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Document BFMTV : un général syrien exfiltré témoigne

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Ulysse Gosset, éditorialiste international à BFMTV, a interviewé le Général Manaf Tlass, l’une des grandes figures de l’opposition, qui a fait défection l’été dernier pour se réfugier en France.

Le Général Manaf Tlass 49 ans, est le fils de l’ancien ministre de la Défense syrien, Mustafa Tlass, commandait une importante brigade de la Garde Républicaine à Damas. C’était l’un des proches du Président syrien Bachar el-Assad, l’un de ses amis d’enfance. Il raconte dans ce document comment il a pu sortir du pays, pourquoi il est parti, comment il voit l’avenir de la Syrie. Jusqu’où le régime d’Assad ira-t-il pour rester au pouvoir ? Utilisera-t-il les armes chimiques contre son peuple ?

Son exfiltration

"Des services français m’ont aidé à sortir de Syrie et je les en remercie. J’ai fait défection au régime depuis le mois de mars. Depuis le début de la révolution j’ai eu des rencontres avec les révolutionnaires, avec les rebelles et j’ai senti dès les premiers jours, dès les premiers mois que le régime mentait à tout le monde. C’est pourquoi j’ai d’abord fait défection en restant dans mon bureau (…) J’ai dit aux insurgés que j’avais coupé toutes les voies avec le régime et que j’étais d’accord avec leurs revendications, quelles revendications étaient justes. Depuis ce temps-là beaucoup ont été emprisonnés, beaucoup ont été tués".

Les soutiens dont il a bénéficié pour quitter la Syrie

"Depuis ma sortie de Damas jusqu’à mon arrivée en France il y avait un mouvement constitué de groupes très homogènes qui ont justement chacun joué leur rôle. Personne n’a eu peur justement pour me tendre la main, tous ceux qui m’ont aidé à l’intérieur de la Syrie n’ont pas eu peur".

Intervention étrangère ?

"Je suis contre toute intervention étrangère en Syrie, quelle que soit la forme que prendrait cette intervention (…) Quant à une résolution avec le chapitre 7 à l’ONU, c’est au peuple syrien de marquer sa victoire".

La Syrie n'est pas la Libye

"Il faudrait bien évidemment remercier la France car depuis le début elle a (…) apporté son soutien au peuple syrien. Le président Hollande a continué dans cette voie » [ndlr : la voie commencée par Nicolas Sarkozy].

« La situation en Lybie ne ressemble en rien à la situation en Syrie. La situation en Syrie est beaucoup plus complexe que celle de Lybie et je ne vois aucune intervention militaire étrangère, je ne vois pas qu’elle puisse apporter une solution (…) Le peuple syrien est capable de se libérer par lui-même. Nous ne voulons pas être libérés ni par la France, ni par les Etats-Unis, ni par la Turquie, ni par aucun autre pays. Le peuple syrien est capable si on (…) l’aide à trouver les moyens nécessaires pour se libérer par lui-même. Il ne faudrait pas voler au peuple syrien sa victoire. Jusques là le peuple syrien a réalisé beaucoup de victoires, il faudrait le soutenir, il faudrait l’aider, il faudrait l’armer. Jusque-là le peuple syrien a été capable par lui-même de s’armer tant bien que mal. Il faudrait lui apporter l’aide et le soutien nécessaire pour qu’il réalise sa victoire".

Comment faire pour arrêter le massacre du peuple syrien ?

"Lorsque l’armée libre syrienne sera bien organisée, lorsqu’elle obtiendra le soutien nécessaire, le soutien matériel nécessaire à ce moment-là cette armée est capable d’aller vers la victoire (…) et je suis sûr qu’ils puissent arriver vers la victoire".

L'utilisation d'armes chimiques

"Le régime est capable d’utiliser toutes sortes d’armes. Jusque-là il a utilisé l’aviation pour bombarder son propre peuple. S’il est aculé (…) il est possible que ce régime utilise des armes chimiques. C’est une stratégie qui est possible (…) Actuellement ce régime procède justement à massacrer son peuple".

Sur le danger Djihadiste

"C’est le jeu du régime (…) Le régime essaye de convaincre l’étranger, l’occident en premier, que ce mouvement est un mouvement extrémiste (…) La réalité est toute autre, la Syrie n’est pas un pays extrémiste, elle n’a pas connu de mouvement extrémiste dans le passé ni dans le présent. Il y a 80% du peuple syrien qui aspire justement à une coexistence pacifique. Il y a bien évidement 20% d’islamistes mais ils ne sont qu’une minorité (…) Le peuple syrien n’a jamais été un peuple extrémiste (…) C’est le régime qui exprime le souhait (…) qu’il y ait Al-Qaïda pour justifier tout ce qu’il fait".