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Présidentielle américaine: et si Trump contestait le résultat de l'élection?

Donald Trump le 16 mars 2017 au Capitole à Washington

Donald Trump le 16 mars 2017 au Capitole à Washington - SAUL LOEB, AFP

Plusieurs experts de la politique américaine s'inquiètent que Donald Trump, candidat à sa réelection, remette en cause le résultat de l'élection en cas de défaite en novembre prochain.

À quatre mois de l'échéance présidentielle américaine, les experts redoutent de plus en plus un scénario de crise post-électorale. Les récentes déclarations de Donald Trump à la presse américaine laissent présager une querelle concernant les résultats du scrutin de novembre.

Dans une interview accordée à Fox News dimanche, Donald Trump a déjà refusé de s'engager à accepter le résultat de l'élection. "Je dois voir, non je ne vais pas simplement dire oui", a-t-il déjà déclaré. "Je ne vais pas forcément dire non, non plus. Ce n'est d'ailleurs pas ce que j'ai fait la dernière fois", a-t-il voulu rassurer, en faisant référence à l'élection présidentielle de 2016.

Trump va "tenter de voler l'élection", prévient Biden

Dimanche, le président républicain avait balayé d'un revers de manche un sondage le montrant en difficulté croissante face à Joe Biden. Cette enquête d'opinion le donnait à huit points d'écart derrière le candidat démocrate, à 41% contre 49%. "Je tiens à dire que je ne suis pas en train de perdre, car ce sont des sondages bidon", s'est défendu le milliardaire.

Au vu de ces prédictions, Donald Trump a d'ores et déjà prévenu que cette élection serait "la plus truquée de l'histoire du pays". Dans une interview à la chaîne américaine CNN en juin dernier, son rival Joe Biden avait lui-même fait part de sa préoccupation. Le démocrate avait dit craindre que Donald Trump "tente de voler l'élection".

"Nous ne saurons peut-être pas qui a remporté la Pennsylvanie, jusqu'à un mois après les élections", s'est alarmé Joe Biden. "Des accusations ridicules", selon la Maison-Blanche.

La crainte d'un scénario chaotique

Un porte-parole de Donald Trump, lui, a assuré dans la foulée que le président sortant accepterait bien le résultat de l'élection de novembre. Une affirmation qu'a ensuite refusé de maintenir l'équipe de campagne du président, interrogée par CNN.

"Nous ne savons pas quel genre de manigances les démocrates vont préparer d'ici novembre", a répondu à CNN Tim Murtaugh, le porte-parole de la campagne de Trump. "Une chose est sûre: si les élections sont libres et justes, alors le président Trump l'emportera", a-t-il ajouté.

Selon la chaîne, qui a réalisé une vingtaine d'entretiens avec d'anciens législateurs, experts en politique américaine, juristes et autres historiens, affirme qu'il existe aux États-Unis des craintes généralisées d'un scénario incertain au lendemain de l'élection de novembre prochain.

"Si nous sommes confrontés à une élection très serrée, il ne fait aucun doute qu'il la contestera", a déclaré à CNN Rick Santorum, ancien sénateur de Pennsylvanie ayant soutenu Trump en 2016 et favorable à sa réelection. Et même si le résultat était plus contrasté en la défaveur de Donald Trump, Rick Santorum est convaincu que le républicain tenterait tout de même "d'en contester le résultat".

"Mais à ce moment-là, je ne pense pas qu'il ait une base de soutien suffisamment large pour protester contre cette élection. Il n'irait pas très loin".

Dejà plusieurs scrutins remis en question

À de multiples reprises jusqu'à aujourd'hui, le président républicain n'a pas hésité à remettre en question le résultat de scrutins. En 2012 notamment, Trump qui soutenait le candidat républicain Mitt Romney face à Barack Obama avait répandu de fausses rumeurs selon lesquelles des machines supprimeraient les votes en sa faveur.

Puis de nouveau lors du caucus de l'Iowa en 2016, où il était arrivé derrière le sénateur texan Ted Cruz. Donald Trump avait jugé le vote "illégitime" et avait accusé son rival de "fraude". "Ted Cruz n'a pas gagné l'Iowa, il l'a volé", avait-il dénoncé avant de demander son annulation.

Ce fut également le cas lors du dernier débat pour la présidentielle de 2016 contre Hillary Clinton, lorsque Donald Trump avait refusé de s'engager à accepter les résultats du scrutin. Interrogé, le milliardaire avait botté en touche. "Je vous le dirai à ce moment-là. Je vous tiendrai en haleine", s'était-il amusé.

L'argument de la fraude massive

La généralisation du vote par correspondance pourrait également favoriser un tel scénario. En raison de la crise du coronavirus, les États américains ont considérablement élargi les conditions d'accès à ce mode de scrutin. Si cela a été un succès pendant les primaires dans certains États tels que le Kentucky, cela s'est révélé plus chaotique dans d'autres, qui ne sont pas vraiment prêts. En Géorgie ou dans le Wisconsin par exemple, des pertes de bulletins de vote ont été relevées.

Une récente étude menée par des chercheurs spécialisés laissait entendre qu'un risque de fraude électorale n'était pas à exclure avec ce type de scrutin. Selon les chercheurs, le vote en ligne est vulnérable aux attaques de pirates informatiques et pourait ne pas protéger efficacement le secret du vote.

Donald Trump s'est déjà positionné contre la généralisation du vote par correspondance à plusieurs reprises, estimant qu'il menaçait ses chances de réélection et affirmant qu'il était en proie à "une fraude et des abus masssifs", et qu'il risquait de conduire à "une élection truquée".

Des poursuites judiciaires?

Dans la presse américaine, les experts affirment que Donald Trump pourrait intenter des poursuites judiciaires afin d'essayer de prouver que les résultats ont été entachés d'irrégularités et de fraudes. Selon Mike Shiekds, interrogé par la chaîne CNN, "vous pouvez tout à fait commencer avec de la rhétorique, et faire en sorte que cela se transforme en processus juridique". "Mais entre affirmer que quelque chose s'est passé et le défendre devant les tribunaux, il s'agit de deux choses différentes", nuance cet ancien chef de cabinet du Comité national républicain.

"S'il n'y a aucune preuve permettant d'étayer ces affirmations, les autorités électorales confirmeront leurs résultats, et les problèmes seront résolus", conclut à la chaîne américaine Michael Morley, professeur de droit à la Florida State University, spécialiste des conflits en cas d'élections.
Jeanne Bulant Journaliste BFMTV