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Spirou et Fantasio, Gaston Lagaffe... BD et cinéma, l'impossible mariage?

Spirou et Fantasio

Spirou et Fantasio - Copyright Sony Pictures Releasing France

A l'occasion de la sortie de Spirou et Fantasio avec Thomas Solivéres et Alex Lutz, retour sur l'histoire contrariée de la BD au cinéma.

Spirou et Fantasio, Boule et Bill, TintinGaston Lagaffe, Les Schtroumpfs... Ces BD ont fait rêver des générations de lecteurs. Elles ont même suscité des vocations. Leur succès, faramineux, a fait des envieux et le cinéma a commencé, très tôt, à faire les yeux doux aux classiques du 9e Art.

Depuis le début des années 2000, c'est un véritable raz-de-marée. Du Petit Nicolas à Benoît Brisefer en passant par Iznogood, Lucky Luke et Le Petit Spirou, les adaptations des BD du patrimoine franco-belge trustent les écrans. La dernière en date: Les Aventures de Spirou et Fantasio, au cinéma ce mercredi 21 février. Thomas Solivéres, vu dans Intouchables et l'été dernier dans Sales gosses, est Spirou tandis qu'Alex Lutz incarne le fantasque Fantasio. Ils balisent le terrain avant l'arrivée le 4 avril du Gaston Lagaffe de Pierre-François Martin-Laval. 

De l'avis des critiques de cinéma comme des amateurs de BD, ces adaptations des classiques de la BD franco-belge sont souvent décevantes. Le public leur réserve cependant un meilleur accueil: Valérian de Luc Besson a séduit 4 millions de spectateurs, Les Profs et 3,9 millions et Boule et Bill 2 millions. C'est sans compter les adaptations d'Astérix et Obélix, dont les entrées oscillent entre 3,9 (Au service de sa majesté) et 14 millions (Mission Cléopâtre).

Il n'y a pas de recette magique et toutes les adaptations ne rencontrent pas le succès: Seuls, Le Petit Spirou ou encore Lou n'ont pas dépassé les 500.000 entrées. Benoît Brisefer, héros moins connu de Peyo, le créateur des Schtroumpfs, a séduit à peine 121.971 spectateurs en 2014. Les scores rencontrés par ces films est souvent très inférieurs aux chiffres de vente des albums en librairie, qui dépassent le million d'exemplaires vendus.

Des critiques sans pitié

Selon un article publié par Le Figaro, les réussites du genre se comptent sur les doigts d'une main (Seuls, Persépolis) et les échecs sont malheureusement monnaie courante. L'article se montre d'ailleurs sans pitié. A propos de Boule et Bill (2013) avec Franck Dubosc et Marina Foïs, le quotidien lance:

"Tous les gags tombent à plat. On s'ennuie ferme et les enfants dans la salle bâillent dès la dixième minute. Qu'il est loin l'esprit bon enfant des albums de Roba. Tout cela est déprimant. De quoi vous donner le bourdon".

Le Blueberry réalisé par Jan Kounen en 2004 est quant à lui qualifié de "ratage complet" tandis que Les Dalton avec Eric et Ramzy est "calamiteux". Sans être aussi désastreuse, la critique des Aventures de Spirou et Fantasio dans Le Monde présente le film comme "une adaptation sage des aventures du duo".

Que manque-t-il? La magie du dessin, sans doute. Le crayon est capable d'inventer des formes, des mondes et des visages qui n'existent pas dans la réalité. Le cinéma, pour des raisons de budget notamment, est incapable de reproduire cette dimension essentielle de la bande dessinée. Les héros de la BD franco-belge comme Tintin, Spirou ou les Schtroumpfs ont ainsi des physiques volontairement neutres pour favoriser l'identification des jeunes lecteurs. Seul le cinéma d'animation peut reproduire cette sensation - et Spielberg l'a bien compris pour son Tintin.

Rendre crédible des personnages de papier

Pensé comme une comédie d'aventure dans la lignée d'Indiana Jones, Les Aventures de Spirou et Fantasio se heurte à cette difficulté. Le talent des acteurs et actrices choisies n'y est pour rien: rendre crédible des personnages de papier est une tâche ardue. Pour combler cette difficulté, les réalisateurs ressentent alors le besoin de devoir expliquer ce qui dans l'univers de la BD est naturel. Nicolas Bary, réalisateur du Petit Spirou, s'en est expliqué auprès de Numerama:

"Dans la BD, ça marche sans que personne se pose jamais la question de savoir pourquoi il est habillé en groom alors que dans un film, si on fait ça sans l’expliquer, ça peut selon moi créer une incongruité chez celui qui ne connaît pas l’univers du Petit Spirou…"

Il existe bien sûr des exceptions: un personnage comme Blueberry, dont le physique s'inspire de celui de Jean-Paul Belmondo, est bien plus malléable que Tintin et supporte mieux la transposition cinématographique. Les choix de mise en scène les plus outranciers, comme ceux de Dick Tracy avec Madonna et Al Pacino ou de Popeye avec Robin Williams, peuvent également sembler une bonne idée. Ils survivent cependant mal au passage du temps. 

Dick Tracy et Popeye
Dick Tracy et Popeye © Disney

Plus souvent, ce sont les BD adressées à un public plus adulte comme Lulu femme nue d'Etienne Davodeau ou Quartier Lointain de Jirô Taniguchi qui s'en sortent le mieux. Contrairement aux films évoqués plus haut, ces récits sont le plus souvent adaptés pour leurs qualités propres, et non parce que leurs personnages pourraient donner lieu à une franchise lucrative. Sur ces projets, les réalisateurs sont plus libres pour créer. Ils n'ont pas l'obligation de reproduire chaque détail ou cadrage de la BD d'origine, là où une adaptation de Lucky Luke est contrainte d'imiter la célèbre tenue bariolée du lonesome cowboy.

Il existe une clef pour réussir une bonne adaptation de bande dessinée. Côté franco-belge et américain, les classiques du genre se nomment Mission Cléopâtre et Sin City. Si Alain Chabat et Frank Miller ont reproduit fidèlement les bandes dessinées d'origine, ils ont livré également un véritable travail d'adaptation en trouvant des réponses cinématographiques à des inventions graphiques et dessinées. Ils ont su insuffler à des personnages de papier une ampleur et une folie qui n'existent qu'au cinéma. 

Jérôme Lachasse