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Statut de Jérusalem: quelle est la position de la France?

Mahmoud Abbas et Emmanuel Macron à l'Elysée.

Mahmoud Abbas et Emmanuel Macron à l'Elysée. - FRANCOIS MORI / POOL / AFP

Alors que 70 ans se sont écoulés depuis la fondation de l'Etat d'Israël, les Etats-Unis ont inauguré leur ambassade à Jérusalem. Dans la bande de Gaza, des tirs israéliens ont tué plusieurs dizaines de Palestiniens ce même jour. Comment se positionne la France sur le sujet après avoir dénoncé les violences et appelé à la "retenue" ce lundi.

La France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, a exhorté ce lundi les "autorités israéliennes à faire preuve de discernement et de retenue dans l’usage de la force qui doit être strictement proportionné". Dans la bande de Gaza, plusieurs dizaines de Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens alors qu'ils protestaient contre l'inauguration de l'ambassade américaine en Israël à Jérusalem. Un transfert diplomatique, tandis que la France confirme que son ambassade a vocation à rester à Tel-Aviv, désapprouvé par le président de la République. 

Si les positions de la France ont pu varier au cours des 70 années de vie de l'Etat d'Israël, elle tente de se maintenir sur une ligne de crête, entre intérêts israéliens et palestiniens.

Jérusalem: la France joue sa partition 

C'est le statut de Jérusalem qui s'affirme comme la pomme de discorde empoisonnant les relations entre Israéliens et Palestiniens, en particulier ces derniers jours, déclenchant le carnage réalisé dans la bande de Gaza ce lundi. En déménageant son ambassade dans la ville trois fois sainte, les Américains reconnaissent donc une souveraineté israélienne sur celle-ci.

Pour la France, comme pour la plupart de ses partenaires internationaux, un tel geste est impossible en tout cas dans l'état actuel des choses. L'ambassade de France en Israël demeure donc à Tel-Aviv tandis qu'elle conserve un consulat général à Jérusalem. 

"La France est aussi l’amie de la Palestine"

Même à terme, il n'est pas question pour la France de faire de Jérusalem la seule capitale d'Israël. Après avoir réaffirmé la solidité et l'ancienneté de ses liens avec l'Etat hébreu, le Quai d'Orsay explique en longueur sur son site: "La France est aussi l’amie de la Palestine et soutient la création d’un État palestinien, vivant dans des frontières sûres et reconnues, en sécurité au côté d’Israël, avec Jérusalem comme capitale de ces deux Etats."

Et sur ce point, la France est dans son bon droit international. Elle se prévaut de deux résolutions successives du Conseil de sécurité de l'ONU: les 476 et 478. Votés en 1980, ces textes succédaient aux suffrages de la Knesset, le Parlement israélien la même année, qui proclamaient Jérusalem capitale "une et indivisible" d'Israël, semblant donc graver dans le marbre sa possession de la vieille ville hiérosolymitaine, arrachée aux Jordaniens en 1967.

Un état de fait que la communauté internationale, dans son ensemble, n'a jamais avalisé. La résolution 476 déclarait nulle la loi des parlementaires israéliennes. Si la France s'est abstenue lors de ce vote, elle a voté la résolution 478 qui mettait Israël en demeure de cesser son occupation des territoires arabes qu'elle avait pris en 1967, dont Jérusalem-est.

Par conséquent, "la France, comme l’ensemble de la communauté internationale, ne reconnaît aucune souveraineté sur Jérusalem", écrit notre ministère des Affaires étrangères. 

La France veut deux Etats

Le rêve français d'une partition de Jérusalem, capitale divisée entre pouvoirs israélien et palestinien, montre que la France soutient toujours mordicus la fameuse solution "à deux Etats". "La France considère que le conflit ne pourra être résolu que par la création d’un Etat palestinien indépendant, viable et démocratique, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël", assure la diplomatie. Si on sait déjà que dans l'esprit français, cet Etat aurait Jérusalem pour capitale, la France avance aussi un autre préalable: il aurait pour frontières les lignes de 1967 (date de la guerre des six jours entre Israël, Syrie, Jordanie et Egypte) avec des "échanges agréés de territoires équivalents". 

Pour autant, alors que l'Etat de Palestine est déjà reconnu par plusieurs nations souveraines, la France préfère toujours parler d'autorité palestinienne. Et aucun changement n'est prévu à l'horizon. "Décider unilatéralement de reconnaître la Palestine est-il efficace? Je ne crois pas. Car ce serait une réaction", avait lancé fin décembre Emmanuel Macron, lors d'une conférence de presse commune avec Mahmoud Abbas, qui porte le titre de président de l'Etat de Palestine en 2005.

L'installation de colons israéliens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est grignote peu à peu les territoires palestiniens et rend de plus en plus hypothétique au fil des années l'existence d'un Etat palestinien viable. La colonisation israélienne, illégale du point de vue du droit international, est condamnée par la France: "L’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967", remarque le ministère.

L'Union européenne fait le partage entre Israël et ses colonies, notamment à travers un étiquetage des produits israéliens, rappelle le site du Quai d'Orsay. 

Robin Verner