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"Take a knee": d'où vient ce geste devenu symbole des manifestations contre les violences policières?

Utilisé à de nombreuses reprises lors des manifestations contre les violences policières aux Etats-Unis, y compris par des policiers eux-mêmes, le "take a knee" est né sur les terrains de football américain.

La contestation se fait de plus en plus forte. Plus d'une semaine après la mort de George Floyd, asphyxié lors d'une intervention policière à Minneapolis dans l'État du Minnesota, de nombreux rassemblements sont toujours organisés dans plusieurs villes des Etats-Unis, et les affrontements avec la police se poursuivent. 

Cette colère ne se circonscrit pas aux États-Unis, et semble également rouvrir certaines plaies douloureuses. Ainsi, ce mardi, près de 20.000 personnes étaient réunies devant le Palais de justice de Paris afin de demander justice pour Adama Traoré, jeune homme noir tué lors d'une interpellation de la gendarmerie à Beaumont-sur-Oise en 2016. 

Au cours de ces rassemblements pacifiques, plusieurs manifestants, ainsi que des policiers, ont été aperçus posant un genou à terre, une posture appelée "take a knee" outre-Atlantique, et qui possède une très forte valeur symbolique.

  • 2016: "Je ne vais pas me lever"

Retour en 2016. Lors de plusieurs matchs de la pré-saison de football américain en août, le quarterback de l'équipe des 49ers de San Francisco, Colin Kaepernick, reste assis pendant le traditionnel hymne des Etats-Unis qui précède la rencontre, à l'inverse de ses coéquipiers, tous debout. Son geste est assez peu remarqué.

Le 1er septembre 2016, le joueur de 28 ans choisit cette fois-ci de poser un genou à terre alors que retenti The Star-Spangled Banner avant la rencontre entre les 49ers et les San Diego Chargers. Le retentissement est cette-fois ci immédiat, et intense. 

En effet, si le geste de Colin Kaepernick a profondément marqué l'opinion publique, fortement attachée à ses symboles dont l'hymne national, il a également eu une forte portée. En réalité, en posant son genou à terre, le joueur avait voulu dénoncer les violences policières qui touchent la communauté noire aux États-Unis, et la mort de plusieurs Afro-Américains lors d'interpellations. 

"Je ne vais pas me lever pour démontrer ma fierté envers le drapeau d'un pays qui opprime les Noirs et les personnes de couleur", avait déclaré à l'époque Colin Kaepernick pour justifier son acte.

Dès lors, le "take a knee", que l'on peut traduire en français par "s'agenouiller", est devenu un signe fort de protestation. Dans les semaines qui suivront son geste, Colin Kaepernick sera imité par de nombreux joueurs et sportifs, mais aussi très critiqué pour un acte perçu par une frange de l'opinion américaine comme "antipatriotique". Le joueur l'a payé cher puisqu'il n'a pas retrouvé d'équipe depuis. 

Colin Kaepernick (à droite), avec un genou à terre lors d'un match de la NFL.
Colin Kaepernick (à droite), avec un genou à terre lors d'un match de la NFL. © - GRANT HALVERSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
  • 2017: Trump rallume la mèche 

C'est en 2017 que l'affaire du genou à terre trouve un nouvel écho. Lors d'un meeting en Alabama, Donald Trump, fraîchement élu président des États-Unis, s'en prend frontalement aux joueurs qui s'agenouillent durant l'hymne, n'hésitant pas à les traiter de "fils de pute."

A la suite de cette insulte, qui intervient quelques jours seulement après les événements de Charlottesville lors desquelles des manifestants suprémacistes blancs et antiracistes s'étaient affrontés, plusieurs autres joueurs décident de se joindre au mouvement et de prendre cette pose, le 24 septembre 2017.

Ces marques de soutien ne se limitent pas au cercle sportif. Ainsi, plusieurs personnalités afro-américaines, dont les chanteurs Stevie Wonder et Jay-Z, reprennent à leur compte le "take a knee", qui devient dès lors un phénomène de société. 

  • 2020: un geste repris dans les manifestations

Retour en 2020. Au cours des manifestations organisées aux États-Unis depuis huit jours pour protester contre la mort de George Floyd lors d'une interpellation par la police de Minneapolis, de nombreuses images ont montré que le "take a knee" était toujours utilisé en guise de protestation contre les violences policières. 

Fait inédit, des policiers et militaires rejoignent depuis plusieurs jours les manifestants en imitant cette posture. 

En France également, le "take a knee" a été largement utilisé lors des différents rassemblements organisés mardi à travers la France pour honorer la mémoire de George Floyd et réclamer "justice" pour Adama Traoré.

Hugo Septier