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Quatre questions pour comprendre la violence de l'ouragan Dorian qui frappe les Bahamas

L'ouragan, rétrogradé en catégorie 4, s'est abattu sur les Bahamas ce lundi matin. Il s'approche à présent des côtes des États-Unis. À l'avenir, le réchauffement climatique devrait influer sur l'intensité de ces phénomènes.

Des vents au-delà des 350 km/h et un classement dans la catégorie maximale. L'ouragan Dorian, qui a été rétrogradé depuis en catégorie 4, a frappé de plein fouet les Bahamas ce lundi matin. Quelque 13.000 maisons pourraient avoir été endommagées ou détruites par son passage, selon un premier bilan dévoilé par la Croix-Rouge

Ces événements, aux conséquences potentiellement dramatiques, pourraient à l'avenir croître en intensité à cause du réchauffement climatique.

  • Comment se forme un ouragan?

Un ouragan "est une très puissante dépression des latitudes tropicales qui se forme sur les océans tropicaux, en l'occurrence l'Atlantique, le Pacifique, l'océan Indien mais dans les latitudes tropicales", explique Étienne Kapikian, prévisionniste à Météo France, sur BFMTV. La seule différence avec un typhon ou un cyclone, c'est la zone géographique où il sévit, précise-t-il.

Il est formé à la base par une basse pression tropicale, un fait météorologique extrêmement courant. Mais sous certaines conditions, ces dernières "peuvent s'intensifier et devenir des tempêtes tropicales et parfois des ouragans", détaille sur BFMTV Caroline Muller, spécialiste des phénomènes météorologiques et des cyclones tropicaux, également enseignante à l'ENS et chercheuse au CNRS. 

"Ce qui fait qu'une tempête tropicale s'intensifie, c'est les conditions environnementales essentiellement, dont les eaux particulièrement chaudes. Les tempêtes aiment bien parce qu'elles se nourrissent de l'évaporation qui vient de la mer, et d'un faible vent en altitude."

"C'est une structure très singulière, très spectaculaire", poursuit Caroline Muller : elle décrit sur BFMTV un phénomène constitué d'un œil au centre et d'un mur nuageux autour, surnommé "l'effet stade".

"C'est au niveau de ce mur nuageux qu'on a des vents cycloniques, donc tournant très fort, qui font les plus gros dégâts."
  • Quelle est l'intensité de Dorian?

Rétrogradé en catégorie 4 après avoir été classé en catégorie 5 - la plus forte -, l'ouragan Dorian a généré des vents d'une vitesse moyenne de 295 km/h. Certaines rafales ont pointé à 360 km/h, relève Météo France. Un niveau jusque-là inédit dans l'histoire des Bahamas, estime le Centre national des ouragans américains (NHC).

Pour être classé en catégorie 5 sur l'échelle dite de Saffir-Simpson, un ouragan doit avoir des vents d'une vitesse supérieure à 252 km/h. "On s'arrête à 5 parce que au-delà de 250 km/h, les vents ont fait un maximum de dégâts malheureusement", explique Caroline Muller.

Avec Dorian, "on a presque envie d'être dans une catégorie 6 mais elle n'existe pas", ajoute même Jean-Noël Degrâce, prévisionniste à Météo France, sur Europe 1.
  • Est-ce que c'est un phénomène exceptionnel ?

Considéré comme l'une des pires tempêtes de l'histoire de l'archipel des Bahamas, Dorian est aussi le cinquième ouragan de catégorie 5 à s'être formé dans l'Atlantique ces quatre dernières années, après Matthew en 2016, Irma en 2017, Florence - ensuite rétrogradé en catégorie 1 - et Michael, tous deux en 2018.

"Nous sommes en plein dans la saison des ouragans, relativise Étienne Kapikian. On a déjà eu des ouragans à peu près aussi intenses à l'échelle du bassin Atlantique tropical. Irma, il y a deux ans, était quasiment aussi intense sur le nord des petites Antilles." 

Dorian néanmoins "se classe parmi les cinq ouragans les plus puissants du bassin Atlantique jamais répertoriés, le plus puissant étant Allen en 1980", rappelle le prévisionniste.

  • Ce phénomène est-il appelé à se reproduire fréquemment?

"Plus que leur fréquence, c'est leur intensité qui inquiète", développe Caroline Muller. Directement en cause, le réchauffement climatique:

"On s'attend, dans un monde plus chaud, à avoir des cyclones tropicaux plus intenses, et notamment sur les trois aspects associés aux dégâts: les vents, les pluies et les eaux. Sur ces trois aspects, le réchauffement climatique va avoir un effet amplificateur."

"Les simulations du climat pour le XXIe siècle indiquent que les cyclones ne devraient pas être plus nombreux. En revanche, les cyclones les plus forts pourraient voir leur intensité augmenter", corrobore Météo France. Jean-Noël Degrâce abonde: "Il devrait y avoir régulièrement de plus en plus d'ouragans majeurs qui pourraient même être au-delà de ce que l'on a connu."

Et contrairement à l'interrogation prêtée à Donald Trump, sur l'opportunité de bombarder un ouragan à son commencement afin d'empêcher son développement, il n'est pas scientifiquement possible d'arrêter un ouragan, indique Caroline Muller. Même si "on le voit arriver des jours, voire des semaines avant" qu'il ne provoque des dégâts.

Clarisse Martin