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Comment Gaston Lagaffe est passé de la BD au cinéma

Gaston Lagaffe sort au cinéma ce mercredi 4 avril. PEF, le réalisateur, et Théo Fernandez, interprète du gaffeur imaginé par Franquin, racontent les coulisses de l'adaptation du chef d'œuvre du 9e Art.

Eternel jeune homme, Gaston Lagaffe a pourtant 50 ans et des poussières. Pour son anniversaire, il s'est réservé un beau cadeau: une adaptation cinématographique par l'équipe des Profs. L'ex-Robin des Bois PEF réalise et écrit cette version remise au goût du jour de la célèbre BD de Franquin. Il s'est réservé le rôle de Prunelle et a engagé à ses côtés Arnaud Ducret (Longtarin), Jérôme Commandeur (Monsieur de Mesmaeker) et Alison Wheeler (Mademoiselle Jeanne). 

Gaston ne travaille plus dans les locaux des éditions Dupuis, mais dans une start-up nommée le Peticoin. Son objectif: rendre utile l'inutile en transformant des objets ratés en gadgets indispensables à la vie quotidienne. Gaston est stagiaire dans cette entreprise où il commettra les pires gaffes. Lorsqu'il a commencé à réfléchir au projet, PEF a tout de suite eu cette idée: 

"Je voulais du concret, que ça reflète le modernisme de notre monde tout comme Franquin faisait une BD moderne à son époque. Pour moi, la start-up représente le mieux le monde des affaires et du 'travailler plus pour gagner plus'. Ce décor m'inspirait beaucoup de situations comiques avec un stagiaire au milieu qui n'en fout pas une et dort".

"On n'avait pas envie de recopier les couleurs de la BD"

Lorsqu'on lui demande si son adaptation aurait pu se dérouler sur un plateau de cinéma, pour faire une mise en abyme comme dans la BD, PEF répond tout de go: "Je n'avais pas envie que ça se passe dans le milieu du cinéma, parce que c'est un monde que l'on ne connaît pas. J'avais envie d'être dans le monde de tous les jours". Et comme Franquin, qui accordait beaucoup d'attention au design dans ses BD, PEF a longtemps réfléchi au décor de sa start-up:

"On n'avait pas envie de recopier les couleurs de la BD, parce qu'il y a souvent des murs jaunes ou blancs. [Le chef décorateur] Franck Schwarz a eu l'idée de mettre des murs assez gris et on a demandé à la costumière de faire ressortir les couleurs du film sur les personnages".

Ce choix a d'ailleurs déconcerté la production quand elle est venue visiter les décors, confesse PEF: "Le jour où la production est venue, elle était affolée car elle s'imaginait qu'on allait avoir des décors très colorés. Elle était venue trop tôt et n'avait pas vu les comédiens. Elle n'avait pas compris l'intention".
Gaston Lagaffe, le film.
Gaston Lagaffe, le film. © Copyright Arnaud Borrel

Une adaptation "très fidèle, voire même un peu trop"

PEF estime d'ailleurs avoir réalisé une adaptation "très fidèle, voire même un peu trop": "des figurants dans la BD sont devenus des personnages secondaires comme la secrétaire Sonia [Charlotte Gabris, NDLR] ou Raoul [Sébastien Chassagne, NDLR]", précise-t-il.

Les personnages de BD, une fois transposés au cinéma, ont souvent tendance à être incarné de manière excessive. PEF explique s'être inspiré de Louis de Funès, qui ne surjoue pas, mais "va à l'extrême avec une grande sincérité". "J'adore les acteurs qui en font des caisses quand il le faut", ajoute le réalisateur, avant de poursuivre: 

"J'avais tellement la frousse que le film ne soit qu'une BD au cinéma que je me suis dit que l'on devait être à tout prix sincère pour que les gens aient l'impression que l'histoire soit plausible. 99% de ma direction d'acteur, c'était mon choix des comédiens. Après, je leur ai demandé de s'amuser". 

Gaston Lagaffe, le film.
Gaston Lagaffe, le film. © Copyright Arnaud Borrel

Entrer dans la peau de Gaston

Si pour jouer l'agent Longtarin ou Monsieur de Mesmaeker, l'excès est important, il n'est pas de mise lorsqu'il s'agit de se glisser dans la peau de Gaston Lagaffe, comme le fait Théo Fernandez: "Gaston n'est pas calculateur. On ne peut pas tomber dans le surjeu. Ce n'est pas possible ou alors c'est foiré", déclare le comédien vu récemment dans Les Tuche 3. Pour le célèbre "M'enfin" de Gaston, c'est cette méthode qu'a appliqué l'acteur, qui a eu le rôle en ... s'endormant au casting: 

"Au casting, il fallait sortir le meilleur 'M'enfin'. C'était un concours de M'enfin", explique le comédien en riant. "En fait, comme c'est un mot comme un autre pour Gaston, je me suis dit qu'il ne va jamais le mettre en avant. Il doit rester aussi naturel que si quelqu'un disait 'oh la vache'."

Gaston Lagaffe, le film.
Gaston Lagaffe, le film. © Copyright Arnaud Borrel

"On ne trouvait pas la bonne couleur pour le pull"

La tenue de Gaston, un jean trop moulant et un pull-over vert trop court, l'a-t-il aussi aidé à se glisser dans la peau du personnage et à adopter sa célèbre posture? "Si la tenue aide, elle ne m'oblige pas à me tenir ainsi", répond Théo Fernandez. "Pull ou pas pull, ça reste difficile. Aucune armature ne me soutient. Il n'y a rien dans les vêtements. Je dois juste garder les jambes pliées. Tout repose sur les genoux et les mollets. Cela demandait beaucoup d'endurance". C'est le comble de l'acteur qui joue Gaston et doit être aussi mou que musclé.

La confection du pull trop court de Gaston aussi a demandé du travail. C'est une tricoteuse du nom de Marielle qui en est à l'origine: "On a fait beaucoup d'essais parce qu'avec PEF on ne trouvait pas la bonne couleur", indique Théo Fernandez. "PEF voulait qu'il soit un peu abîmé, un peu déchiqueté. Les autres pull ont été transformés en pelote de laine et Marielle me les a donné pour mes chats. Maintenant, ils s'amusent avec". Théo Fernandez applique avoir bonheur le slogan du Peticoin: "Rendre utile l'inutile".

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A l'occasion de la sortie de Gaston Lagaffe, les éditions Dupuis sortent plusieurs ouvrages autour de l'univers du personnage de Franquin.

Moments clefs du Journal de Spirou (1938-1985) de François Ayroles évoque avec humour et érudition l'histoire du célèbre magazine de BD et, entre autres, la création de Gaston Lagaffe (312 pages, 26 euros).

Gaston en direct de la rédaction regroupe des textes hilarants signés André Franquin et Yvan Delporte et racontant les gaffes de Gaston dans les couloirs des éditions Dupuis (240 pages, 32 euros).

Un Méga Spirou spécial Gaston est également disponible depuis le 21 mars. Yann Arthus-Bertrand, José Bové, Hubert Reeves ou encore Philippe Etchebest et Zep y évoquent la modernité de Gaston (120 pages, 11,90 euros).

Jérôme Lachasse