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Suède, Corée du Sud, Taïwan... Comment se propage le coronavirus dans les États qui n'ont pas confiné?

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France, Espagne, Italie... De nombreux pays ont choisi de confiner leur population face à la propagation du coronavirus. Mais d'autres pays ont opté pour une réponse différente face à la pandémie.

Sur l'ensemble de la planète, quatre milliards de personnes sont actuellement confinées pour faire face à l'épidémie de coronavirus. En Europe (France, Italie...), en Asie (Inde, Turquie...), en Afrique (Tunisie, Afrique du Sud...), en Amérique (Colombie, Bolivie...)... La liste des états confinés s'allonge de jour en jour.

La communauté scientifique semble d'ailleurs assez unanime, du moins sur le vieux Continent: le confinement est actuellement la meilleure stratégie pour contrer la propagation du Covid-19. Pourtant, certains états ont privilégié d'autres solutions.

Les Pays-Bas: après l'hésitation, un semi-confinement

Ce fut par exemple le cas des Pays-Bas, qui ont d'abord cru en l'immunité collective (NDLR: si une majorité de la population est contaminée, alors cette majorité empêchera le reste de la population de l'être) avant d'imposer des mesures plus strictes.

Fermeture des écoles, des bars, des restaurants, interdiction des rassemblements... Les autorités néerlandaises n'imposent cependant pas un confinement général mais appellent la population à rester à la maison, sans interdire de la quitter. Les transports publics fonctionnent par exemple normalement dans les principales villes. Au 7 avril, le pays compte 2101 morts. C'est certes cinq fois moins que la France mais deux facteurs doivent être pris en compte:

  1. L'épidémie s'est propagée plus tardivement aux Pays-Bas. 
  2. Le pays compte seulement 17 millions d'habitants, contre 67 millions pour la France.

Comme on peut le voir sur les courbes ci-dessous, la Hollande suit une trajectoire à peu près semblable à la France, en moins violente pour le moment.

En Suède, les habitants doivent "prendre leurs responsabilités"

Si aux Pays-Bas, les autorités se rapprochent petit à petit d'un confinement à la française ou l'italienne, ce n'est pas encore le cas en Suède. Le gouvernement appelle chacun à "prendre ses responsabilités" et à suivre les recommandations des autorités sanitaires.

Quelques mesures - non-contraignantes - ont tout de même été prises comme la fermeture des lycées et universités. Les autorités encouragent aussi les personnes âgées de plus de 70 ans et celles jugées "à risque" à rester chez elles. Les rassemblements de plus de 50 personnes et les visites dans les maisons de retraite sont également interdits.

Une tactique payante... auprès de l'opinion, qui soutient pour l'instant la stratégie gouvernementale, malgré les critiques internationales. A l'heure actuelle, le pays qui compte 10 millions d'habitants fait état d'au moins 600 décès. Une mortalité plus élevée que dans les autres pays du Nord, comme le Danemark (203 morts pour 5,6 millions d'habitants) ou la Norvège (89 victimes pour 5,3 millions d'habitants). Les courbes ci-dessous montrent d'ailleurs que la Suède est loin d'être épargnée par le Covid-19.

La Corée du Sud: le modèle à suivre ?

La Corée du Sud est souvent citée en exemple notamment car elle a su "aplatir" la courbe des nouveaux cas. En février, le combat semblait pourtant loin d'être gagné d'avance.

Au pire de la crise, on a compté jusqu'à 900 nouveaux cas par jour, des chiffres alors supérieurs à ceux de l'Italie ou de l'Iran - qui ont depuis connu des bilans quotidiens plus supérieurs.

Aujourd'hui, on recense à peine quelques dizaines de nouveaux cas par jours, le tout sans confinement. Dans le pays, la vie suit un cours à peu près normal. Les consignes de distanciation sociale sont largement suivies, sans résulter d'un ordre du gouvernement.

Les experts ont salué la stratégie sud-coréenne de dépistage massif de la population (plus de 485.000 tests), de même que le traçage des contacts des malades et la quarantaine imposée à tous les patients. A l'heure actuelle, "seulement" 192 personnes sont décédées à cause du coronavirus dans ce pays de 51,47 millions d'habitants.

À Taïwan, les mesures préventives ont permis d'éviter le confinement

À Taïwan aussi les restaurants, les bars, les écoles, les commerces et les bureaux sont toujours ouverts. Cet État dont le vice-président est épidémiologiste a pris des mesures décisives au tout début de la crise.

Marquée par l'épidémie de Sras en 2003, Taïwan avait dans la foulée créé un centre de commandement dédié aux crises sanitaires qui a été activé dès le 20 janvier, avant même que Pékin ne boucle Wuhan.

D'emblée, les autorités ont contrôlé les arrivées, multiplié les tests et enquêté sur les personnes entrées en contact avec les malades. Très tôt, l'île a pris la décision d'interdire l'entrée des voyageurs de Chine, alors même que l'OMS déconseillait de telles mesures. 

A l'heure actuelle, seulement quelques centaines de cas ont détectés sur l'île pour seulement 5 décès.

À Hong Kong et Singapour, une deuxième vague de contaminations

Des succès semblables avaient été enregistrés à Hong Kong (7,3 millions d'habitants) et Singapour (5,6 millions d'habitants), qui avaient elles aussi évité de confiner leurs populations. Mais ces territoires sont désormais aux prises avec une deuxième vague due aux nombreux retours d'Europe et des Etats-Unis.

Face à la hausse des cas, les mesures se durcissent. Singapour vient d'annoncer la fermeture de ses écoles et lieux de travail, et a placé près de 20.000 travailleurs migrants en quarantaine. À Hong Kong, le gouvernement vient de fermer bars, karaokés ou encore salles de mahjong. Il est interdit de se réunir en public à plus de quatre.

Louis Tanca avec AFP