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Présidentielle en Iran: "il ne faut pas s'attendre à un changement"

Des supporters du candidat Ali-Akbar Velayati, très proche du Guide suprême, le 12 juin, à Téhéran.

Des supporters du candidat Ali-Akbar Velayati, très proche du Guide suprême, le 12 juin, à Téhéran. - -

Les Iraniens sont appelés aux urnes, vendredi, pour élire le successeur de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence du pays. Mais le profil des principaux candidats et le contrôle exercé sur le scrutin par le Guide suprême, Ali Khamenei, ne laissent que peu de place aux possibilités de changement.

Quels changements possibles pour l'Iran? Les Iraniens se rendront aux urnes, vendredi, pour élire un nouveau président, l'actuel chef de l'Etat, Mahmoud Ahmadinejad ne pouvant briguer un troisième mandat. Ils auront le choix entre six candidats, dont quatre clairement conservateurs. Des candidats soigneusement validés par le Guide suprême, Ali Khamenei, qui exerce un contrôle officieux. En mai, deux candidats -dont Hachemi Rafsandjani, modéré et assez populaire- avaient ainsi été invalidés par le Conseil des gardiens de la Constitution.

La fin du règne d'Ahmadinejad et l'arrivée d'un nouveau président marquent-elles le début d'une nouvelle ère en Iran? Eclairage avec Thierry Coville, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de l'Iran.

Six candidats sont en lice pour cette élection présidentielle, dont quatre conservateurs. S'oriente-t-on vers un changement dans la gestion du pays?

Non, cela ne va pas changer grand chose car Ahmadinejad était déjà clairement un conservateur. Il ne faut donc pas s'attendre à une rupture définitive en terme de gouvernance. Et il faut rappeler que, d'après le système institutionnel iranien, le Guide suprême est le premier personnage de l'Etat. Il a le dernier mot sur beaucoup de dossiers, notamment sur les questions de politique étrangère.

Le Guide suprême et le président se partagent donc la gestion de l'Etat?

Effectivement, le Guide doit travailler avec le président et vice versa. Il y a d'ailleurs eu une telle tension en interne entre lui et le président Khatami, entre 1997 et 2001, et surtout avec Ahmadinejad récemment, qu'il ne veut vraiment pas d'un président qui ne soit pas malléable.

Pourquoi?

Le Guide suprême cherche à limiter les tensions politiques en interne. Il veut un chef d'Etat qui s'occupe des problèmes économiques, qui sont, à l'heure actuelle, prioritaires compte tenu de la situation économique difficile. Et il veut surtout quelqu'un avec qui il puisse travailler en matière de politique étrangère. C'est pourquoi il ne faut pas s'attendre à une rupture dans les grandes lignes de la politique étrangère de l'Iran.

Peut-on donc dire que le Guide suprême choisit indirectement les candidats? Est-il derrière l'invalidation de la candidature du modéré Hachemi Rafsandjani?

Ce qui est vrai, c'est que le Guide essaye d'organiser des élections dont le vainqueur ne lui posera pas de problème. Comme la règle l'impose, Rasfandjani l'avait consulté avant de déposer sa candidature. On peut penser que les conservateurs les plus durs du régime, et le Guide lui-même, se sont méfiés de sa popularité. Rafsandjani était, en effet, appuyé par les réformateurs puisqu'il avait soutenu à demi-mot le Mouvement vert de 2009.

Cela a dû faire peur à Ali Khamenei, qui ne veut pas d'un président qui exhacerbe les tensions et provoque des soulèvements de population.

Parmi les six candidats en lice, lequel est donné favori?

Les sondages donneraient Mohammad Ghalibaf (l'actuel maire de Téhéran, ndlr) en tête au premier tour. C'est un conservateur, un proche du Guide, qui est moins impopulaire que d'autres candidats aux yeux des Iraniens car il n'a pas participé à la répression des manifestations de 2009. D'autres, comme Saïd Jalili, y ont pris part et ont une image beaucoup plus dure auprès de l'opinion.

Mais je pense que le problème réside surtout dans le taux de participation. Les Iraniens ont été très déçus de ce qu'il s'est passé en 2009, de cette répression ultra-violente. Il ne faut pas s'attendre à une participation aussi élevée que cette année-là.

Peut-on, selon le résultat, assister à un nouveau mouvement de révolte?

Non, car il n'y a pas un candidat –et c'était l'objectif- qui s'annonce très populaire. Et sans oublier qu'il n'y en a aucun qui incarne véritablement la modération et l'ouverture, comme Mir Hossein Moussavi à l'époque.

Quid de la stabilité régionale? Un nouveau président peut-il la mettre à mal, notamment sur le dossier syrien?

Il ne faut pas s'attendre à un quelconque changement sur le dossier syrien et la position officielle iranienne qui est le soutien à Bachar al-Assad.

Concernant la stabilité de la région, il faut savoir que, bien que le Guide soit le numéro un du régime, il fait attention à l'équilibre des forces politiques. Ce qui a gêné le régime, ces dernières années, c'était le caractère agressif d'Ahmadinejad, pas ses choix politiques.

Les Occidentaux espèrent certainement l'élection d'un président avec qui il est possible de dialoguer. Ahmadinejad était devenu si polarisé ces dernières années qu'il devenait très compliqué d'établir un dialogue avec lui au niveau international. Sur ce point, l'élection d'une figure un peu plus modérée pourrait effectivement faire changer les choses.


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Propos recueillis par Adrienne Sigel