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Amnesty International dénonce une "guerre d'anéantissement" de la coalition à Raqqa

Des habitants achètent des fruits et légumes dans un marché à Raqqa, le 17 mai 2018.

Des habitants achètent des fruits et légumes dans un marché à Raqqa, le 17 mai 2018. - Delil Souleiman - AFP

Amnesty International demande aux membres de la coalition des "enquêtes impartiales et approfondies" sur les victimes civiles de Raqqa.

L'ONG Amnesty International a dénoncé ce mardi dans un rapport les "conséquences catastrophiques" sur les civils des frappes de la coalition sur la ville de Raqqa, en Syrie, pour la libérer de l'emprise de Daesh. Amnesty a notamment enquêté sur l'opération menée par les Etats-Unis du 6 juin au 17 octobre 2017 pour chasser les jihadistes.

Des chercheurs de l'ONG se sont rendus dans 42 sites touchés par des frappes aériennes de la coalition et ont interrogé 112 habitants qui ont perdu au total 90 proches ou voisins dans les bombardements aériens -39 d'une seule et même famille - "presque tous tués par des frappes aériennes de la coalition", selon Amnesty. De nombreux autres ont été aussi tués par des mines placés par Daesh ou sous le feu des jihadistes, en tentant de fuir. 

Des attaques "contraires au droit international humanitaire"

Selon l'ONG, la coalition s'est rendue coupable à Raqqa d'attaques "disproportionnées ou aveugles contraires au droit international humanitaire". "Quand tant de civils sont tués attaque après une attaque, clairement, quelque chose ne va pas, et pour aggraver cette tragédie, des mois plus tard, il n'y a eu aucune enquête sur ces incidents. Les victimes méritent la justice", a déclaré Donatella Rovera, conseillère chargée des crises pour Amnesty International, citée dans ce rapport.

La brutalité de Daesh, qui avait semé la terreur et multiplié les exactions à Raqqa, "ne libère pas la coalition de ses obligations de prendre toutes les précautions possibles pour minimiser les dommages causés aux civils", a souligné la conseillère. Elle a notamment pointé du doigt "l'utilisation répétée par la coalition menée par les États-Unis d'armes explosives dans des zones peuplées où ils savaient que des civils étaient pris au piège".

"Nous devons accepter que le risque de victimes civiles involontaires soit toujours présent"

Interrogé par l'agence de presse britannique Press Association, le porte-parole de la coalition internationale, le colonel Sean Ryan, a souligné les "efforts rigoureux" de la coalition et les "renseignements recueillis avant chaque frappe pour détruire efficacement Daesh tout en minimisant les dommages sur la population civile".

Il a affirmé que les conclusions du rapport selon lesquelles les frappes étaient "disproportionnées" ou "aveugles" étaient "plus ou moins hypothétiques" et souligné que toute "mort ou blessure d'une personne non combattante constitue une tragédie".

"Nous faisons tout ce que nous pouvons pour minimiser les risques pour les populations civiles", a assuré de son côté le ministère britannique de la Défense, "mais compte tenu du comportement impitoyable et inhumain de Daech et de l'environnement urbain complexe dans lequel nous évoluons, nous devons accepter que le risque de victimes civiles involontaires soit toujours présent".

Amnesty International demande "des enquêtes impartiales et approfondies" de la part des membres de la coalition "sur les allégations de violations et sur les victimes civiles". 

L.A., avec AFP