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En Turquie, la mystérieuse disparition d'un journaliste saoudien dans un consulat

Des portraits de Jamal Khashoogi sont brandis devant le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, le 5 octobre 2018, lors d'une manifestation.

Des portraits de Jamal Khashoogi sont brandis devant le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, le 5 octobre 2018, lors d'une manifestation. - Ozan Kose - AFP

Jamal Khashoggi a-t-il payé de sa vie ses écrits critiques envers le pouvoir de Riyad? Ce journaliste saoudien résidant aux Etats-Unis a mystérieusement disparu il y a une semaine, après s'être rendu au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, en Turquie, où il était de passage.

Un scénario digne d'un film d'espionnage. Depuis une semaine, le mystère reste entier autour de la disparition soudaine du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul, depuis qu'il s'est rendu mardi dernier au consulat de son pays sur place. Très critique du pouvoir de Riyad, ce journaliste, qui collabore notamment au prestigieux quotidien américain The Washington Post, s'était rendu au consulat saoudien pour effectuer une démarche administrative en vue de son mariage prochain avec une Turque. Il n'a depuis jamais été revu.

Tué au consulat?

Jamal Khashoggi a-t-il payé de sa vie ses écrits critiques envers le pouvoir saoudien? C'est la thèse privilégiée par la police turque, qui estime que le journaliste a été tué à l'intérieur même du consulat d'Arabie saoudite.

Selon des sources proches de la police, l'opération pour éliminer l'encombrant journaliste pourrait avoir été menée par quinze Saoudiens, qui se seraient rendus mardi dans cette enceinte diplomatique, après être arrivées à Istanbul le jour même. 

De passage en Turquie, Jamal Khashoggi s'était rendu au consulat sur rendez-vous, pour y effectuer une démarche administrative afin de préparer son mariage avec une Turque. Mais il n'est jamais reparti du bâtiment officiel, et n'a plus donné de nouvelles.

"Il est allé au consulat avec un rendez-vous, donc ils savaient quand il y serait", a fait valoir un proche du journaliste, Yasin Aktay, également une figure de l'AKP, le parti de Recep Tayyip Erdogan. "Il avait appelé le consulat un peu avant d'y aller pour voir si ses documents étaient prêts, ils lui ont dit 'oui, c'est prêt, vous pouvez venir'", a-t-il ajouté, croyant à l'hypothèse d'un guet-apens. 

Riyad dément

Un scénario entièrement démenti par l'Arabie saoudite, qui affirme que Jamal Khashoggi a quitté le consulat après y avoir effectué ses démarches. Dans un entretien accordé vendredi à l'agence Bloomberg, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a affirmé que Jamal Khashoggi était effectivement "entré" au consulat mais qu'il en était sorti peu après. Il a invité les autorités turques à "fouiller" le consulat. "Nous n'avons rien à cacher", a-t-il dit.

De son côté, le consulat saoudien a démenti sur son compte Twitter les informations "dénuées de fondement" selon lesquelles le journaliste y aurait été tué. Il a affirmé qu'une équipe d'enquêteurs saoudiens se trouvait depuis samedi soir en Turquie pour participer à l'enquête. Les portes du bâtiment ont été ouvertes aux caméras de télévision, lundi, pour montrer que le journaliste ne s'y trouvait pas. 

Ankara veut fouiller le consulat

Jamal Khashoggi se savait-il menacé? Ce Saoudien de 58 ans s'était en tout cas exilé aux Etats-Unis l'année dernière, redoutant une arrestation après avoir critiqué certaines décisions de Mohammed ben Salmane, notamment sur l'intervention militaire saoudienne au Yémen. 

Invité à réagir, le président turc Recep Tayyip Erdogan est resté dans un premier temps prudent quant au scénario d'un l'assassinat. Il a affirmé dimanche attendre toujours les résultats de l'enquête. "Nous espérons avoir des résultats très rapidement. J'attends encore avec bon espoir. Si Dieu le veut, nous ne serons pas confrontés à ce que nous ne souhaitons pas", a-t-il déclaré. Mais lundi, il a accentué la pression sur Riyad, mettant au défi les autorités de prouver que le journaliste avait bien quitté le consulat. "S'il est en parti, vous devez le prouver avec des images", a-t-il lancé.

Ankara a enclenché la vitesse supérieure lundi, en demandant expressément à fouiller le consulat. 

Un convoi suspect

Le Guardian rapporte par ailleurs ce mardi que les autorités turques s'intéressent tout particulièrement à un convoi de véhicules équipés de plaques diplomatiques, et qui pourrait être lié à la disparition du journaliste. Ce convoi a été repéré sur des images de caméras de vidéosurveillance en train de quitter le consulat, deux heures après que Jamal Khashoggi s'y est rendu.

Selon les enquêteurs, l'un des véhicules, une camionnette noire aux vitres teintées, pourrait transporter le corps du journaliste assassiné. Les images de vidéosurveillance montreraient notamment de grosses boîtes en train d'être chargées dans cette fameuse camionnette. 

De son côté, le département d'Etat américain avait indiqué samedi n'être "pas en mesure de confirmer" le sort de Jamal Khashoggi mais suivre "la situation de près". Tandis que Donald Trump s'est dit lundi "préoccupé" par cette affaire, le secrétaire d'Etat Mike Pompeo a réclamé une enquête "transparente" de la part du gouvernement saoudien.

Adrienne Sigel