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Protestations en Algérie: les raisons de l'inquiétude française

Depuis quelques jours, le peuple algérien conteste la décision du président Abdelaziz Bouteflika, 81 ans, de briguer un cinquième mandat. De l'autre côté de la Méditerranée, la France redoute les conséquences d'une déstabilisation de ce pays.

En annonçant le 10 février sa décision de briguer un 5e mandat, Abelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999 et souffrant des séquelles d'un accident vasculaire cérébral depuis 2013, a mis fin à de longs mois d'incertitude. Mais il a aussi déclenché une contestation inédite depuis des années en Algérie.

"Ce réveil des foules a surpris tout le monde. Mais aujourd’hui les Algériens n’acceptent plus le régime du président Bouteflika", expose Antoine Basbous, politologue et directeur de l’Observatoire des pays arabes, invité de Ruth Elkrief ce mardi soir sur notre antenne.

Ras-le-bol du "système Bouteflika"

Face à l’ampleur de la contestation, la France reste néanmoins muette. "Paris ne veut pas s’exprimer ouvertement sur cette affaire gérée directement à l’Elysée", réagit sur notre plateau Mohamed Sifaoui, journaliste et auteur de Où va l’Algérie. Il affirme qu’un émissaire algérien a présenté il y a quelques semaines à Emmanuel Macron l’option de remettre Abdelaziz Bouteflika au pouvoir comme la plus rassurante, garantissant une stabilité dans le pays.

"Les autorités françaises ont accepté cette option mais commencent à montrer des signes d’inquiétudes qui vont s’accroître", présage-t-il.

L’Hexagone craint notamment que le conflit, s’il persiste en Algérie, soit importé en France. "Les interpénétrations qui existent entre les deux pays, qui ont une forte histoire commune, provoqueront naturellement des perturbations en France", avait-il déjà assuré ce mardi matin sur RMC. "Il y a à peu près 250.000 Algériens binationaux qui vivent sur place et il y autant d’Algériens qui ont le permis de séjour en France qui sont en Algérie. Donc ça fait 500.000 personnes qui peuvent, si jamais les choses se détériorent, décider de revenir en France", explique Antoine Basbous. 

A Marseille, les Algériens de la cité phocéenne suivent la contestation de près. Beaucoup en parlent, certains y croient et une poignée a également commencé à manifester. Dimanche dernier, une centaine d'Algériens se sont rassemblés sur le cours Belsunce, dans l'un des quartiers historiques de l'immigration algérienne en France, pour dire leur ras-le-bol du "système Bouteflika".

"Mourir au pouvoir"

Par ailleurs, la déstabilisation de l’Algérie pourrait avoir des conséquences économiques, Paris ayant noué d’importants liens économiques avec son ancienne colonie, notamment autour de son gaz. Des répercussions sur le plan sécuritaire seraient également à redouter. "A côté d’une Libye déjà déstabilisée, d’un Sahel en proie aux groupes djihadistes, de Boko Haram jusqu’aux confins du Yémen, le basculement d’un pays de 42 millions d’habitants, dont la moitié âgée de moins de 20 ans, serait gravissime", détaille au Parisien Mohamed Sifaoui. Ce qui constituerait, a fortiori, une grave menace pour l’Hexagone, déjà cible de nombreuses attaques terroristes.

"Bouteflika ne lâchera pas le pouvoir facilement. Il était décidé dès le départ à mourir au pouvoir", assure sur notre antenne Mohamed Sifaoui.

"Il ne renoncera que si le chef d’état-major le lâche. Le 'plan b' pourrait être le rappel d’un ancien ministre des Affaires étrangères algérien qui est bien vu par les capitales occidentales, mais qui ne créera pas de rupture avec le régime en place car c’est un homme du système", expose le journaliste. Et de poursuivre:

"La troisième possibilité, la plus catastrophique, serait que le pouvoir de Bouteflika veuille passer en force et qu’il y ait une détérioration de la sécurité, ce qui voudrait dire que des agents provocateurs pourraient infiltrer les manifestations pour l’instant pacifiques."
Ambre Lepoivre