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Affaire Adèle Haenel: le coup de gueule de Coline Serreau contre l'omerta dans le cinéma français

La réalisatrice engagée dénonce le sexisme de la société française et du milieu du cinéma, quelques jours après les révélations d'Adèle Haenel.

Réalisatrice engagée de films dénonçant le patriarcat comme Trois hommes et un couffin, Coline Serreau a apporté son soutien ce jeudi à l'actrice d'Adèle Haenel, qui a raconté en début de semaine à Mediapart avoir été victime lorsqu'elle était adolescente d'"attouchements" et de "harcèlement" de la part du réalisateur Christophe Ruggia. 

"Ce qui est très beau dans le témoignage d'Adèle, c'est qu'elle n'incrimine pas seulement une seule personne, elle n'est pas dans une problématique de vengeance personnelle, elle dénonce [...] le système patriarcal général dans lequel nous sommes nous les femmes", raconte-t-elle. 

"On sait qu'il s'est vanté de battre beaucoup de femmes"

Si la cinéaste "espère" que le témoignage d'Adèle Haenel incitera d'autres actrices à parler, elle préfère rester prudente sur le sujet: "Je ne veux pas critiquer les femmes qui ne parlent pas", souligne-t-elle. "C'est un métier difficile", ajoute-t-elle, avant d'illustrer son propos avec une anecdote sur la chanteuse et actrice Marie Laforêt:

"La première chose qu'Alain Delon lui dit quand il la rencontre, c'est: 'Tu veux que je te saute?' dans un ascenseur. C'est quoi ça? On sait qu'il s'est vanté de battre beaucoup de femmes. On fait à Cannes une rétrospective très respectueuse et élogieuse de ce type!", s'indigne la réalisatrice de 72 ans.

Elle dénonce ensuite la misogynie du Festival de Cannes: "Et à Cannes, qu'est-ce que c'est que cette exposition de viande fraîche qu'il y a tous les jours, où il faut avoir des talons de 20 centimètres et être habillée comme une charcuterie? C'est ça l'Art?"

"Les femmes sont maltraitées dans les films"

Coline Serreau s'emporte aussi contre la Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs (L'ARP) qui soutient désormais Adèle Haenel mais a laissé passer, affirme la réalisatrice, des comportements inacceptables il y a quelques années: 

"J'ai assisté en 2010 à des conseils d'administration de l'ARP où un cinéaste a dit à une cinéaste 'tais-toi connasse, reste à ta place. Je ne te connais pas. Je suis réalisateur et j'ai toutes les femmes que je veux.' Il n'a pas été exclu de l'ARP. Et maintenant l'ARP soutient Adèle, c'est très bien."

Elle conclut en dénonçant le sexisme systémique de la société française: "Les femmes sont maltraitées dans les films. A 50 ans, elles disparaissent des films. C'est souvent la mégère. Elle n'a pas d'existence. Ce n'est pas que le cinéma: c'est une société patriarcale dans laquelle le corps des femmes et des enfants, comme la terre, appartient à quelqu'un. C'est n'est plus tolérable. Ce n'est plus toléré."

Jérôme Lachasse