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Iran: le bilan "désastreux" d’Ahmadinejad

Mahmoud Ahmadinejad lors d'une intervention à l'université de Columbia, à New York en 2007.

Mahmoud Ahmadinejad lors d'une intervention à l'université de Columbia, à New York en 2007. - -

Vendredi, les Iraniens vont choisir leur nouveau président. Mahmoud Ahmadinejad, lui, laisse derrière lui un pays affaibli.

Ce vendredi, les Iraniens vont élire leur président de la République. Dans le même temps, ils mettront fin à douze ans de gouvernance Ahmadinejad. Connu pour ses déclarations provocatrices, le président iranien laisse derrière lui un pays de 75 millions d'habitants affaibli économiquement, où la répression des opposants politiques est toujours d'actualité. Tour d'horizon d'un bilan contesté.

> Un marasme économique...

Le bilan de Mahmoud Ahmadinejad est d’abord économique. Selon un rapport de la Fédération internationale des droits de l'Homme, plus de 50% des Iraniens vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. Entre 2005 et 2013, le pouvoir d’achat de la population a chuté de 72%. Le chômage a augmenté, et se situerait bien au-dessus des 17% admis officiellement. "Les jeunes sont les plus touchés. Le bilan est désastreux", estime Azadeh Kian, politologue et sociologue à l'université Paris VII. De plus en plus d'Iraniens sont obligés de cumuler les emplois pour s'en sortir.

En près de dix ans, les prix ont augmenté de plus de 60%. "Au lieu de redistribuer l’argent issu du pétrole, il l'a réinvesti dans l’économie. Cela a entraîné une montée énorme de l’inflation". Des revenus qui ont chuté presque de moitié par rapport à l’année précédente. L’automobile, premier employeur du pays après le pétrole, a vu sa production diminuer de moitié. Le président Ahmadinejad, lui, défend son bilan: "Durant mes gouvernements, 30 projets stratégiques, notamment l'envoi dans l'espace d'un satellite ou les progrès dans le programme nucléaire, ont été réalisés", a-t-il affirmé.

> ... et social

De fait, la mauvaise situation économique a des conséquences sur la société iranienne, selon Azadieh Kian: "Ahmadinejad a distribué des concessions de gaz, de pétrole, de routes aux Gardiens de la révolution, au détriment des appels d’offres nationaux. Aujourd'hui, ces derniers détiennent de nombreux postes hauts placés. Il a créé un groupe social qui le soutient, mais au détriment de l’industrie iranienne".

"Il a passé son temps à monter les groupes sociaux les uns contre les autres, poursuit-elle. Les ruraux contre les urbains, les classes populaires contre les classes moyennes, etc. Il n’a fait qu’affamer les classes populaires, en leur accordant régulièrement de minuscules allocations pour vivre. Il les a rendues dépendantes de l’Etat. Conclusion, la cohésion dans la population a disparu."

> Un pays isolé sur la scène internationale

Et la politique étrangère du président iranien n’a pas arrangé les choses. En refusant de négocier avec les pays voisins, en affirmant son intransigeance sur son programme nucléaire, le pays s’est exposé à de lourdes sanctions financières. Le 3 juin dernier, Barack Obama a ordonné de nouvelles sanctions, qui touchent cette fois le rial, la monnaie iranienne, et le secteur automobile.

"Ces sanctions n’ont réussi qu’à resserrer l’étau autour de l’Iran, explique Azadeh Kian. Ahmadinejad en a toujours nié les conséquences, alors qu’elles ont été dramatiques pour la population. Aujourd’hui, alors qu’il est le seul à défendre son bilan, il les accuse d’être à l’origine de la mauvaise situation économique. Comme si sa mauvaise gestion n’y était pour rien. Mais aujourd'hui, tout le monde sait qu'il est responsable. Il est critiqué de tous les côtés - même par les conservateurs".

> Le populisme comme marque de fabrique

Dès son arrivée au pouvoir, l’ancien maire de Téhéran s’est fait connaître par son ton direct, populaire, et ses sorties provocatrices. "Dès le départ, il a calqué son style sur celui d’Hugo Chavez [les deux hommes étaient amis, ndlr], analyse Azadeh Kian. C’est un type de populisme qu’on n’avait jamais connu en Iran. Après huit ans de politique économique libérale, les pauvres du pays avaient besoin de l’Etat. C’est à ce moment qu’il est arrivé au pouvoir, s’opposant aux privatisations, développant un discours choc."

Mais avec le temps, "ces personnes constatent que non seulement elles vivent très mal, mais qu’en plus leurs enfants ne trouvent pas d’emploi. Désormais, ils ne le soutiennent plus. La preuve, le président a arrêté ses déplacements en province parce que plus personne ne vient le voir."

> La répression fait rage

"Jamais le pays n’a eu autant de journalistes et de militants en prison, déplore Azadeh Kian. La répression s’est aggravée au fil des années." Selon Reporters sans frontières, l'Iran appartient au "trio infernal des pays les plus répressifs en matière de liberté de la presse".

En termes de droit des femmes, "la situation s’est clairement dégradée depuis 2005, explique Azadeh Kian. De nombreux journaux et magazines féminins ont été interdits, à commencer par Zanân, le plus influent, fermé en 2008. De nombreuses associations et ONG ont suivi. Des actrices qui se sont élevées contre le gouvernement ont été emprisonnées, d’autres ont dû fuir l’Iran", rappelle-t-elle.

En 2010, le mouvement féministe iranien a pourtant réussi à faire reculer de quelques semaines le projet de loi sur la famille, qui prive davantage les femmes de leurs droits. "Mais depuis qu’il est là, Ahmadinejad a tout fait pour imposer un modèle traditionnel de la famille: la femme est au foyer, l’homme dans la vie publique, dénonce Azadeh Kian. Il a arrêté d’embaucher des femmes dans l’administration, et de nombreuses universités gardent leurs portes fermées aux femmes."

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Ariane Kujawski