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En Allemagne, la communauté juive subit une résurgence des actes antisémites 

Mercredi, une synagogue allemande a été prise pour cible par un sympathisant de la mouvance d'extrême droite qui a tué deux personnes. L'an dernier, la police germanique a recensé une augmentation de 20% des actes antisémites par rapport à 2017.

C’est une résurgence qui prend un écho particulier dans un pays profondément marqué par le nazisme. Depuis quelques années, l’Allemagne observe une recrudescence des actes antisémites dans son pays. L’an dernier, ils ont augmenté de 20% par rapport à 2017, avec un total de 1799 exactions recensées par la police germanique, quand en France le ministère de l’Intérieur en décompte 541 en 2018 (une augmentation de 74% en un an).

Mercredi encore, la communauté juive a été prise pour cible dans l’attaque d’une synagogue de Halle, dans l’est de l’Allemagne. Un homme de 27 ans a surgi, lourdement armé, devant ce lieu de prière le jour de la grande fête juive de Yom Kippour. Vêtu d'une veste militaire, coiffé d'un casque surmonté d'une caméra filmant l'assaut, il a tenté de pénétrer dans l'édifice où étaient réunis environ 80 fidèles mais en a été empêché par les portes fermées à double tour qui ont résisté à ses tirs de fusil à pompe. L'assaillant a alors tué une passante puis un client d'un restaurant turc à proximité avant d'affronter la police qui l’a interpellé à l’issue d’une course poursuite.

"Préjugés, stéréotypes et malaise social"

Pour le ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, cet assaut revêt le caractère d’une "attaque antisémite" probablement perpétrée par un sympathisant de la mouvance "d'extrême droite". D’après les chiffres du gouvernement, plus de 90% des actes antisémites commis en Allemagne sont liés à cette aile de la politique radicale qui veut en finir avec la culture du repentir national concernant la Shoah.

"Cette résurgence des actes antisémites renvoie à un mélange de préjugés, de stéréotypes et à un malaise social lié par exemple au sentiment que l’Allemagne en fait beaucoup pour les immigrés et trop peu pour ses citoyens. Depuis qu’Angela Merkel a mis en place sa politique migratoire en 2015, un sentiment d’injustice s’est installé créant ce terreau. La combinaison de ces facteurs a favorisé la montée de l’extrême droite qui elle-même nourrit la haine de l’autre", analyse le sociologue Michel Wieviorka, interrogé par BFMTV.com.

L’attentat de Halle relance ainsi les craintes d’une résurgence du terrorisme d'extrême droite en Allemagne. Il y a quelques mois, un élu pro-migrants a été assassiné. Le principal suspect est un membre de la mouvance néonazie. D'autres élus soutenant les étrangers ont été agressés au couteau, après l'arrivée de plus d'un million de demandeurs d'asile en 2015 et 2016.

"Depuis les années 1990, les préjugés antisémites se répandent. Cette vague migratoire n’a fait que les amplifier", constate auprès de BFMTV.com le politologue et spécialiste de l’extrême droite, Jean-Yves Camus.

Il souligne par ailleurs qu’une partie de musulmans extrêmistes parmi les migrants arrivés dans le pays depuis 2015 participent aussi à cette montée des actes antisémites. "Ces attaques du quotidien existent également dans les milieux islamistes radicaux", précise-t-il.

Responsabilité d'Etat

Pour ne rien arranger à ce climat délétère, le parti d’ultra-droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) a fait une entrée historique au parlement fin 2017 et est depuis au centre de nombreuses polémiques antisémites ou liées à des propos controversés sur le nazisme.

"Ce parti lève les tabous tout en restant dans le cadre légal, notamment sur la question de la culpabilité allemande concernant le génocide des juifs. C’est une soupape qui est en train de sauter, on oublie peu à peu l’Histoire", souligne Jean-Yves Camus.

Après cette nouvelle attaque, le chef de l'Etat allemand a affirmé que le gouvernement devait prendre "la responsabilité de la communauté juive" et de sa "sécurité". Le président du Congrès juif mondial, Ronald Lauder, a quant à lui appelé dans un communiqué cité par l’AFP à "constituer un front uni contre les néo-nazis et autres groupes extrémistes. Le fait qu'ils gagnent en influence en Allemagne 75 ans après l'Holocauste est très parlant".

Ambre Lepoivre