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"J'ai vraiment besoin de décompresser": à Paris, une fête clandestine a réuni 300 personnes samedi

300 personnes ont participé ce samedi soir à une fête clandestine dans le 13e arrondissement de Paris.

Ce samedi soir, de la musique s'échappait d'un hangar désaffecté, à quelques pas d'une ancienne voie ferrée, dans le 13e arrondissement de Paris. À l'intérieur, 300 jeunes étaient venus oublier l'épidémie de coronavirus et faire la fête, faisant fi de toutes les règles sanitaires en vigueur.

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À l'occasion de cette soirée baptisée "I want to break free", le lieu avait été transformé en une véritable boîte de nuit avec néons, dessins psychédéliques projetés au plafond, un coin bar, un dancefloor ou encore une scène pour les DJ. Selon les images diffusées sur les réseaux sociaux, les fêtards eux, discutaient, dansaient ou flirtaient dans les coins, sans grand respect des gestes barrières.

Un appel "à se cacher ensemble pour faire la fête"

"On a décidé d'entrer en résistance et de lancer cet appel à se cacher ensemble pour faire la fête car les jeunes n'ont plus aucun espace pour exister ensemble, ils vivent dans un manque terrible, on essaye de continuer à leur apporter ça, malgré les risques", explique l'organisateur, âgé de 27 ans.

"On a ce savoir-faire maintenant. On peut, en moins de deux heures, s'installer n'importe où et monter une soirée très discrète comme celle-là", se justifie l'organisateur, fondateur du jeune collectif spécialisé dans les soirées clandestines et l'"urbex" (exploration des friches industrielles et lieux abandonnés).

300 participants réunis via Facebook

Pour participer à la fête, les 300 participants devaient d'abord intégrer un groupe Facebook fermé, qui marche par cooptation. Il fallait ensuite débourser 15 euros via une plateforme sur internet. Les places sont parties en quelques heures.

"On nous a donné le point GPS au dernier moment, vers 18 heures", explique un participant, sous couvert d'anonymat, à BFMTV. "Quand nous sommes arrivés, un homme nous a indiqué la direction en nous demander de rester discrets."

Loin des milieux des "free parties", adeptes des squats et des idéologies libertaires, ou des milieux festifs LGBT, cette communauté, la seule à maintenir des fêtes de cette ampleur en plein confinement, rassemble un public parisien hétéroclite. Ce samedi soir, il y avait aussi bien des quarantenaires d'apparence rangée que des étudiants, des "modeux", des militants de gauche ou des milieux LGBT et quelques jeunes venus de banlieue.

"Les masques, certains les portaient. La majorité n'en avait rien à faire", raconte le participant interrogé par BFMTV. "Quand on vient dans ce genre de fête, on sait qu'on risque de croiser quelqu'un qui a le coronavirus. C'est à nous de prendre nos responsabilités."

"J'ai vraiment besoin de décompresser"

"À titre personnel, je suis en CDI, c'est mon premier boulot et je travaille beaucoup, j'ai vraiment besoin de décompresser. Avec le confinement, il y a un déséquilibre dans ma vie, je ne suis pas sorti de mon appartement depuis un mois, cette fête c'est une question de santé mentale pour moi", explique un autre participant, un jeune développeur de 23 ans, à l'AFP.

"Là je ressens de l'euphorie pure, c'est le seul moment qui permet de tout oublier, d'arrêter de vivre au fil des chiffres des morts et des entrées en réanimation", poursuit-il.

Les organisateurs risquent jusqu'à un an de prison

Alors que l'état d'urgence sanitaire interdit tout rassemblement public, d'autant plus à des fins commerciales, les organisateurs encourent 15.000 d'amende et un an de prison, pour "mise en danger de la vie d'autrui".

"Tout ça, c'est une façon de remettre de l’essence dans le moteur de l’épidémie", a déploré Jérôme Coumet, le maire socialiste du 13e arrondissement, sur BFMTV. Sans compter que "le lieu n'est pas du tout approprié" pour recevoir du public, a ajouté l'élu: les organisateurs "exposent des personnes à des risques en se faisant de l’argent sur leur dos".

Cette fois-ci, la police n'est pas intervenue et la fête s'est poursuivie en tout impunité jusqu'à l'aube. "Généralement la police intervient sur les fêtes clandestines lorsqu'elle est requise par les voisins, notamment pour du tapage. Il n'y a pas eu d'intervention à cette adresse", a indiqué dimanche matin une source policière.

Laszlo Gelabert avec Cyrielle Cabot et AFP avec AFP