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Turquie: début de procès pour 2 journalistes anti-Erdogan

Can Dundar, rédacteur en chef du quotidien turc Cumhuriyet, et Erdem Gül, son chef de bureau à Ankara, après avoir été libérés de prison le 26 février 2016 à Istanbul

Can Dundar, rédacteur en chef du quotidien turc Cumhuriyet, et Erdem Gül, son chef de bureau à Ankara, après avoir été libérés de prison le 26 février 2016 à Istanbul - Vedat Arik - Newpaper - AFPE

Le procès emblématique de deux journalistes anti-Erdogan a débuté alors que le régime islamo-conservateur est accusé de censure sur les médias turcs.

Le procès emblématique de deux célèbres journalistes turcs anti-Erdogan a débuté ce vendredi. Les deux hommes ont été condamnés par le régime islamo-conservateur pour la rédaction d'un article accusant leur pays d'avoir livré des armes aux rebelles islamistes syriens. 

Farouches critiques du régime répressif de Recep Tayyip Erdogan, notamment envers la presse, Can Dündar, rédacteur en chef du quotidien Cumhuriyet, et Erdem Gül, son chef de bureau à Ankara, comparaissent devant une cour criminelle d'Istanbul pour des accusations qui peuvent leur valoir la prison à vie.

Inculpés pour espionnage, divulgation de secrets d'Etat, tentative de coup d'Etat et assistance à une organisation terroriste, les deux hommes ont déjà passé plus de 90 jours en détention provisoire.

En mai 2015, ils avaient publié un long article, agrémenté de photos et d'une vidéo, faisant état de livraisons d'armes par des camions des services de renseignement turcs (MIT) à des rebelles islamistes en Syrie en janvier 2014.

Sur réquisitions du parquet, les deux journalistes ont été placés en détention provisoire en novembre et le procureur a réclamé contre eux la réclusion criminelle à perpétuité.

149e sur 180 au classement mondial de RSF 

Le 26 février, la Cour constitutionnelle, l'une des dernières institutions du pays qui échappe encore au contrôle du parti de Recep Tayyip Erdogan au pouvoir depuis 2002, avait ordonné leur remise en liberté le mois dernier, estimant que leurs droits avaient été violés.

"Le procès de Dündar et Gül est un test pour l'Etat de droit en Turquie", a déclaré jeudi le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Christophe Deloire, qui doit assister au procès.

"Nous appelons le tribunal à abandonner les accusations absurdes portées contre les deux journalistes", a-t-il ajouté. Classé 149e sur 180 au classement mondial de RSF sur la liberté de la presse, le régime turc a lancé une offensive sans précédent contre les médias, sous couvert de lutte contre la "propagande terroriste".

Dernière victime en date, le groupe Zaman, proche de l'ennemi numéro 1 de Recep Tayyip Erdogan, l'imam Fethullah Gülen, a été placé sous tutelle judiciaire au début du mois. Une centaine d'écrivains célèbres, dont le prix Nobel péruvien Mario Vargas Llosa ou le Sud-African J.M. Coetzee, ont écrit au Premier ministre Ahmet Davutoglu pour qu'il "change les lois qui restreignent indûment la liberté d'expression".

En pleine vague d'attentats, l'appel a peu de chance d'être entendu. Mardi encore, Ahmet Davutoglu a dénoncé "l'alliance du mal" formée par certains médias, universitaires et dirigeants politiques qui "soutiennent les attaques contre la Turquie".

A.-F. L. avec AFP