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Claude Zidi, les secrets d'un maître de la comédie

Inspecteur La Bavure

Inspecteur La Bavure - Pathé

Claude Zidi, réalisateur de comédies à succès comme L'Aile ou la Cuisse et Banzaï, s'est rarement confié. Deux livres sortent coup sur coup et racontent sa vie.

Les Bidasses en folieInspecteur la BavureL'Aile ou la Cuisse, Banzaï... Claude Zidi est l'un des rois du box-office français et de la comédie. Conspué par la critique, il a fait rire des millions de spectateurs entre les années 1970 et 1990.

Au cours de ses pérégrinations, où il a dirigé les plus grands, de Louis de Funès à Philippe Noiret, en passant par Annie Girardot et Coluche, et a obtenu deux César, celui du meilleur réalisateur et du meilleur film, en 1985, pour Les Ripoux. L'homme, pourtant, est assez secret et s'est rarement confié à la presse. 

Claude Zidi
Claude Zidi © Hors Collection - Leitmotif

Deux livres (Claude Zidi, en toute discrétion de Vincent Chapeau et Le cinéma de Claude Zidi de Thibault Decoster), publiés le mois dernier, tentent de lever un coin du voile sur la vie de ce maître de la comédie dont la carrière ne se résume pas uniquement aux comédies avec les Charlots et Coluche.

Cadreur sur une dizaine de films de Chabrol entre 1964 et 1969, il a aussi travaillé sur Le Jour le plus longLa Baie des Anges de Jacques Demy et Le Bonheur d'Agnès. Il a aussi côtoyé John Travolta et a tenté de travailler avec James Cameron sur un projet de science fiction. Plongée dans la carrière de cet homme aussi discret que fantasque.

Les fous-rires entre Louis De Funès et Coluche

Sur le tournage de L'Aile ou la cuisse (1976), Claude Zidi dirige un monstre sacré du cinéma, Louis de Funès, et une star montante, Coluche. Le réalisateur s'est souvenu de leur première scène, où de Funès s'amuse à jauger le futur fondateur des Restos du Cœur

"Coluche est dans sa chambre à répéter un numéro de jonglage avec des œufs. De Funès entre dans la pièce à l’improviste, et manque de démasquer son fils qui lui cache son activité 'clandestine' au sein d’un cirque. Donc je commence sur de Funès. Coluche est de dos, tout va bien. Ensuite je passe sur Coluche et de Funès est de dos. À la première prise, au milieu du plan, de Funès se met à rire. 'Coupez!' Coluche: 'Pourquoi vous avez ri, Louis?' De Funès: 'Mais parce que vous êtes drôle!' Coluche: 'Oui, d’accord, mais quand la caméra était sur vous, vous étiez très drôle et pourtant je n’ai pas ri! Si on commence à rire à chaque fois que l’autre est drôle, on n’a pas fini le film! Alors, plus jamais!' Et tout s’est ensuite très bien passé entre eux. Ils se marraient même beaucoup des blagues de l’autre."
L'Aile ou la cuisse
L'Aile ou la cuisse © Studio Canal

Entre Coluche et Gérard Depardieu, en revanche, l'entente était moins cordiale. Claude Zidi évoque ainsi leur mésentente: "Je crois qu’il y avait de vieilles rancœurs qui dataient d’un passage de Depardieu au Café de la Gare", raconte le cinéaste de 85 ans. 

Quand John Travolta visitait le tournage d'Inspecteur La Bavure

Gérard Depardieu est très ami avec John Travolta. L'acteur français a d'ailleurs doublé la star de Grease dans Blow Out de Brian de Palma. Claude Zidi se souvient une visite de l'acteur américain sur le tournage d'Inspecteur La Bavure:

"On tournait là, dans un petit deux-pièces, quand je reçois un coup de fil d’une attachée de presse qui s’occupait de cinéma américain et qui me dit que John Travolta, star mondiale à cette époque et copain de Gérard, veut absolument passer sur le tournage voir comment ça se passe et lui dire bonjour!", raconte Pierre Grunstein, producteur exécutif du film. "[A la fin de la scène], Travolta s’avance, tout le monde se salue, la bise à Gérard et tout. Et là je vois ce petit garçon de mon quartier qui reconnaît le type qui était à côté de lui! Je vois encore sur son visage le moment où il réalise que John Travolta est chez lui, dans sa cuisine! Dieu était descendu sur terre!"
Inspecteur La Bavure
Inspecteur La Bavure © Pathé

Claude Zidi, le réalisateur qui s'est battu lui-même au box-office

En 1984, Claude Zidi sort Les Ripoux, polar sur la corruption dans la police avec Thierry Lhermitte et Philippe Noiret. Le film, très différent des productions précédentes de Zidi, lui permet de décrocher les meilleures critiques de sa carrière. Gros succès dans les salles, Les Ripoux séduit en tout 5.882.397 spectateurs grâce aux César en début d'année 1985.

Entre-temps, Zidi a déjà terminé son film suivant, Les Rois du gag, une comédie avec Thierry Lhermitte et Gérard Jugnot où il répond de manière frontale aux critiques portant sur son travail. Lorsque le film sort, le 6 mars 1985, il détrône Les Ripoux, qu'il relègue à la seconde place, raconte Thibault Decoster dans Le Cinéma de Claude Zidi. Pendant une semaine, Les Rois du gag est numéro un du box-office française, avant d'être remplacé sept jours plus tard par ... Les Ripoux.

Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte dans Les Rois du gag
Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte dans Les Rois du gag © TF1 Studios

Banzaï, mafieux et canulars

Pour les besoins de Banzaï, une comédie avec Coluche tournée aux quatre coins du monde, Claude Zidi s'envole pour Hong Kong. Sur place, le réalisateur doit gérer des mafieux mécontents de le voir débarquer sur leur territoire. 

"Pour une scène sur un ponton au bord d’un bras de mer, je veux placer ma caméra sur le ponton d’en face pour avoir un plan éloigné", se souvient-il. "On installe la caméra! Et là, on voit débarquer des mecs qui nous interdisent de rester et nous expliquent qu’on n’est pas chez nous. En fait, nous avions l’autorisation de tourner sur un territoire donné tenu par un gang qu’on avait payé. Et là, nous étions passés chez un autre gang. La pression monte. Moi, je tiens à mon plat! Pierre Grunstein [son producteur, NDLR] appelle, les mecs appellent aussi je ne sais qui, sans doute un supérieur hiérarchique de la mafia locale, et on obtient l’autorisation de tourner, moyennant quelques frais supplémentaires."

Claude Zidi se souvient également des canulars téléphoniques de Coluche à sa co-star et amie Valérie Mairesse: "Dès la deuxième nuit à l’hôtel à Hong Kong, je reçois un coup de téléphone dans ma chambre à 2 heures du matin", raconte cette dernière dans l'ouvrage de Vincent Chapeau. "Je réponds et j’entends une voix avec un très fort accent chinois: 'I want to make love with you...' Je raccroche, paniquée. Ça sonne à nouveau: 'If you don’t want, I kill you!' J’ai eu peur, j’ai appelé Eva Darlan qui était dans le même hôtel, qu’elle vienne me chercher pour aller dormir dans sa chambre! C’est évident que c’était un coup de Michel et de la bande..."

Coluche et Valérie Mairesse dans Banzaï
Coluche et Valérie Mairesse dans Banzaï © Studio Canal

Son projet inabouti avec James Cameron

Claude Zidi se souvient, dans le livre de Vincent Chapeau, avoir failli travailler avec le réalisateur Titanic et Terminator

"Avec Simon Michaël [scénariste de La Totale!, notamment, ndlr] quand même, on a écrit il y a quelques années un scénario de science-fiction que j’aurais aimé voir aboutir sans forcément le réaliser moi-même. D’ailleurs je l’ai fait traduire et envoyé à James Cameron. L’enveloppe m’est revenue non décachetée avec le tampon 'reçu et retourné à telles dates'."

Ce n'est pas l'unique fois que Claude Zidi a croisé le chemin de James Cameron. Son film La Totale! a fait l'objet d'un remake par l'Américain sous le titre de True Lies. Accusé de contrefaçon de scénario, les deux hommes ont été condamnés par la Cour d'appel de Paris au profit du scénariste Lucien Lambert.

Jérôme Lachasse