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L'Egypte et trois pays du Golfe rompent leurs relations avec le Qatar

L'Arabie saoudite et quatre de ses alliés ont rompu lundi avec le Qatar, riche pays gazier du Golfe à la politique étrangère controversée, qu'ils accusent de soutenir le "terrorisme", provoquant une crise diplomatique majeure au Moyen-Orient.

Séisme diplomatique au Moyen-Orient: l'Arabie saoudite et quatre de ses alliés ont rompu ce lundi leurs relations avec le Qatar, qu'ils accusent de soutenir le "terrorisme", quinze jours après un voyage de Donald Trump qui avait exhorté les pays musulmans à se mobiliser contre l'extrémisme.

Le Qatar a réagi avec colère, en accusant à son tour ses voisins de vouloir le mettre "sous tutelle" et de l'étouffer économiquement. Le petit mais richissime émirat, qui se targue de jouer un rôle régional et d'avoir été choisi pour organiser le Mondial-2022 de football, a également été exclu de la coalition militaire arabe qui combat des rebelles pro-iraniens au Yémen. Doha n'a pas immédiatement réagi à ces mesures. De Sydney, le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson a pressé les pays du Golfe de rester unis.

La crise la plus grave depuis 1981

Il s'agit de la crise la plus grave depuis la création en 1981 du Conseil de coopération du Golfe (CCG: Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar). Trois de ces pays (Arabie, Emirats, Bahreïn), ainsi que l'Egypte, ont, tour à tour, annoncé ce lundi à l'aube la rupture de leurs relations diplomatiques avec le Qatar, qu'ils accusent de "soutien au terrorisme", y compris Al-Qaïda, Daesh, et la confrérie des Frères musulmans.

La rupture des liens diplomatiques est accompagnée de mesures économiques comme la fermeture des frontières terrestres et maritimes, des interdictions de survol et des restrictions sur le déplacement des personnes.

Première conséquence: la suspension par l'Egypte et six compagnies aériennes du Golfe des vols sur Doha dont la compagnie Qatar Airways sera obligée de rallonger ses nombreuses routes vers l'Europe et les Amériques en raison de la fermeture de l'espace aérien saoudien. Peu de ressortissants du Qatar vivent et travaillent dans les pays voisins mais la fermeture du seul accès terrestre au Qatar, via l'Arabie saoudite, affectera les importations de biens de consommation, notamment de produits alimentaires.

La Bourse de Doha a accusé le coup, clôturant en baisse de 7,58% tandis que des habitants se sont rués sur les produits alimentaires selon le site en ligne Doha News.

L'Arabie saoudite ferme ses frontières

L'agence officielle saoudienne SPA a annoncé que Riyad rompait ses relations diplomatiques et fermait ses frontières terrestres, aériennes et maritimes avec le Qatar pour "protéger sa sécurité nationale des dangers du terrorisme et de l'extrémisme".

"L'Arabie saoudite a pris cette mesure décisive en raison des sérieux abus des autorités de Doha tout au long des dernières années (...) pour inciter à la désobéissance et nuire à sa souveraineté", a déclaré un responsable saoudien. "Le Qatar accueille divers groupes terroristes pour déstabiliser la région, comme la confrérie des Frères musulmans, Daesh et Al-Qaïda", a-t-il accusé.

Selon lui, Doha soutient aussi "les activités de groupes terroristes soutenus par l'Iran dans la province de Qatif (est)", où se concentre la minorité chiite du royaume saoudien, ainsi qu'à Bahreïn, secoué depuis plusieurs années par des troubles animés par la majorité chiite de ce pays. 

Les diplomates ont 48 heures pour quitter leurs postes

La coalition militaire arabe, intervenant depuis plus de deux ans au Yémen sous commandement saoudien, a aussi décidé d'exclure le Qatar de cette alliance. Dans un communiqué, elle indique que le Qatar soutient "le terrorisme", citant notamment Al-Qaïda et Daesh, bien implantés au Yémen, mais aussi les rebelles pro-iraniens Houthis.

Au Caire, l'Egypte a également annoncé la rupture de ses liens avec le Qatar. Le Caire a "décidé de mettre fin à ses relations diplomatiques avec l'Etat du Qatar qui insiste à adopter un comportement hostile vis-à-vis de l'Egypte", a indiqué le ministère des Affaires étrangères égyptien. Le communiqué annonce aussi la fermeture des frontières "aériennes et maritimes" avec le Qatar. 

Bahreïn et les Emirats arabes unis ont aussi rompu tout rapport avec Doha. Les diplomates du Qatar ont 48 heures pour quitter leurs postes dans le Golfe.

Le Qatar victime de hackers?

Ces développements sont intervenus alors que les autorités qataries ont affirmé la semaine dernière avoir été victime de "hackers" ayant publié sur le site internet de l'agence de presse officielle QNA de faux propos attribués à l'émir cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani.

Ces propos controversés rompaient avec le consensus régional sur plusieurs sujets sensibles, notamment l'Iran, vu comme un allié stratégique alors qu'il vient d'être accusé par l'Arabie saoudite d'être "le fer de lance du terrorisme".

Ils contenaient aussi des commentaires négatifs sur les relations entre l'administration de Donald Trump et le Qatar, pourtant un proche allié des Etats-Unis.

A.S. avec AFP