BFMTV

Guy Bedos est mort

L'humoriste Guy Bedos

L'humoriste Guy Bedos - AFP

L'humoriste et comédien Guy Bedos vient de mourir à l'âge de 85 ans.

L'acteur et humoriste Guy Bedos vient de mourir. Il aurait eu 86 ans, le 15 juin prochain. C'est son fils le réalisateur et acteur Nicolas Bedos, qui a annoncé la nouvelle sur Instagram ce jeudi. 

"Il était beau, il était drôle, il était libre et courageux. Comme je suis fier de t'avoir eu pour père. Embrasse Desproges et Dabadie, vu que vous êtes tous au paradis", a-t-il publié.

En 2013, il avait fait une tournée d'adieu, soulignant, à 79 ans: "Je préfère arrêter avant de me retrouver un jour dans l’obligation d’arrêter".

C'est "Comme une histoire d’amour qui s’achève, indiquait-il alors à Libération. Pendant un demi-siècle, ce contact physique, charnel avec le public m’a enchanté".

Né en 1934 à Alger, Guy Bedos gardait de son enfance un souvenir amer, entre une mère qui le frappait et un beau-père raciste. Dans cet environnement sordide, l'enfant, qui développe des troubles obsessionnels compulsifs, se recroqueville, choqué par le traitement cruel que les colons, dont ses parents, réservent aux autochtones. Il déclarera avoir passé sa vie à expier les fautes du colonialisme. 

Après un passage par l'école de théâtre de la rue Blanche, où il côtoie Jean-Paul Belmondo et Jean-Pierre Marielle, il abandonne le théâtre classique et se tourne vers le music-hall. La consécration vient en 1968 avec un seul sur scène à Bobino. Il joue également en duo avec Sophie Daumier, qui partagera sa vie pendant 14 ans. Ensemble, ils interprètent des sketchs tels que La Drague, ou Les vacances à Marrakech, qui les révèlent au grand public.

Grand angoissé

A leur séparation, en 1977, Guy Bedos poursuit sa carrière d'humoriste seul, interprétant par exemple le sketch Bonne fête, Paulette, écrit par Jean-Loup Dabadie, disparu il y a quelques jours. Engagé à gauche, il attaque également un tournant plus politique, notamment avec ses revues de presse, dézinguant à tout va, à droite comme à gauche. 

Il adorait jouer les éditorialistes, muni de ses fameuses fiches, exerçant sa verve contre la famille Le Pen, ses gibiers de choix, mais aussi Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé, Nadine Morano - qui le poursuivit pour diffamation mais perdit son procès en 2015 -, ou François Hollande et Manuel Valls.

Car, au fil des ans, le défenseur des sans-papiers (il manifestait encore en faveur des migrants de Calais à 80 ans), l'admirateur du Camus de l'Algérie solaire et du combat pour les libertés, réservait ses piques les plus vachardes à son camp.

"On m’a collé la réputation d’être méchant, ce que je récuse. Je ne cherche pas à blesser à tout prix. Mais je peux être violent, oui", livrait-il à Libération en 2013.

"La gauche couscous"

Petit gabarit aux cheveux devenus blancs, aux yeux noirs restés espiègles, ce sniper appartenant à "la gauche couscous" canardait avec virulence "la gauche caviar" en précisant : "je ne peux pas être déçu par la droite, vu que la droite, je m'en tape. Il n'y a que la gauche pour me décevoir". 

Stand upper à la française et acteur de théâtre où il a joué jusqu'en 2015, Guy Bedos a également mené une longue carrière au cinéma, apparaissant à ses débuts dans des films de Marcel Carné (Les Tricheurs, en 1958), Jean Renoir (Le Caporal épinglé en 1962), Michel Deville ou Pierre Grimblat.

Un éléphant, ça trompe énormément

Mais c'est devant la caméra d'Yves Robert qu'il explose, dans Les copains, en 1965, et surtout avec son rôle récurrent de Simon, médecin hypocondriaque doté d'une mère pied-noir des plus envahissantes, campée par Marthe Villalonga dans Un éléphant ça trompe énormément en 1976, puis Nous irons tous au paradis en 1977, au côté de Jean Rochefort, Claude Brasseur et Victor Lanoux. Il travaille aussi pour Marcel Carné, Claude Berri ou Patrice Chéreau.

En 1993, il triomphe à Chaillot dans La résistible ascension d'Arturo Ui de Bertolt Brecht, mis en scène par Jérôme Savary. 

Guy Bedos, qui partageait son temps entre Neuilly et la Corse, a écrit une quinzaine de livres aux titres bien trouvés comme Inconsolable et gai, Journal d'un mégalo, Arrêtez le monde, je veux descendre ou le poignant Mémoires d'outre-mère.

Marié 3 fois - avec Karen Blanguernon, Sophie Daumier (décédée en 2004, des suites d'une maladie génétique rare) et Joëlle Bercot -, il est père de 4 enfants, Leslie, Mélanie, Victoria et Nicolas, devenu scénariste et réalisateur à succès. 

"Guy Bedos n'était pas parfait, lançait Pierre Desproges lors d'un éloge funèbre, devant son 'défunt' ami hilare, mais il avait beau être de gauche, on ne m'ôtera pas de l'idée que c'était un honnête homme".

Magali Rangin avec AFP