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Vu d'Israël, le dossier Palestine moins pressant que l'Iran

Le ministre des Affaires stratégiques d'Israël, Yuval Steinitz

Le ministre des Affaires stratégiques d'Israël, Yuval Steinitz - -

Le ministre des Affaires stratégiques d'Israël, Yuval Steinitz était à Paris il y a deux semaines et a confié être bien plus préoccupé par l'Iran que par la Palestine ou encore la Corée du Nord.

Le processus de paix israélo-palestinien a été ravivé par John Kerry, secrétaire d'État, mais les gouvernants israéliens sont-ils si enthousiastes? Le ministre des Affaires stratégiques (genre de croisement entre diplomatie, défense et renseignements), Yuval Steinitz, a dit dès le 20 juillet que le processus pourrait commencer pour deux raisons:

- Les Israéliens ont obtenu ce qu'ils souhaitaient, c'est-à-dire que les dirigeants palestiniens se soient engagés à "négocier sérieusement" au moins neuf mois, pendant lesquels ils continueraient à s'abstenir de toute démarche d'adhésion à des organisations internationales (l'ONU), y compris aux la Cour Pénale internationale. Steinitz l'a dit devant les micros.

L’État d'Israël ne sera donc pas traîné devant une cour pendant cette période de négociations, et en outre les négociations pourront reprendre sans qu'Israël renonce à l'avance à l'extension des colonies et au retour aux frontières de 1967! C'est plutôt conséquent comme point de départ, une belle concession palestinienne faite à la partie israélienne.

- Le gouvernement israélien relaxe une grosse centaine de prisonniers de longue date, y compris des prisonniers salis par le sang. L'exacte nature de la liste de relaxés sera significative, car souvent les Israéliens ne relâchant que des individus discrédités, oubliés, grabataires, ou encore des droits commun. Mais c'est un geste quand même. 

Côté palestinien, l'enthousiasme est moins net. Les partis autres que le Fatah de Mahmoud Abbas sont opposés à cette reprise, mais ils sont las, las de tout, donc leur opposition n'est pas très forte. D'ailleurs, ils imaginent que tout capotera, et c'est alors qu'ils seront plus fort.

L'Iran, encore et toujours:

En réalité, Steinitz, que j'ai rencontré il y a deux semaines à Paris, pense à autre chose: le régime de Téhéran. Il a fait Paris et quelques autres capitales européennes pour rappeler une chose: le danger que constitue le programme nucléaire iranien. Un immense danger, car à chaque minute l'arsenal grossit puisque la matière fissile ne cesse d'être fabriquée dans les centrifugeuses.

Dans un an ou deux, les Mollahs pourront fabriquer une vingtaine de bombes d'un seul coup. 

Et alors les États du Golfe s'en doteront aussi, et tout le Moyen-Orient sera militarisé – ultime cauchemar d'Israël, pourtant assis sur son propre arsenal nucléaire que d'aimables occidentaux ont complaisamment aidé à fabriquer.

"L'Iran a une mission mondiale, religieuse. La Corée du Nord, elle, ne cherche que la survie de son régime. En outre, le programme nord-coréen ne produit que le dixième de matière fissile que l'Iran. Le régime de Téhéran pourrait totalement changer l'équilibre stratégique dans la région". Le ministre est clair. Pour lui, Hollande continue la ligne dure de Sarkozy. Merci la France.

Pour stopper le programme nucléaire iranien, il faut augmenter les sanctions économiques et faire en sorte que le régime acculé sauve son économie et donc son existence à deux titres: la faillite économique, et une attaque occidentale. Le guide suprême doit être convaincu qu'Israël et les États-Unis vont frapper militairement s'il enrichit davantage. "Cette menace militaire (occidentale et israélienne) doit être claire comme de l'eau de roche". Sinon elle ne fonctionnera pas.

L'Iran plus pressant que la Palestine :

Donc Steinitz est relax sur le dossier Palestine: parler, discuter, éventuellement aboutir à un compromis, c'est à voir, l'on tiendra bon même sans résolution. C'est quand même mieux d'aboutir à une paix permanente, et donc merci Kerry. Quant à l'Iran, c'est un problème mondial. Merci Israël de s'en occuper pour nous tous! Si le monde s'en occupe aussi, et brandit le glaive, alors tout ira mieux. Y compris, en prime, la Syrie: si le programme nucléaire iranien est stoppé, alors le sort de la Syrie posera bien moins de problèmes à tous. Après tout, le régime Assad dépend de l'Iran, et l'Iran fait peur à cause de son arsenal en devenir. Sans arsenal iranien, moins de peur, c'est ce que vend Steinitz.

Harold Hyman & journaliste spécialiste de géopolitique