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Intempéries: pourquoi les modèles ont-ils du mal à prévoir les phénomènes de forte intensité?

Si les modèles utilisés semblent de plus en plus performants, le réchauffement climatique rend aussi les phénomènes météorologiques plus imprévisibles.

Même l'intelligence artificielle ne peut pas tout prévoir. Dans le Gard, l'équivalent de deux mois de pluie est tombé en à peine trois heures ce mardi. Un record absolu pour le département, mais qui semble s'inscrire dans la lignée d'intempéries de plus en plus fréquentes. Et pourtant, les "modèles" et calculs météorologiques extrêmement précis semblent dépassés. Ils n'ont pas pu prévoir ni la puissance du phénomène, ni sa localisation précise. Pourquoi? Christophe Person, chef du service météo de BFMTV, donne quelques explications:

"C'est extrêmement difficile, il y a plusieurs "modèles" météorologiques. Pour Météo France le principal s'appelle "Arome" et il est de plus en plus précis, il prévoit les épisodes cévenols alors que les modèles précédents n'en n'étaient pas vraiment capables", explique-t-il.

Les épisodes "cévenols", ce sont ces épisodes orageux qui bordent l'arc méditerranéen et qui remontent jusqu'aux Cévennes. Ils sont liés à des remontées d'air chaud instables en provenance de la Méditerranée, qui génèrent souvent de violents orages, et parfois des inondations.

Modèle "à maille très fine"

Depuis 2008, Météo France dispose d'Arome, un modèle régional à "maille très fine", sur 1,3 km, et qui fournit des prévisions détaillées de 3 à 36 heures. Et effectivement, Arome réussit désormais à voir ces épisodes dits "cévenols". Ils progressent donc, mais n'en sont pas encore à voir des records.

"De telles quantités d'eau, 244 mm, c'est-à-dire 24 cm d'eau. Si vous êtes à un endroit qui ne ruisselle pas, vous avez les pieds dans 24cm d'eau en seulement trois heures. Et dans les vallées où ça descend et ça ruisselle, ça donne des inondations encore plus monstrueuses. C'est un record. Et pour le moment ces modèles n'en sont pas là, à prévoir des records", admet Christophe Person.

Depuis plusieurs années, les améliorations apportées à un modèle tel qu'Arome permettent de mieux prévoir les phénomènes de petite échelle, et potentiellement dangereux. Il prend en compte les zones de relief, les différents types de sols, et parvient à modéliser de mieux en mieux les systèmes nuageux.

Des limites révélées par le changement climatique

Signe du progrès qui est fait avec ce type de modèles, le journaliste explique qu'en début de matinée mardi, Météo France hésitait encore à instaurer une vigilance. Quelques heures plus tard, elle a finalement placé le Gard en vigilance rouge. "C'est dire à quel point ces modèles parviennent à s'affiner au fil des heures, et ils vont s'affiner encore au fil des années avec des améliorations technologiques", conclut Christophe Person.

Néanmoins, avec l'impact du changement climatique, ces intempéries sont de plus en plus fréquentes et dépassent fréquemment les records. Elles semblent donc de plus en plus difficiles à prévoir, et montrent que les outils actuels, aussi précis soient-ils, ont encore certaines limites.

Louis Augry