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Bahreïn, puissante mais calme base navale dans le Golfe persique

Cette vedette rapide de l'US navy de 39 nœuds permet d'intimider les pirates.

Cette vedette rapide de l'US navy de 39 nœuds permet d'intimider les pirates. - -

REGARD STRATÉGIQUE - Face aux tensions dans le monde, US Navy et Alliés restent forts dans le Golfe Persique. Notre envoyé spécial s'est rendu sur la base navale américaine de Barheïn. Récit.

Les défis maritimes entre Chine, Japon, États-Unis, ont fusé ce weekend dernier, le 30 mai et 1er juin, au Sommet sur la Sécurité en Asie de Singapour. L'on s'y est écharpé entre Américains, Chinois, Japonais, au sujet des deux Mers de Chine, Est et Sud, et leurs îlots contestés. L'US Navy, avec la 7e Flotte basée au Japon, ne peut baisser la garde, face à la marine chinoise, et aux côtés de la japonaise en pleine ascension.

Avec sa 5e Flotte, celle du Golfe arabo-persique, l'US Navy a des missions moins menaçantes, mais plus actives. Installée sur la base navale américaine de Bahreïn, cette flotte veille sur cette zone immense, dont le golfe proprement dit, mais aussi le Canal de Suez, la Mer d'Arabie, le golfe d'Oman, et enfin les marches de l'Océan Indien. Situé sur l'île-royaume de Bahreïn, cette base date du protectorat britannique, et accueille une dizaine de navires en temps ordinaire, mais elle peut en faire plus. Et cette flotte américaine n'est pas seule. Je m'y suis rendu pour me faire une certaine idée.

Les Alliés des Américains dans la Combined Maritime Force

Une trentaine d'autres marines, dont la française, sont sur la base. Un enchevêtrement complexe de missions et de regroupements fonctionne à partir de Bahreïn, avec des missions de contre-terrorisme, contre-piraterie, et coopération multinationale pour le Golfe. Il y a les structures constituées: l'US Navy, l'OTAN, l'Union européenne, et puis il y a cette trentaine d'États groupés sous le nom de Combined Maritime Force, dont la France.

Les trente ne se demandent pas trop pour qui ils œuvrent, pourvu que la tâche soit belle! Des navires japonais, singapouriens, saoudiens, jordaniens, bahreïniens, yemenites, français, britanniques, américains, canadiens. Parfois des Chinois viennent faire des exercices conjoints -- bien loin de l'ambiance en Mer de Chine!

Contrer la criminalité en mer: piraterie, drogue

L'ennemi naval n'est pas vraiment étatique, et le seul État qui eût pu être hostile, la Marine iranienne, reste dans une relation "professionnelle" d'évitement de frictions. En ce qui concerne la menace nucléaire, que l'État iranien ne possède toujours pas, des navires de Défense anti-missile américains peuvent circuler dans la zone de la 5e Flotte mais ne mouilleraient pas à Bahreïn.

L'ennemi classique reste la piraterie, mais celle-ci a été fortement réduite à cause du succès de ces efforts. Il reste donc la lutte contre le terrorisme en mer. Une lutte qui est passée entièrement dans la dissuasion réussie. Et donc le trafic de drogue en mer, l'héroïne principalement, est devenu la nouvelle proie de la Combined Maritime Force. Mais cette flotille ne fait toujours pas de la police des mers: la chasse à l'héroïne est un moyen de tarir le financement des Talibans!

Il fallait y penser. Seulement voilà: la mer est largement débarrassée de pirates, mais les petites embarcations pullulent dans la zone navale qui nous intéresse. Étonnamment, 180 tonnes quittent les rives du Pakistan pour entrer dans la vaste zone de ces opérations navales interalliées, où seules 2 tonnes ont été confisquées en 2013! Davantage en 2014, les 2 tonnes déjà atteints en mai. C'est mieux, mais insuffisant.

La flexibilité avant tout, peu importe le drapeau

Le Français le plus haut placé de la base, le Capitaine de vaisseau Jacques Rivière
Le Français le plus haut placé de la base, le Capitaine de vaisseau Jacques Rivière © -

La France enfin, a su jongler entre le système de la Combined Maritime Force avec ses missions de souveraineté à la Réunion et Mayotte. Présence permanente dans l'Océan indien, navires français et américains et autres fonctionnent en permanence côte à côte. Et puis les navires de tous les États changent de mission et de commandement aussi souvent que nécessaire, parfois instantanément! L'on est dans une mission européenne, l'on passe à la Combined Maritime Force, puis à la nationale pure, en quelques heures.

Discrète, la base de Bahreïn va s'agrandir un peu. Toujours est-il que le Golfe et l'Océan Indien restent calmes, et sans heurts stratégiques entre États, et chacun voudrait que cela reste ainsi. Y compris les pêcheurs, protégés par des vedettes américaines contre les pirates qui arrachent leurs filets, me dit-on. Il ny' a pas de petites missions.

Harold Hyman et journaliste spécialiste en géopolitique