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Pollution au plomb: soupçon de "scandale sanitaire" et environnemental entre les Yvelines et le Val-d'Oise

Des épandages d'eaux usées parisiennes et des dépôts d'ordures ménagères, réalisés pendant plus d'un siècle, sont à l'origine d'une apparition de cas de saturnisme et d'une détérioration des sols.

La pratique a duré plus de 100 ans. Du 19e au début du 20e siècle, plus de 4500 hectares de terres étalées entre les Yvelines et le Val-d'Oise ont servi à l'épandage d'eaux usées et au dépôt d'ordures ménagères. Autant de secteurs aujourd'hui ornés de lotissements, de parcs et d'écoles pour une partie, et habités par des familles de Roms pour une autre. Certains évoquent un "scandale sanitaire" et environnemental.

À Carrières-sous-Poissy, comme à Achères, Pierrelaye, Méry-sur-Oise ou Triel-sur-Seine, on constate une forte pollution au plomb dans les sols, liée à ces anciennes pratiques. Selon Libération, qui consacrait mercredi une enquête à ce sujet, l'Agence régionale de Santé (ARS) a co-conduit une étude en 2007... dont les résultats ont été dévoilés en 2018. Celle-ci révèle que la concentration en plomb des sols analysés s'élevait à 156,6 milligrammes par kilogramme, près du triple de la moyenne régionale.

Mais le danger n'est pas qu'environnemental. Une forte exposition au plomb peut provoquer une maladie: le saturnisme. Et entraîner des complications, telles que des retards de croissance chez l'enfant, des malformations du fœtus ou encore des développements de cancers.

D'importants taux de plomb dans les organismes

À Carrières-sous-Poissy, des analyses médicales ont été réalisées en 2017 sur des habitants de manière à déterminer la concentration en plomb dans leur organisme.

"Sur 18 plombémies, 17 enfants étaient imprégnés au plomb, déplore Anthony Effroy, président de l'association Rives de Seine Nature Environnement et conseiller municipal. Et sur ces 17 enfants, 12 avaient des taux de plomb supérieurs à 50 microgrammes par litre de sang. Un chiffre supérieur au seuil d'alerte. On pense qu'il y a véritablement un problème de santé publique."

Dans le secteur de la Butte de Montarcy, à proximité de Pierrelaye, la saturnisme n'épargne pas non plus les enfants des familles Roms installées les bidonvilles. Selon Libération, 86% d'entre eux présentent des taux excédant le seuil d'alerte. De quoi inquiéter les familles.

"Ça me fait peur"

Les Carriérois interrogés par BFM Paris ne cachent pas non plus leurs craintes. "C'est vrai que j'ai remarqué au robinet que, depuis un certain temps, ça sentait une odeur, quelque chose, un goût désagréable", pointe l'un d'eux, quand une autre estime qu'il faudra qu'elle "fasse attention" quand elle aura recours à l'eau courante. "Avant, j'étais un adepte de l'eau du robinet mais depuis, je ne bois que de l'eau de source achetée. Ça me fait peur. On prend surtout conscience quand on a des enfants", fait remarquer un habitant.

En 2020, la maire a engagé une procédure en justice. Celle-ci est toujours en cours.

"La Ville a décidé de porter plainte contre X et ensuite de se porter partie civile pour estimer le préjudice écologique en vue d'obtenir réparation, a indiqué Eddie Aït, maire de Carrières-sur-Seine, à notre micro. Ce préjudice écologique a été estimé à un peu plus de 79 millions d'euros."

À ce jour, aucun dépistage d'ampleur n'a été mené par les autorités de santé. Coût de l'opération? Risque de voir chuter les prix du foncier? Aussi bien du côté des élus que des associations, on peine à comprendre pourquoi. On avance des hypothèses et on demande à présent des comptes.

Narjisse Hadji et Ariane Limozin avec Florian Bouhot