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Liz et l'oiseau bleu, Weathering with You... la relève du cinéma d'animation japonais

Affiche de Liz et l'oiseau bleu

Affiche de Liz et l'oiseau bleu - Eurozoom

A l'occasion de la sortie du film d'animation japonais Liz et l'oiseau bleu, portrait de trois auteurs qui assurent la relève d'un cinéma trop souvent réduit à Hayao Miyazaki.

Oubliez Toy Story 4 ou La Reine des neiges 2. Avec Liz et l'oiseau bleu ou Weathering with You, le cinéma d'animation japonais proposera en 2019 des œuvres originales et délicates qui devraient marquer le grand public. L'année a d'ailleurs commencé sous les meilleurs augures, avec la programmation, pour la première fois dans les salles françaises, du Château de Cagliostro de Hayao Miyazaki.

L'été sera tout aussi intrigant. Le festival d'Annecy fera la part belle à l'animation japonaise, en présentant en avant-première de nombreuses perles précédées d'une élogieuse rumeur, comme Les Enfants de la mer d'Ayumu Watanabe (en salles le 10 juillet), Ride Your Wave de Masaaki Yuasa, The Relative Worlds de Yuhei Sakuragi et The Wonderland de Keiichi Hara. Le très attendu Weathering with You, le nouveau film de Makoto Shinkai, le réalisateur de Your Name., sera également projeté. Attendu en juillet au Japon, il sera présenté dans une version inachevée. 

En attendant, Liz et l'oiseau bleu, sort en salles ce mercredi 17 avril. Le huitième film de la réalisatrice Naoko Yamada, présenté en 2018 au festival d'Annecy, a été encensé par la presse. L'occasion idéale de revenir sur son parcours et sur celui de Makoto Shinkai et Kitaro Kosaka, deux réalisateurs talentueux qui incarne comme Naoko Yamada la relève d'un cinéma d'animation japonais trop souvent réduit à Hayao Miyazaki et Isao Takahata.

Naoko Yamada la sensible

Née en 1984, Naoko Yamada apprend le dessin comme beaucoup de membres de sa génération en découvrant Dragon Ball d'Akira Toriyama. A l'université, elle pratique la peinture à l'huile avant d'être embauchée par Kyoto Animation et de travailler sur des séries et des jeux vidéo. C'est avec son septième film, Silent Voice, qu'elle est remarquée en France.

Adaptation d'un manga, Silent Voice raconte l'histoire d'un homme à la recherche d'une femme sourde qu'il tourmentait adolescent. Loin des fantaisies de Hayao Miyazaki, elle se rapproche de l'esthétique des préraphaélites et propose des films sensibles et émouvants. Son nouveau long-métrage Liz et l'oiseau bleu s'inscrit dans cette veine. L'intrigue se déroule dans un lycée et s'intéresse à l'amitié et à la rivalité entre deux jeunes musiciennes aux caractères opposés. 

"Je voulais vraiment saisir ce qu’il y a de plus doux et subtil chez les filles de 18 ans. Je voulais qu’on sente leur moindre sentiment ou pensée à travers leurs expressions et leurs yeux", raconte-t-elle dans le dossier de presse du film. "J’ai donc attaché beaucoup d’importance à la palette de couleurs utilisées, qu’elles reflètent cette impression de fragilité et de fugacité. Je voulais aussi que le design du film soit le plus adapté possible à ce qui émane du récit [...] Je pense que le dessin final, avec son trait fin, son caractère fugace, offre à l’ensemble un caractère raffiné."

Makoto Shinkai, le chantre de la mélancolie amoureuse

Connu pour ses récits mélancoliques mettant en scène les amours souvent contrariées d'adolescents ou de jeunes adultes, Makoto Shinkai réalise en 2016 Your Name., le deuxième plus grand succès du cinéma japonais. Il commence sa carrière à la fin des années 1990. Depuis la sortie en 2004 de son premier film, La Tour au-delà des nuages, il a signé quatre longs et moyens métrages.

Hormis Your Name., son œuvre la plus admirée est 5 centimètres par seconde, où le réalisateur retrace en à peine une heure une histoire d'amour débutée dans les années 1990 et achevée en 2008. Son univers à fleur de peau est souvent teinté de fantastique ou de science-fiction. Chacun de ses films entretient une relation particulière avec les éléments: la pluie est omniprésente et ses personnages aiment contempler le ciel et les soleils couchants.

Autre trait récurrent de son univers: les trains et les passages à niveau, symboles d'un amour qui ne peut ou ne doit pas se concrétiser. Mis à part Voyage vers Agartha, récit d'aventures où il rend hommage à Hayao Miyazaki, Makoto Shinkai apprécie les histoires tristes. Son prochain film, Weathering With You, ne devrait pas décevoir ses fans et réunira tous ses thèmes. Selon le réalisateur, il s'agit d'une "histoire dans laquelle garçons et filles, renversés par le destin, 'choisissent' leur mode de vie à l'ère de l'harmonie climatique". 

Kitaro Kosaka, le disciple de Miyazaki

Avant de devenir réalisateur, Kitaro Kosaka a été animateur clé, puis directeur de l’animation de plusieurs chefs d’œuvre de Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Son nom figure notamment aux génériques de Nausicaä de la vallée du vent, du Tombeau des lucioles et du Vent se lève. En 2018, il a réalisé son cinquième long-métrage, Okko et les fantômes, présenté au festival d'Annecy.

Dans ce conte surnaturel pour enfants, une jeune écolière surnommée Okko apprend, avec l’aide de fantômes, à retrouver goût à la vie après le décès de ses parents, en travaillant dans une auberge japonaise. Comme Hayao Miyazaki, Kitaro Kosaka a porté une attention toute particulière à la représentation de la nourriture. Comme lui, il prend aussi un malin plaisir à mettre en scène monstres et créatures du folklore japonais.

En contact régulier pendant trois décennies avec les deux maîtres Hayao Miyazaki et de Isao Takahata, Kitaro Kosaka n’a pas cherché à se défaire de leurs enseignements sur Okko et les fantômes. Animé par "l’envie de donner forme à des histoires à son tour", il a été confronté sur ce film à plusieurs défis qu'il n'avait pas rencontré chez Ghibli. Il ne cesse de se surpasser pour proposer au public des œuvres de plus en plus surprenantes.

Jérôme Lachasse