux pas l’utiliser, je ne verrai rien", s’amuse l’acteur, éborgné dans cinq de ses films, de Casino Royale, au Guerrier silencieux, en passant par Les Trois Mousquetaires, Adam's Apples et le récent Polar (disponible sur Netflix).

Qu’on lui tire dans l’iris ou qu’il porte un cache-œil, le comédien danois y voit une référence à Odin, le sage de la mythologie nordique et père de Thor. "Si vous voulez faire quelque chose de spectaculaire au visage, l’œil est parfait." Preuve que les yeux de Mads Mikkelsen continuent à fasciner les créateurs, son personnage dans le très attendu jeu vidéo de Hideo Kojima Death Stranding a les yeux dévorés par des espèces de filaments noirs.

Malgré ces soucis oculaires, il voit l’avenir avec clarté. Et il envisage de retrouver son compère Nicolas Winding Refn: "Je ne sais pas quand. Peut-être dans dix, vingt ans, mais je ne peux m'imaginer que nos chemins ne vont pas se recroiser."

Jérôme Lachasse