BFMTV

Venezuela: comprendre la crise politique en 5 points

-

- - Guillermo Arias / AFP

Depuis plusieurs mois, Juan Guaido s'illustrait comme la figure de l'opposition à Nicolas Maduro. Son autoproclamation à la tête du pays, mercredi, a été aussitôt reconnue par les Etats-Unis.

Le président du parlement vénézuélien, Juan Guaido, s'est autoproclamé président par intérim mercredi devant des dizaines de milliers de partisans réunis à Caracas. Il a été aussitôt reconnu par Donald Trump comme "président par intérim". Cette prise de pouvoir intervient après des mois de tensions politiques dans ce pays en proie à une grave crise économique. 

Nicolas Maduro, un "président illégitime"

Le 20 mai 2018, Nicolas Maduro, 56 ans, a été réélu président du Venezuela dans une élection contestée. Accusé par ses ses détracteurs d’être un dictateur accaparant tous les pouvoirs, les principaux partis d'opposition avaient décidé de boycotter le scrutin, entraînant une forte abstention.

Depuis ce scrutin, non reconnu par une partie de la communauté internationale, le pays est en proie à de vives tensions dans un contexte de débâcle économique. 

La population doit faire face à des pénuries alimentaires et de médicaments dues à une hyperinflation qui a atteint 1 350 000 % en 2018. L’ONU estime que, depuis 2015, environ 2,3 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays, et prévoit que ce chiffre grimpe à 5,3 millions en 2019 à cause de la débâcle économique.

  • Juan Guaido, la figure de l'opposition

L'Assemblée vénézuélienne, seule institution contrôlée par l'opposition mais qui n'est plus reconnue par l'exécutif, est devenue la figure de proue de la contestation. A sa tête: Juan Guaido.

Le 5 janvier, le Parlement s'était ainsi déclaré seul pouvoir légitime après un vote symbolique où ses membres avaient jugé "illégitime" la présidence de Maduro. Juan Guaido avait alors annoncé qu’il allait former un "gouvernement de transition" avant d’organiser de nouvelles élections. Ce mercredi, après s'être déclaré président par interim, il a par ailleurs rappelé, devant des milliers de partisans, que la Constitution vénézuélienne lui donnait la légitimité pour assumer le pouvoir dans le cadre d’un gouvernement de transition. 

Trump reconnaît aussitôt le président autoproclamé

Juan Guaido peut compter sur le soutien des Etats-Unis, fervents opposants à la politique de Nicolas Maduro. Le 10 janvier dernier, lors de l'investiture de ce dernier, Washington avait ainsi annoncé ne pas reconnaître sa présidence réaffirmant son soutien à l'Assemblée nationale.

Ce mercredi, le président américain Donald Trump a été l'un des premiers à réagir, annonçant dans un communiqué qu'il reconnaissait officiellement le jeune opposant de 35 ans comme "président par intérim du Venezuela". 

En réponse, le président Maduro a annoncé que son pays rompait ses relations diplomatiques avec "le gouvernement impérialiste des États-Unis", donnant 72 heures aux représentants diplomatiques nord-américains pour quitter le pays. 

La Colombie et le Brésil ont emboîté le pas à la Maison Blanche, ainsi que l'Argentine, le Chili, le Paraguay. En revanche, Cuba a fait part de son "ferme soutien" au président Maduro face à une "tentative de coup d'État". Et le président mexicain, Andrés Manuel Lopez Obrador, a indiqué maintenir son soutien au dirigeant socialiste, reconnaissant "les autorités élues selon la Constitution vénézuélienne".

Une escalade des tensions 

L'investiture de Nicolas Maduro, le 10 janvier dernier, a coïncidé avec un regain de tensions dans le pays. Lundi 21 janvier, 27 militaires ont été arrêtés par les autorités pour s’être soulevés contre le régime du président. Dans des vidéos qui ont circulé sur les réseaux sociaux, ils désavouent le chef de l’Etat et appellent au soutien de la population. Leur arrestation a provoqué de vives réactions dans l'opposition.

L'Assemblée avait par ailleurs appelé vendredi 11 janvier à une manifestation pour ce mercredi, destinée à réclamer un gouvernement de transition. La date n'a pas été choisie au hasard: elle commémore les 61 ans de la chute de la dictature de Marcos Perez Jimenez, le 23 janvier 1958. C'est à l'issue de cette manifestation, à la mobilisation sans précédent et émaillée de violences (13 morts ont été recensés en deux jours de troubles), que Juan Guaido s'est déclaré président par interim. 

000_1CK35T.jpg
000_1CK35T.jpg © Federico PARRA / AFP

Le pays déchiré

Une vague de joie et d'espérance s'est répandue parmi les dizaines de milliers d'opposants, mercredi, après l'annonce de Juan Guaido. "Ce qui s'est produit nous apporte de l'espérance, ce peuple, ce qu'il ressent aujourd'hui, c'est de l'espérance, c'est une nécessité que nous allions de l'avant", a déclaré José Gregorio Flores, 43 ans.

De leur côté, les partisans du gouvernement, habillés de rouge pour la plupart, se sont retrouvés dans d'autres points de la capitale pour apporter leur soutien au chef de l'Etat Nicolas Maduro et rejeter les revendications de l'opposition, qu'ils considèrent comme une tentative de coup d'Etat orchestrée par Washington. 

Cyrielle Cabot