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Iran: quand Téhéran cultive sa diplomatie avec la France

Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a rencontré son homologue iranien, Zavad Jarif, au Quai d'Orsay le 5 novembre 2013.

Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a rencontré son homologue iranien, Zavad Jarif, au Quai d'Orsay le 5 novembre 2013. - -

Une vice-présidente iranienne et un ministre de l'agriculture en visite à Paris, un ambassadeur fin et affable, voilà quelques-unes des ouvertures que le gouvernement iranien propose à la République française. Des propositions insistantes, qui tendent toutes vers un but: le renouveau des relations normalisées avec des secteurs importants de la société et de l'économie françaises.

Le climat international s'y prête. Depuis son accession à la présidence – deuxième charge de l'État, après celle de Guide suprême – de Hassan Rohani, tout se fluidifie. Le système iranien compte plusieurs vice-présidents; l'une d'entre eux, Madame Shahindkht Molaverdi, chargée des questions de la Femme, était à Paris pour un forum sur les femmes, justement, à l'invitation de son homologue française, Najat Vallaud-Belkacem.

Le discours vice-présidentiel était curieux: un dignitaire de l'État qui se plaint en filigrane de la lourdeur et du conservatisme d'un courant dominant sous la présidence d'Ahmadinejad. Madame Molaverdi voudrait réformer en faveur des femmes, mais sans quitter la logique islamique qu'elle tente d'interpréter en son sens. Disons que cela est un bon point.

Nucléaire iranien et Irak: des enjeux majeurs

Puis la voix de l'ambassadeur d'Iran, Ali Ahani, pour la troisième fois en poste à Paris, et d'un penchant francophile, nous propose une coopération franco-iranienne plus développée. Dans l'automobile, Peugeot serait en train de perdre sa présence industrielle, en faveur de General Motors qui déjoue habilement les restrictions américaines alors que Peugeot serait bien gauche à cet égard. Chacun s'attend à une levée partielle mais soudaine et réelle des sanctions, et ne faut-il pas être préparé pour éviter que les industriels américains, cyniques comme ils sont, nous coiffent au poteau? Nous sommes avertis.

En matière nucléaire, un accord serait imminent. La communauté internationale aurait ce qu'il faut pour inspecter le programme nucléaire iranien, pour l'empêcher de se consacrer à la bombe sous couvert de recherches en énergie civile.

Enfin, concernant l'anarchie en Irak, le gouvernement iranien peut se sentir utile. Téhéran n'a jamais voulu que le parti de Nouri al-Maliki, confessionnaliste chiite, gère le pays sans l'appui des Kurdes et des Sunnites arabes. Aujourd'hui, nous dit-on de source iraniennne informée, si les djihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant sont aussi puissants, et peuvent si facilement occuper Mossoul, c'est parce que la CIA et même le Mossad les y aident secrètement! On se permettra de douter, mais ce qui est sûr, c'est le désir, à Téhéran, de préparer Paris à un rapprochement. Ce n'est pas la première fois que ce discours se fait entendre, mais aujourd'hui il est audible.

Harold Hyman