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Que risquent les internautes qui relaient les vidéos d’attaques terroristes?

La diffusion en ligne de la vidéo de l'attaque d'une synagogue mercredi à Halle a montré une nouvelle fois la difficulté à empêcher les tueurs de se mettre en valeur en ligne. Et d’endiguer la diffusion rapide des contenus violents sur Internet.

Trente-cinq minutes. C’est le temps qu’a duré la vidéo, diffusée en direct sur Twitch, de l’attaque de la synagogue survenue mercredi à Halle, en Allemagne. Elle n’a été suivie en live que par cinq personnes, assure Amazone, propriétaire de la plateforme, qui l’a rapidement supprimée.

Mais vingt-quatre heures plus tard, ces images restent accessibles sur plusieurs forums en ligne, comme 4chan et BitChute, et s'attirent des dizaines de milliers de vues. En cause: le partage du lien de la vidéo par plusieurs internautes. Un partage passible de poursuites judiciaires.

Atteinte à la dignité humaine

"Ce genre de vidéo porte atteinte à la dignité humaine protégée par l’article 16 du code civil", indique à BFMTV.com Me Delphine Meillet. En 2012, le parquet de Paris avait assigné en référé la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera afin qu’elle ne diffuse pas les images qu’elle avait reçue de la tuerie perpétrée par Mohamed Merah à Toulouse, explique l’avocate pénaliste.

"Là encore, c’est une ultime atteinte à la dignité humaine. Par ailleurs, ces vidéos (des attaques à Toulouse comme à Halle, ndlr) ne contiennent pas d’information nécessaire à l’intérêt général, donc il est interdit de les diffuser", poursuit-elle.

En matière de diffusion d’images d’assaut criminel, les autorités disposent d’un arsenal législatif étendu qui varie en fonction des motivations du partage.

"Si c’est un jeune qui passe son temps à cliquer et poster des contenus sur Internet et qu’il diffuse la vidéo d’un attentat, il peut être poursuivi pour apologie du terrorisme", nous indique ainsi Me Mathieu Montfort, avocat au Barreau de Narbonne et auteur d’une thèse sur la prévention du terrorisme.

Une infraction punie de sept ans d'emprisonnement et 100.000 euros d'amende.

Outil de propagande 

"S’il s’agit en revanche d’une personne qui appartient à une mouvance radicale, on peut considérer que la diffusion de la vidéo d’un attentat correspond à du recrutement pour la filière en question", poursuit-il. "Diffuser les vidéos de terroristes leur fait de la ‘publicité’, c’est d’ailleurs ce qu’ils recherchent. C’est pourquoi, en publiant ou en partageant ces images, on s’en rend complice", ajoute Me Delphine Meillet.

Les autorités misent sur la sévérité face à un phénomène qui se répète. Le 15 mars dernier, Facebook avait mis 17 minutes avant d'interrompre la diffusion en direct de la tuerie de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, au cours de laquelle Brenton Tarrant avait tué 51 fidèles musulmans dans deux mosquées. Les images avaient ensuite été massivement relayées sur la toile.

En réaction, une vingtaine de pays et des géants d'Internet ont rejoint un "Appel" lancé contre les contenus en ligne "terroristes et extrémistes violents". Facebook et ses partenaires ont par ailleurs annoncé la création d'une nouvelle organisation qui a pour vocation de "déjouer les tentatives de plus en plus sophistiquées des terroristes et des extrémistes violents pour se servir des plateformes numériques".

Ambre Lepoivre