BFMTV

Ruptures de canalisations, eau non-potable, pollution: le Texas paye les conséquences de la vague de froid

Le Texas, habitué à un climat particulièrement chaud en été et à la douceur en hiver, a souffert la semaine dernière d'une vague de froid polaire destructrice et meurtrière. La Maison Blanche a annoncé que Joe Biden s'y rendrait ce vendredi.

Dans l'imaginaire collectif, le Texas se résumerait presque à deux choses: les tumbleweeds roulant dans les vents de sable et l'économie dopée aux hydrocarbures. Mais la semaine dernière, le plus vaste Etat du sud des Etats-Unis, et le deuxième des 50 après l'Alaska, ne rappelait pourtant en rien les westerns ou la série télévisée Dallas.

Le Texas a en effet été parcouru d'une vague de froid polaire à compter du 14 février, un enchaînement de températures négatives qui a tué 70 personnes, privé de courant cinq millions d'individus et d'eau potable sept millions d'habitants, sans oublier les problèmes de circulation, de pollution et les explosions des canalisations domestiques.

Joe Biden, le président des Etats-Unis, se rendra vendredi à Houston, comme l'a annoncé mardi la Maison Blanche. Il y rencontrera des dirigeants locaux afin d'évoquer les plans d'aide mis sur pied (samedi dernier, il a signé une déclaration d'urgence pour débloquer des fonds fédéraux).

Jusqu'à -18°C à Dallas

C'est le 14 février dernier que le Texas a commencé à frissonner sous un refroidissement qui n'a pas tardé à le frigorifier purement et simplement. Le lendemain, il a fait jusqu'à -18°C à Dallas contre 15°C habituellement à cette date de l'année. Une semaine auparavant, la douceur était encore évaluée à 20°C. S'il fait 16°C dans la ville ce mercredi, le froid a perduré jusqu'au week-end. Comme le relève la correspondante du Monde, il a même fait plus froid à San Antonio qu'en Alaska.

Le tableau général de la situation texane, détaillé ici par le quotidien du soir, au cours de cette période est effroyable. Le gaz a gelé dans les centrales. Les 67.000 mégawatts prévus en hiver pour réguler les températures en intérieur n'ont pas suffi - selon la compagnie électrique locale Ercot, il en aurait fallu 45.000 supplémentaires pour passer l'épreuve. Conséquence directe: des canalisations ont explosé dans les domiciles. Cinq millions de personnes se sont ainsi retrouvées sans électricité.

700 intoxications au monoxyde de carbone

Et si pas d'électricité, pas de traitement de l'eau non plus: les autorités ont donc recommandé au quart de la population de l'Etat de faire bouillir l'eau avant de la boire, celle-ci étant impropre à la consommation. Des pénuries ont été signalées dans les magasins d'alimentation, et le gel et la neige ont mis en péril les automobilistes dans cette région des Etats-Unis où on ne dispose pas, en général, de pneus adéquats.

Trahi par un réseau énergétique en principe particulièrement abondant en ressources fossiles, encore renforcé par un parc éolien conséquent, mais temporairement neutralisé, les Texans ont dû chercher d'autres sources de chaleur, se tournant parfois vers leur gazinière.

700 personnes ont ainsi atterri dans les hôpitaux locaux en raison d'une intoxication au monoxyde de carbone. On compte par ailleurs soixante-dix morts au cours de cet épisode glaciaire, entre les vies que la froid a éteintes, ces intoxications, les difficultés d'accès au soin.

Désastre écologique

De surcroît, la pollution vient s'ajouter à la catastrophe humaine et redoubler le sinistre énergétique. Durant la vague de froid, la pollution des installations autour de Houston s'est élevée à 319 tonnes, soit quatre fois plus que le taux habituel, d'après Libération, qui note encore que les cinq plus grandes raffineries du Texas ont émis 152,8 tonnes de gaz polluants pendant ces quelques jours.

Or, le problème est notamment celui de l'inadaptation des conduits à ce type de crises. Tandis que ceux-ci ont cessé de fonctionner, l'extraction des hydrocarbures a continué, les amenant à brûler sur place. François Gémenne, enseignant à Sciences-Po Paris et spécialiste du changement climatique, a assuré à Libération: "Ces vagues de froid interviennent à peu près tous les dix ans au Texas. Si les conduits étaient remplacés, le taux de pollution pourrait diminuer".

Tandis que l'opinion publique demande aujourd'hui des compte à la classe politique, et notamment au sénateur Ted Cruz parti en vacances en famille à Cancun au moment où s'amorçait le grand froid, des têtes tombent peu à peu. Cinq responsables de la compagnie électrique Ercot ont ainsi démissionné, dont Sally Talberg, sa patronne.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV