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Ex-otages français libérés en Syrie: ce que l'on sait

Didier François suivi par Edouard Elias, samedi, quelques heures après leur libération en Turquie.

Didier François suivi par Edouard Elias, samedi, quelques heures après leur libération en Turquie. - -

Les quatre journalistes français kidnappés en Syrie ont été relâchés dans la nuit après dix mois de captivité. Décryptage de la situation avec Antoine Basbous, politologue spécialiste du terrorisme islamiste.

Ils sont libres. Otages en Syrie durant près de dix mois, les quatre journalistes français ont été retrouvés dans la nuit de vendredi à samedi, pieds et poings liés, les yeux bandés, à la frontière avec la Turquie. Cheveux longs et barbes hirsutes, les ex-otages sont apparus le sourire aux lèvres sur les chaînes de télévision locales, épuisés mais soulagés. Ils atterriront en France entre 8 heures et 9 heures dimanche, accueillis par leurs proches et par le président François Hollande en personne.

Les cellules chargées des tractations étaient sur le qui-vive depuis plusieurs semaines, et si la date de la libération n'était pas connue, les autorités savaient qu'elles avaient "une fenêtre de tir" ces jours derniers. L'heureux dénouement laisse désormais place à de nombreuses questions sur les conditions de la libération de Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres, et sur la motivation des preneurs d'otages. BFMTV.com fait le point.

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> Comment ont-ils été retrouvés?

• Abandonnés ligotés? Deux versions se contredisent. Dans un premier temps, les autorités ont fait savoir que les ex-otages avaient été retrouvés ligotés, les yeux bandés, par une patrouille de soldats turcs à Akçakale, une petite ville frontalière avec la Syrie. Les militaires les auraient d'abord pris pour des contrebandiers avant de comprendre qu'ils parlaient français. Mais en début de soirée, Nicolas Hénin a donné une autre version sur France 24: "Nous avons traversé la frontière la tête découverte et les mains dans les poches. Nous avons été dirigés par nos ravisseurs vers une position de l’armée turque, qui nous a pris en charge".

• Une zone peu contrôlée. Les otages ont été retrouvés dans une ville située dans une zone frontalière dite "à contrôle faible", avec beaucoup de "passages clandestins" selon un spécialiste français. Elle est située dans le prolongement de Raqqa, où se trouve le siège du groupe jihadiste de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), responsable présumé du rapt.

> Que sait-on des conditions de leur libération?

• Une contrepartie financière obligatoire? Pour le moment, rien n'a filtré sur les conditions de libération des otages, mais visiblement, "elle n'a pas eu lieu à l'issue d'un raid. Elle est donc le fruit de négociations", explique à BFMTV.com Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes et politologue. "Il est établi qu'un otage n'est jamais libéré sans contrepartie financière. Cela veut dire qu'une connexion a été établie avec l'EIIL, et que le groupe jihadiste a dû avoir des réponses positives à ses demandes". A partir de là, plusieurs hypothèses sont possibles, estime l'expert.

La piste du Qatar. "Les négociateurs français auraient pu approcher le Qatar, qui ces derniers mois a permis la libération de neuf otages chiites puis des treize religieuses de Maaloula. De l'argent a pu être versé par des donateurs qataris, ou bien par une personnalité qui sera récompensée par ailleurs. Le but est de ne pas pouvoir tracer l'argent versé, et de ne pas pouvoir en connaître le montant. Car la France, comme d'autres pays, ne reconnaîtra jamais avoir versé une rançon directe à des terroristes."

La piste syrienne. "Bachar Al Assad est une autre hypothèse possible. Le président syrien s'apprête à briguer un troisième mandat, le moment est opportun pour lui de contribuer à ce genre de manoeuvre, mais cela me paraît néanmoins très peu probable."

• La piste espagnole. L'EIIL a libéré en mars dernier deux autres otages, de nationalité espagnole. "A mon avis, chaque pays négocie indépendamment pour ses propres otages, mais à chaque libération, il y a transmission d'informations entre pays alliés. Les ex-otages espagnols auraient pu peut-être aider les agents français en indiquant par exemple le lieu où ils se trouvaient, ou encore des détails sur leurs geôliers."

> Qui sont les preneurs d'otages présumés?

• Un groupe en conflit avec Al-Qaïda. L'EIIL est un groupe jihadiste considéré comme le plus radical des mouvements en Syrie, et qui détient actuellement "plus d'une vingtaine d'Occidentaux", selon Serge July, co-président du Comité de soutien aux otages en Syrie. Le groupe, initialement lié à Al-Qaïda, s'en est affranchi et se déchire aujourd'hui avec le Front al-Nosra, reconnu comme la branche officielle d'Al-Qaïda en Syrie.

• Un groupe soutenu en filigrane par Assad? Officiellement, l'EEIL fait partie de l'opposition au régime syrien. Mais pour Antoine Basbous, interrogé par BFMTV.com, "leur premier allié n'est autre que Bachar Al Assad. Les dirigeants du groupe ont été libérés des geôles syriennes en décembre 2011, quand la rébellion a commencé. Le but d'Assad était de construire cette opposition horrible et sanguinaire en masquant l'autre opposition libérale, qui avait de vraies revendications démocratiques. Assad veut que l'Occident ait le choix entre ces jihadistes aux méthodes brutales, et son régime. Il les arme et les soutient. Cela ne fait aucun doute."

Alexandra Gonzalez