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Fin des terrasses chauffées: les professionnels parisiens dénoncent "un coup de massue"

Applaudie par les écologistes, l'annonce de Barbara Pompili fait grincer des dents les gérants de bars et restaurants après une année compliquée pour le secteur.

Chez les professionnels du secteur, la récente prise de parole de Barbara Pompili a eu l'effet d'un "coup de massue", assure Marcel Benezet. Pour le président de la branche cafés, bars et brasseries du Groupement nationnal des Indépendants (GNI) l'annonce de l'interdiction des terrasses chauffées en 2021, "n'a pas été réfléchie".

"En hiver, c'est 30% ou 35% de notre chiffre d'affaires qui est fait sur nos terrasses", estime-t-il au micro de BFM Paris, ajoutant que "les restaurateurs sont affolés". "Ils ont déjà du mal à couvrir leurs frais, leurs loyers... Ils sont dans un état physique et moral catastrophique."

"Je fais comment pour travailler en hiver?"

Parmi les gérants de bars, brasserie et restaurants de Paris, qui peuvent réaliser jusqu'à la moitié de leur chiffre d'affaires sur ces terrasses, l'annonce de l'interdiction prochaine des chauffages extérieurs laisse en effet un goût amer.

"Si on arrête les terrasses chauffées, je fais comment pour travailler en hiver?", s'interroge l'un d'entre eux. "On va déserter le centre-ville de Paris, on va partir en banlieue, dans les centres commerciaux sur-climatisées?", s'interroge un autre.

Restaurateurs et cafetiers invoquent une mauvaise nouvelle de plus, après plusieurs mois marqués par le mouvement des Gilets jaunes, les grèves contre la réforme des retraites et la crise du Covid-19, qui ont fait baisser la fréquentation des établissements parisiens.

"Chaque terrasse est l'équivalent d'un SUV diesel"

Du côté des Parisiens, qui sont 81% à fréquenter plus ou moins régulièrement les terrasses chauffées en hiver selon une étude, l'annonce de la ministre de la Transition écologique n'est pas perçue aussi négativement.

"Ça ne m'empêchera pas de venir boire un verre de temps en temps", assure par exemple une habitante de la capitale au micro de BFM Paris, même si ça sera "moins souvent", concède-t-elle. "Il faut bien qu'on fasse des efforts! Si tu tiens à ta pinte, tu mets un manteau et puis voilà", déclare un autre client.

Réclamée par la Convention citoyenne sur le climat, la décision était une demande des élus écologistes parisiens depuis 2008. Elle a logiquement été applaudie par l'association Respire et son directeur, Olivier Blond:

"À Paris, il y a 12.000 terrasses chauffées. Chaque terrasse est l'équivalent d'un SUV diesel, explique-t-il à BFM Paris. Donc imaginez que tous les soirs, en hiver, on a 12.000 SUV qui tournent a plein régime. Si on peut s'épargner ça, c'est tant mieux!"

De leurs côtés, les patrons de bars et restaurants assurent ne pas être opposés à la suppression des terrasses chauffées mais dénoncent un mauvais timing et un manque de "concertation", résume Marcel Benezet.

"On demande du temps, explique-t-il. On demande que la ministre nous reçoive pour se concerter."

Selon le président de la branche cafés, bars et brasseries du GNI, qui évoque notamment un système de "cuves thermique", des alternatives au chauffage extérieur peuvent en effet être trouvées. "Mais tout ça ça se prépare", nuance-t-il, pointant du doigt le délai court imposé aux établissements pour mettre fin aux terrasses chauffées, qui disparaîtront dès 2021.

Juliette Mitoyen Journaliste BFM Régions