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Syrie : « Des motifs raisonnables » de croire à l’utilisation d'armes chimiques, selon l’ONU

L'ONU ne peut pas certifier que toutes les attaques sont dues au régime de Bachar Al Assad.

L'ONU ne peut pas certifier que toutes les attaques sont dues au régime de Bachar Al Assad. - -

L’ONU a « des motifs raisonnables de penser que des quantités limitées de produits chimiques toxiques ont été utilisées » en Syrie, affirme l’organisation internationale. Le régime syrien comme les rebelles en auraient fait usage durant le conflit.

Les enquêteurs des droits de l'homme des Nations unies ont dit mardi avoir des « motifs raisonnables » de penser que des armes chimiques ont été utilisées en « quantité limitée » en Syrie, sur la base d'entretiens avec des victimes, du personnel médical et d'autres témoins. Dans leur dernier rapport, les experts indépendants disent avoir recueilli des éléments leur laissant penser que les forces gouvernementales comme les rebelles ont eu recours à de telles armes, même si le plus grand nombre de témoignages met en cause les troupes du président Bachar al Assad.

Quatre attaques chimiques répertoriées

Les enquêteurs de l'Onu précisent avoir recueilli des témoignages sur quatre attaques chimiques, en mars et avril, mais n'avoir pas pu déterminer avec certitude qui en était à l'origine. « Il y a des motifs raisonnables de penser que des quantités limitées de produits chimiques toxiques ont été utilisées. Il n'a pas été possible, compte tenu des éléments disponibles, de déterminer avec précision quels éléments chimiques ont été utilisés, leur moyen de diffusion ou qui les a utilisés », a déclaré Paulo Pinheiro, qui préside la commission d'enquête. Les 20 experts n'ont pas eu accès au territoire syrien mais ont interrogé 430 personnes entre mi-janvier et mi-mai dans les pays voisins de la Syrie et en Syrie elle-même grâce à Skype. Plusieurs reporters, dont des journalistes du Monde de retour de Syrie, avaient aussi affirmé que le régime utilisait des armes chimiques.

Barack Obama avait affirmé que « le moindre mouvement ou emploi d'armes chimiques » en Syrie entraînerait « d'énormes conséquences » et constituerait une « ligne rouge » pour les Etats-Unis. Il semble maintenant que cette ligne rouge a été franchie.

Une nouvelle enquête demandée

L'un des experts, Vitit Muntarbhorn, a expliqué que leur travail avait consisté à croiser les informations sur l'usage d'armes chimiques et à observer les symptômes présentés par les victimes sur les vidéos diffusées notamment sur YouTube. Les enquêteurs ont admis qu'ils n'avaient pas pu parvenir à des conclusions définitives et demandé à ce qu'une autre équipe d'experts nommés par le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, soit autorisée par Damas à se rendre sur les sites des attaques présumées pour collecter des échantillons. Paulo Pinheiro a insisté sur le fait que le nombre de victimes de la guerre conventionnelle dépasse très largement celui de ces probables attaques chimiques.

Les crimes de guerre en hausse

« Le conflit en Syrie a atteint un nouveau niveau de brutalité », lit-on dans le rapport de 29 pages qui comptabilise 17 massacres pendant la période étudiée et 30 depuis septembre. « Les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et les violations généralisées des droits de l'homme continuent d'augmenter ». Les autorités syriennes devront avoir des comptes à rendre pour leur politique qui inclut le siège et le bombardement de villes et les exécutions de civils, disent les enquêteurs. « Les violations sont constantes et généralisées, preuve d'une politique concertée mise en œuvre par les chefs de l'armée et du gouvernement », écrivent-ils. Il s'agit du cinquième rapport rendu en 26 mois d'un conflit qui a fait plus de 80 000 morts depuis mars 2011.

« Le temps de rendre des comptes viendra »

Les forces gouvernementales et les milices qui les soutiennent se sont rendues coupables de meurtres, d'actes de torture, de viols et d'autres actes inhumains, poursuit le rapport, publié au moment où les forces de Bachar al Assad et les miliciens chiites du Hezbollah libanais assiègent la ville de Koussaïr.
Les rebelles syriens et les djihadistes étrangers qui combattent à leurs côtés ont également assassiné des civils et des soldats faits prisonniers, souvent à l'issue de procès expéditifs, « mises en scène » illustrant le caractère de plus en plus confessionnel du conflit, selon l'Onu.
« Les insurgés continuent à mettre en danger la population civile en plaçant des objectifs militaires dans des zones civiles », dit le rapport. Les crimes de guerre commis par les rebelles - meurtres, torture et viols - n'ont toutefois pas atteint l'intensité et l'ampleur de ceux auxquels se livrent les forces gouvernementales et leurs alliés, insistent les experts.
La commission d'enquête appelle le Conseil de sécurité des Nations unies à s'assurer que les responsables de tels crimes seront traduits en justice, y compris éventuellement devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. « Le temps où il faudra rendre des comptes viendra », a assuré Carla del Ponte, ancien procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) et membre de la commission d'enquête. « Il viendra, quoi qu'il arrive ».

Mathias Chaillot avec Reuters