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Reconnaissance d'un Etat palestinien: quelle est la position de l'Europe?

Une manifestation à Gaza en mars 2012. (Photo d'illustration)

Une manifestation à Gaza en mars 2012. (Photo d'illustration) - Mohammed Abed - AFP

L'Assemblée nationale doit se prononcer ce mardi sur la reconnaissance d'un Etat palestinien, après avoir débattu du sujet vendredi dernier. Les députés français choisiront-ils de reconnaître l'Etat de Palestine, comme l'ont déjà fait plusieurs de leurs homologues européens ces dernières semaines?

La France va-t-elle, à son tour, reconnaître l'Etat palestinien? Les députés sont appelés à se prononcer à l'Assemblée, mardi après-midi, sur la proposition de résolution socialiste portant sur la reconnaissance de l'existence de l'Etat de Palestine, aux côtés d'Israël.

Le texte, qui divise fortement l'hémicycle, n'a aucune valeur contraignante pour le gouvernement, mais revêt une lourde portée symbolique. D'autant plus qu'il s'inscrit dans un cadre européen, puisque plusieurs pays se sont d'ores et déjà exprimés sur ce dossier sensible ces dernières semaines, et que le Parlement européen votera à son tour, le 17 décembre prochain. Comment cette question a-t-elle été accueillie chez nos voisins? Tour d'horizon.

Avant Paris: Londres, Dublin, Madrid et Stockholm

Les députés français sont loin d'être les premiers à s'atteler à l'épineuse question de la reconnaissance d'un Etat de Palestine. Le 13 octobre dernier déjà, les élus de la Chambre des communes du Royaume-Uni ouvraient le mouvement, en votant en très large majorité en faveur d'un texte de reconnaissance, défendu par les travaillistes.

Quelques jours plus tard, les sénateurs irlandais leur emboîtaient le pas, et adoptaient à leur tour une motion demandant au gouvernement de Dublin de reconnaître l'Etat palestinien. Le 18 novembre, le Congrès des députés espagnol, l'équivalent de notre Assemblée nationale, priait également le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy d'aller vers une reconnaissance de la Palestine.

Dans ces trois cas, le geste est resté symbolique car les motions votées ne constituent en rien une contrainte pour le gouvernement en place. La Suède est en revanche allée plus loin, le 30 octobre, en devenant le premier pays membre de l'Union européenne à reconnaître l'Etat palestinien. "Le gouvernement considère que les critères de droit international pour une reconnaissance de l'Etat de Palestine sont remplis: il y a un territoire, une population et un gouvernement", avait alors déclaré la chef de la diplomatie suédoise, Margot Wallström. La Suède rejoint ainsi les sept autres pays de l'Union européenne (la Pologne, la République tchèque, la Roumanie, la Hongrie, la Bulgarie, Chypre et Malte, NDLR) ayant accordé le statut d'Etat à la Palestine. Seule différence: tous l'avaient fait avant d'intégrer l'UE.

Un vote du Parlement européen, une symbolique forte

Il est certain que ces nouveaux votes nationaux, qui interviennent alors que les négociations de paix entre Palestiniens et Israéliens sont au point mort, n'auront que peu d'impact sur le terrain. Mais un vote positif de la part du Parlement européen pourrait en revanche peser plus lourd.
Là encore, la résolution, si elle est adoptée, n'obligera pas les pays membres de l'UE à reconnaître la Palestine.

Cependant, comme le souligne l'eurodéputé français Gilles Pargneaux, membre du groupe socialiste, et qui est à l'origine du projet de résolution, "une résolution émanant d'une assemblée qui réunit 751 élus issus du suffrage universel est tout sauf anodine". Autrement dit, une motion votée par le Parlement européen viendrait renforcer la pression internationale pour favoriser la reconnaissance et, comme le souligne La Croix, pourrait nourrir l'argumentaire de Mahmoud Abbas, le président de l'autorité palestinienne.

Toutefois, rien n'est encore gagné. L'assemblée européenne, qui a débattu autour de la résolution le 26 novembre, devait se prononcer le 27, mais le vote a finalement été repoussé au 17 décembre prochain, en l'absence d'accord sur le texte, et à la demande du PPE, le Parti populaire européen, qui regroupe les partis de droite et de centre-droit. De fait, si la gauche radicale (GUE) soutient l'initiative, les autres groupes semblent pour le moment plus tempérés, et des dissensions existent au sein même du groupe socialiste, pourtant à l'origine du texte, au sujet de l'opportunité de ce vote, quelques jours après l'attaque sanglante contre une synagogue, à Jérusalem.

Adrienne Sigel